Le sel de la vie, de Françoise Héritier


J’ai lu ce livre car il m’a été prêté par une amie qui m’a dit que cette lecture lui avait fait du bien, mais qui a tenu à me prévenir que ce livre était écrit sous forme de liste et qu’il fallait aimer (ou pas).

Effectivement, ce n’est pas un livre très rédigé ou très littéraire, ce qui m’a laissée sur ma faim.
L’auteure dresse la liste de toutes les choses qui font le sel de la vie, c’est-à-dire essentiellement les moments agréables (bien que le sel puisse aussi avoir ses côtés déplaisants), et dresse du même coup une sorte d’autoportrait ou de méli-mélo d’autobiographie, quelque chose entre le « je me souviens » de Pérec et « La première gorgée de bière » de Philippe Delerm puisqu’on reste dans l’exploration des « plaisirs minuscules » et autres menus événements de l’existence.
Il y a un aspect répétitif dû au fait qu’un même plaisir peut être décliné sous différentes formes à différents moments du livre, ainsi la simple cueillette dans la nature se retrouve à plusieurs reprise sous forme de « raisins », « fraises » et « champignons » (et on aurait encore pu allonger le livre en rajoutant bien d’autres cueillettes : prunelles, myrtilles, noisettes, que sais-je encore !)
Bref, un livre un peu facile, qui n’a sans doute pas d’autre ambition que de susciter de fugaces évocations et de remuer la surface de nos mémoires.

Le sel de la vie de Françoise Héritier était paru chez Odile Jacob en 2012 et je l’ai lu dans le cadre du défi Autour du Monde elles écrivent, pour le continent Européen.

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Sonietchka, de Ludmila Oulitskaïa


Sonietchka est un court roman de Ludmila Oulitskaïa, paru en russe en 1995 et en français chez Gallimard en 1996.
Je l’ai lu en poche, où la quatrième de couverture dévoile toute l’histoire jusqu’à la fin, ce qui est tout de même un peu gênant, même si cette histoire est plutôt une chronique familiale et ne recèle pas un suspense haletant (mais ce n’est pas le but, je crois).

Le début de l’histoire : Sonietchka passe sa jeunesse plongée dans la lecture, imperméable au monde environnant. Elle est laide mais cela ne l’affecte nullement. Elle devient bibliothécaire et c’est sur son lieu de travail qu’elle rencontre un peintre plus âgé qu’elle, qui la reconnaît tout de suite comme sa future épouse, et le demande en mariage sur-le-champ. (…)

Mon avis : Le personnage principal, Sonietchka, que l’on suit tout au long de sa vie, est une femme d’une grande bonté et d’une grande sagesse, même si elle n’a pas de talent particulier et semble tout à fait banale en apparence. Elle est douée pour le bonheur puisque, même dans l’adversité et la solitude, elle voit toujours la vie avec bienveillance et douceur et ne parait sensible qu’aux aspects positifs de l’existence.
Ce personnage de femme imprime à ce roman une tonalité paisible, douce, pleine d’une tendre ironie et j’ai bien aimé le regard que l’auteure porte sur ses personnages, finement brossés et, au final, attachants.
J’ai trouvé un vif plaisir de lecture, une écriture distanciée mais certainement pas froide, des personnages humains, une vision réconfortante du monde.

J’ai lu ce roman dans le cadre du défi « Autour du monde, elles écrivent », pour le continent européen.

Voici un extrait page 47 :

Mais l’amertume de vieillir n’empoisonnait nullement la vie de Sonietchka, comme c’est le cas pour les femmes fières de leur beauté. L’immuable différence d’âge avec son mari ancrait en elle l’impression de jouir d’une jeunesse inaltérable, impression que confirmait l’inextinguible jalousie de Robert Victorovitch. Et chaque matin était peint aux couleurs de ce bonheur de femme immérité et si violent qu’elle n’arrivait pas à s’y accoutumer. Au fond de son âme, elle s’attendait secrètement à tout instant à perdre ce bonheur, comme une aubaine qui lui serait échue par erreur, à la suite d’une négligence.

