François Cheng, Cinq méditations sur la beauté

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Quatrième de Couverture :

En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l’univers vivant : d’un côté, le mal ; de l’autre, la beauté. Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté.

Mon avis :

Ce livre est un essai essentiellement philosophique, mais également poétique : à ce titre, la longue réflexion sur la beauté de la rose ou celle sur la beauté de la Joconde sont particulièrement frappantes. Quand François Cheng compare le visage à un paysage que l’on offre à son vis-à-vis, ou les sentiments, également, à des paysages, ou qu’il parle de la beauté des regards, et de l’importance des regards croisés dans la compréhension de la beauté, nous sommes là encore en pleine poésie.
Du point de vue philosophique, c’est un livre très érudit mais qui sait se mettre à la portée du néophyte (à condition toutefois de bien se concentrer) : il multiplie les références à la pensée aussi bien occidentale (de Platon au 20è siècle) que chinoise (Taoïsme, Confucianisme), faisant même quelques incursions dans la pensée islamique, et offrant par là même quelques points de convergence universels.
Pour François Cheng, la beauté est à rapprocher de la bonté : il remarque que les deux mots sont presque semblables en français et il rappelle le fameux « kalosagathos » des grecs anciens.
Il parle aussi, sans jugement de valeur, de l’art contemporain – ou tout au moins de l’art depuis le début du 20è siècle : lorsque, précisément, la beauté a cessé d’être son objectif.

Un livre essentiel !

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Parfois la beauté d’Azadée Nichapour

Parfois la beauté d'Azadée NichapourAzadée Nichapour écrit des poèmes simples et facilement accessibles.
Son recueil Parfois la beauté nous laisse entrer dans ses préoccupations et son univers quotidiens : souvenirs d’enfance, famille, trajets en métro, lecture du journal, écoute de la radio, …
Ses thèmes sont l’écriture, sa situation d’exilée, l’amour, le rêve, la beauté, la quête de soi.
La plupart de ses poèmes sont courts, proches de l’aphorisme. Sa langue est pour ainsi dire celle du langage parlé. Elle aime beaucoup jouer avec les expressions toutes faites pour les détourner. Elle aime aussi jouer avec les sonorités, les mots se répondant souvent par échos ; il lui arrive même d’utiliser, d’une manière très libre, la rime.
Pour présenter Azadée Nichapour je pourrais dire qu’elle est d’origine iranienne (Nichapour est sa ville natale) et qu’elle était enfant lorsque sa famille a décidé de s’exiler en France. Mais à cela elle répond :

Il faut que je vous dise
je ne suis pas celle qu’on vous présente

Ceci n’est pas une Persane
mais une personne

Méfiez-vous de la forêt qui cache l’arbre

J’aime aussi beaucoup ce poème, assez facétieux et profond :

Heureusement que les miroirs
sont différents

Sinon on se ressemblerait
comme deux gouttes d’eau

On pourrait même
se prendre pour soi-même

Il ne manquerait plus
que de se croire unique

Azadée Nichapour dit souvent “Je” dans ses poèmes et l’explique d’une manière très jolie et touchante :

– Tu ne parles que de toi
écris un poème sur la réalité
un miroir qui montre le monde entier
– Ne vois-tu pas Papa
je suis moi-même le monde
grande blessée de toutes les guerres
de la Première à la Dernière
jardin d’enfants et cimetière

J’aime aussi beaucoup ce petit poème – dont la formulation me semble intelligente, concise, pénétrante :

La séduction
n’est pas
une science exacte

Avec la somme de tes qualités
tu n’obtiens pas mon amour

Et je finis par celui qui m’enchante le plus car il peut s’appliquer à des tas de situations différentes et, je crois, va évoquer quelque chose à tout le monde :

Échange de bons procédés

Je te dirai tes quatre vérités
et tu feras mes quatre volontés

Parfois la beauté est paru aux éditions Seghers en 2008.