L’anniversaire de la Salade, un livre de Tawara Machi

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Quatrième de Couverture :
Lorsque Tawara Machi, modeste professeur de littérature au lycée de Kanagawa, fait paraître en 1987 L’anniversaire de la salade, elle n’a sans doute aucune idée du phénoménal succès que va connaître son recueil de poèmes. Il révolutionne pourtant le genre du tanka, la forme de poésie la plus ancienne et la plus sophistiquée de la tradition japonaise. Tout en préservant les qualités propres au tanka, concision, pouvoir d’évocation, musicalité, Tawara Machi y raconte les menus événements de sa vie de jeune femme d’une vingtaine d’années – la musique, la mer, les voyages, la cuisine, le base-ball, l’amour -, y introduit un langage familier, des bribes de conversation, des icônes du monde moderne. Célèbre du jour au lendemain, elle va recevoir plus de deux-cents mille tankas, envoyés par des lecteurs de tout âge et de tout milieu, dont ses poèmes ont profondément touché le cœur.
A ce jour, l’anniversaire de la salade s’est vendu à plus de huit millions d’exemplaires dans le monde. La fraîcheur et la grâce de ses poèmes, où se révèle, comme par surprise, la beauté de chaque moment intensément vécu, résonnent en chacun de nous.

Mon avis :

J’ai été très étonnée d’apprendre que ce recueil de poèmes s’était vendu à trois millions d’exemplaires au Japon car, en le lisant, j’ai trouvé beaucoup de ces poèmes d’une grande platitude, sans beaucoup de recherche d’images ou d’idées. Je suppose que cet immense succès provient de l’atmosphère « moderne » de ces poèmes, où beaucoup d’adolescents et de jeunes adultes ont sans doute reconnu leur vie et leurs petits soucis quotidiens.
Je n’ai pu m’empêcher, à la lecture de ces tankas, de les comparer à ceux de Yosano Akiko et à ceux des dames de la Cour de Heian, auxquels j’avais consacré des articles peu après la création de ce blog, et il est clair que les tankas de Tawara Machi, à quelques exceptions près, ne gagnent pas à la comparaison car ils semblent manquer de tenue du point de vue de la forme et de consistance du point de vue du fond.
Je pense malgré tout que, pour bien juger de ces tankas, il faudrait pouvoir les lire dans leur langue originelle, car je suppose que les tankas perdent beaucoup de leur musicalité et de leur rythme lorsqu’ils sont traduits dans une langue européenne, où le nombre de syllabes se perd et ne respecte plus le fameux rythme 7-5-7–7-7 tellement particulier.

J’ai relevé dans ce livre quelques tankas qui m’ont plu, et dont je vous propose la lecture :

Vers la pluie qui s’est mise à tomber
je lève la tête et soudain dans cette posture
je réclame des lèvres

C’est pour moi qu’en ouvrant des huîtres ton doigt
légèrement se teinte de la couleur
du sang ! Adorable

Le comprendre, mais pourquoi ? est le rôle
de la femme … D’amour seul
un être humain ne peut vivre

Soir du premier baiser ! Quand j’y repense
d’un coup sec je referme
mon journal intime

Ils ne fleurissent ni ne perdent leurs fleurs
tournés vers le ciel les poteaux télégraphiques
sur qui souffle le vent du printemps

« Te voilà encore à composer
des poèmes d’amour ? » mi-amusé
mi-inquiet

Cette lettre déborde d’amour mais cet amour
cachet de la poste faisant foi
est l’amour du jour

Quand j’ai fini d’écrire et collé mon timbre
tout aussitôt commence ce temps
où j’attends la réponse

***

L’anniversaire de la salade était paru aux éditions Philippe Picquier en 2008.

La première Gorgée de bière de Philippe Delerm

Il y a quinze ans, en 1997, ce livre avait été un immense succès de librairie. C’est peut-être la raison pour laquelle je ne l’avais pas lu à l’époque : je redoutais l’engouement passager, le phénomène de mode.

Et puis il se trouve qu’une amie me l’a offert récemment et il m’a semblé intéressant de m’y plonger pour voir s’il avait résisté au temps qui passe.

Côté positif : c’est un livre assez plaisant à lire – un livre qu’on déguste ou même qu’on sirote. On peut lire deux pages, le reposer, le reprendre, et on peut même l’oublier quelques jours ou quelques semaines et le retrouver sans le moindre inconvénient puisque chaque chapitre fait au maximum deux pages et demie.
En ce sens c’est un livre bien adapté aux lecteurs paresseux que nous sommes tous un peu – surtout en ces périodes estivales !

Par ailleurs l’écriture est assez travaillée, il y a une joliesse, une subtilité dans l’évocation des sensations, comme par exemple lorsqu’il décrit le parfum des pommes à la cave.
J’ai aimé l’évocation du dimanche soir – quand malaise et plaisir se mélangent – j’ai aimé l’évocation des vapeurs d’inhalation ou encore la difficulté à trouver une position confortable pour lire sur la plage.
J’ai aussi aimé l’achat du paquet de gâteaux du dimanche matin, un petit chapitre qui a le mérite de la simplicité.

Mais je n’ai pas aimé cette espèce de nostalgie « vieille France des années 50 » pour le saucisson, les vieux trains, les balades à bicyclette et les pantalons marrons en velours côtelé.
Je n’ai pas aimé cette complaisance rétro – très « image d’Épinal » – sur la pétanque ou le Tour de France, sans parler des kaléidoscopes, des romans d’Agatha Christie ou des boules à neige.

Et puis, en finissant ce livre, je me suis souvenue de la vraie raison pour laquelle je n’avais pas lu ce livre à l’époque où tout le monde se l’arrachait : je n’aimais pas trop l’idée qu’il faut apprendre à se contenter des petits plaisirs – je voulais qu’on me parle de grands bonheurs ou de terribles drames mais pas de petites choses …
Je me demande si je n’avais pas un peu raison !?