Deux poèmes parus dans la revue Traction-Brabant n°64

Le dernier numéro de la revue Traction-Brabant (n°64) est arrivé dans ma boîte aux lettres cette semaine et je vous invite à découvrir cette revue dont j’aurai l’occasion de reparler dans de futurs articles.
J’ai le plaisir de figurer au sommaire de ce numéro 64, aussi j’ai choisi de vous donner à lire deux de ces poèmes.
Ce sont des poèmes en prose, écrits entre la fin 2014 et le début 2015.

***
Poème confortable

Le bonheur n’avait rien à nous dire mais il restait assis près de nous et nous trouvait étranges. Nous le dévisagions d’abord avec surprise puis, rassurés de le voir si sage, nous le laissions vaquer à sa routine et fumer son tabac blond. Mais un jour où, désormais habitués à lui, nous lui chantions notre éternelle berceuse en caressant sa nuque fragile, il nous fixa droit dans les yeux, nous dévoilant ses prunelles fauves, et se jeta sur nous.

***
Derrière les persiennes

L’intérieur de ta bouche est frais comme un litchi, et ta peau est lisse comme l’eau qui dort.
L’amour garde ses couleurs printanières jusqu’aux encens de décembre, et au-delà.
L’or de Noël tombera en poussière noire sur les neiges de janvier.
Je porte le monde dans ma langue mais mon amour pour toi est déchargé de tout fardeau.
Sous ses dehors renfermés, la nuit musarde entre nos caresses.

Un poème sur le bonheur, de Thomas Vinau

J’ai trouvé ce poème dans la revue Décharge numéro 157 de mars 2013, dans lequel un dossier complet est consacré au poète Thomas Vinau.

Celui qu’on ne remarque pas

J’aurai connu ce bonheur-là. Cette joie, solide et pleine, qui ne parle pas, ne dit pas son nom, ne fait pas les gros bras.
J’aurai connu ce bonheur-là, celui qui passe sans qu’on le comprenne. Celui qu’on oublie, qu’on ne remarque pas, ou trop tard, ou à peine.

Et j’ajoute, pour le plaisir, un deuxième petit poème de Thomas Vinau :

Fait divers

Nous apprenons à l’instant
le décès instantané
d’un petit matin frais
fauché en pleine course
par un quotidien trop pressé

La première Gorgée de bière de Philippe Delerm

Il y a quinze ans, en 1997, ce livre avait été un immense succès de librairie. C’est peut-être la raison pour laquelle je ne l’avais pas lu à l’époque : je redoutais l’engouement passager, le phénomène de mode.

Et puis il se trouve qu’une amie me l’a offert récemment et il m’a semblé intéressant de m’y plonger pour voir s’il avait résisté au temps qui passe.

Côté positif : c’est un livre assez plaisant à lire – un livre qu’on déguste ou même qu’on sirote. On peut lire deux pages, le reposer, le reprendre, et on peut même l’oublier quelques jours ou quelques semaines et le retrouver sans le moindre inconvénient puisque chaque chapitre fait au maximum deux pages et demie.
En ce sens c’est un livre bien adapté aux lecteurs paresseux que nous sommes tous un peu – surtout en ces périodes estivales !

Par ailleurs l’écriture est assez travaillée, il y a une joliesse, une subtilité dans l’évocation des sensations, comme par exemple lorsqu’il décrit le parfum des pommes à la cave.
J’ai aimé l’évocation du dimanche soir – quand malaise et plaisir se mélangent – j’ai aimé l’évocation des vapeurs d’inhalation ou encore la difficulté à trouver une position confortable pour lire sur la plage.
J’ai aussi aimé l’achat du paquet de gâteaux du dimanche matin, un petit chapitre qui a le mérite de la simplicité.

Mais je n’ai pas aimé cette espèce de nostalgie « vieille France des années 50 » pour le saucisson, les vieux trains, les balades à bicyclette et les pantalons marrons en velours côtelé.
Je n’ai pas aimé cette complaisance rétro – très « image d’Épinal » – sur la pétanque ou le Tour de France, sans parler des kaléidoscopes, des romans d’Agatha Christie ou des boules à neige.

Et puis, en finissant ce livre, je me suis souvenue de la vraie raison pour laquelle je n’avais pas lu ce livre à l’époque où tout le monde se l’arrachait : je n’aimais pas trop l’idée qu’il faut apprendre à se contenter des petits plaisirs – je voulais qu’on me parle de grands bonheurs ou de terribles drames mais pas de petites choses …
Je me demande si je n’avais pas un peu raison !?