Visages Villages d’Agnès Varda et JR

Agnès Varda (1928-2019) et le photographe-artiste JR (né en 1983), auraient pu se rencontrer à la boulangerie, en boîte de nuit ou sur Meetic, … c’est du moins ce que nous apprend le début du film Visages Villages, avec grâce et humour. Toujours est-il qu’ils décident de partir ensemble sur les routes de France pour rencontrer, filmer et photographier les populations rurales, montrer la vie des habitants des petits villages. JR réalise leur portrait photographique géant, qu’il colle ensuite sur des façades de maisons ou diverses surfaces architecturales présentes dans ces paysages. Ils sillonnent ainsi le pays du Nord au Sud, interviewant successivement des descendants de mineurs, des agriculteurs intensifs et d’autres plus respectueux de la nature, un vieil artiste aux minima sociaux, un maire normand, des femmes de dockers, et j’en oublie beaucoup, mais ils filment aussi des lieux déserts : un blockhaus effondré sur une plage, un village fantôme, un cimetière et bien d’autres choses surprenantes que leur fantaisie leur donne envie de nous montrer, comme des poissons à l’étalage ou les pieds d’Agnès Varda, avec toujours un sens de la poésie et un humour très fin.
On sent une grande attention portée aux gens, un grand respect pour leur parole et leur vie, et même de l’affection pour eux. On sent qu’Agnès Varda et JR ont passé beaucoup de temps avec eux, tous, et qu’ils les ont longuement écoutés avant de les filmer.
Il y a aussi des moments de tristesse et de mélancolie lorsqu’Agnès Varda évoque les affres de la vieillesse, sa maladie des yeux, la mort qui approche mais qu’elle ne craint pas.
Je ne raconte pas la fin du film, qui est aussi très émouvante.

Un très beau film, plein de fraîcheur et d’amour de la vie.

La lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson

Lettre_a_HelgaJ’ai été amenée à lire ce livre, dont je n’avais jamais entendu parler, car une gentille amie me l’a prêté en me disant que c’était très bien. Intriguée, et comme je n’avais plus d’autres lectures en cours, je me suis donc un peu jetée dessus …
La lettre à Helga est un roman islandais qui faisait partie de la rentrée littéraire 2013, publié en France chez Zulma, et qui a eu un succès énorme dans les pays scandinaves.
Ce livre se présente sous la forme d’une lettre et son héros est le rédacteur de cette lettre : Bjarni Gislason, un très vieux monsieur, agriculteur de son état, qui s’adresse à son ancienne amante, Helga, dont il avait dû se séparer parce qu’il n’avait pas accepté de la suivre en ville, étant profondément attaché et enraciné à sa terre et à sa région. Malgré tout, le souvenir et le désir d’Helga ont continué à le hanter pendant toutes ces décennies, et il veut lui raconter sa vie passée sans elle, ses problèmes avec sa femme, le contact qu’il a toujours entretenu avec la nature.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman, moi qui suis citadine et que la vie à la campagne ne passionne pas a priori. Ceci dit, au bout de deux ou trois chapitres, je me suis finalement attachée aux personnages, et particulièrement au héros, que son caractère entier, sincère, et épris de choses simples m’ont rendu sympathique.
Il y a maintes fois des éloges de la nature et de la vie à la campagne – opposée à la ville où on mènerait une vie « vide de sens » – qui m’ont paru être une philosophie de la vie assez scandinave (ou en tout cas nordique) mais qui sont développés d’une manière originale et même convaincante.
L’histoire d’amour elle-même, qui se présente au début comme une attraction purement sensuelle, finit par devenir un sentiment beaucoup plus subtil et profond, et se révèle touchant pour le lecteur.

Bref, un beau livre !

L’amour sans le faire, de Serge Joncour

joncour_lamour_sans_le_faireL’histoire : Un caméraman parisien, Franck, retourne dans la ferme de ses parents après dix années passées sans contact avec eux. Parallèlement, Louise, la belle-sœur de Franck, qui est veuve, rend visite, dans cette même ferme, à son petit garçon, qu’elle a laissé à la garde de ses beaux parents. Franck et Louise apprennent à se connaître.

Mon avis : Les deux premiers tiers du livre alternent laborieusement et assez artificiellement un chapitre sur Franck/ un chapitre sur Louise et on finit par avoir hâte que ces deux personnages arrivent à la ferme et qu’enfin ils se rencontrent. Le seul problème c’est que, quand ils se rencontrent, il ne se passe rien de notable entre eux : pas d’histoire d’amour bien sûr (on était prévenu dès le titre) mais pas non plus de moment d’intimité touchant ou de conversation éclairante. D’ailleurs, il est remarquable que, dans ce roman, tout est dans le non-dit : Louise est dans le non-dit vis à vis de ses collègues, Franck est dans le non-dit vis à vis de ses parents, et Franck et Louise sont aussi dans le non-dit l’un vis à vis de l’autre. Alors le lecteur en arrive à se demander si tous ces non-dits recouvrent vraiment des secrets trop lourds à porter, ou s’ils ne sont là que pour poser un voile faussement mystérieux sur l’extrême vacuité de cette histoire.
Ajoutons que les trois personnages principaux sont typiques de ce qu’on pouvait attendre d’eux : l’enfant (espiègle et sujet aux caprices), l’homme (solide et courageux), la femme (très réservée, socialement fragile, toute absorbée par les soins du ménage, et disposée à vous recoudre votre pantalon même si elle ne vous connaît que depuis trois jours …)
Ce livre est par ailleurs émaillé de petites histoires annexes et récurrentes : des sangliers imprévisibles, un motard fou, des rivalités paysannes, une chasse qui tourne mal, tout cela sans aucune continuité ni nécessité – sans que cela prenne sens – comme si l’auteur cherchait à faire du « remplissage », comme s’il avait peur que ce son roman soit trop court ou trop monotone.

Je n’ai vraiment pas apprécié ce livre, même si quelques pages par ci par là révèlent une sensibilité intéressante et un certain sens de l’observation, mais trop souvent noyés dans des clichés, selon moi.

L’amour sans le faire faisait partie de la rentrée littéraire 2012, et je l’ai lu en édition de poche (J’ai lu).