Joseph Karma de Denis Hamel

Couverture chez Petit Pavé

Mon ami le poète et écrivain Denis Hamel vient de faire paraître, en avril 2022, un roman « Joseph Karma » aux éditions du Petit Pavé, dans la collection « Derrière les pages du Semainier », dirigée par le poète Jean Hourlier.
Il s’agit d’un récit autofictif, où l’écrivain nous invite à suivre le parcours mouvementé d’un poète en quête d’un hypothétique mieux-être. Cet homme, fonctionnaire de son état, peine à trouver sa place dans le monde amoureux, social, spirituel, intellectuel, mais il poursuit son chemin avec un courage assez surprenant et avec un humour distancié, qui vise juste.

Quatrième de Couverture

Joseph Karma est un récit autobiographique en partie fictionnel. Le narrateur y conte les déboires, déconvenues, désillusions du personnage éponyme, un anti-héros, double de l’auteur Denis Hamel. Au fil d’une chronique de l’échec sans larmoiements ou apitoiement sur soi-même, le lecteur est invité à suivre en observateur impliqué la dérive d’un fantôme de nulle part perdu dans le champ de bataille de l’existence.
Le récit – en un contraste éclatant avec le thème de l’échec – est une si incontestable réussite qu’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus : l’acuité critique du regard posé sur la comédie sociale, le pied de nez assumé aux recettes conventionnelles du succès et leur démythification ; la poésie urbaine et ses croquis inoubliables (le portrait du clochard, par exemple, nouveau Diogène) ; la vivacité et le dépouillement de la narration ; la capacité d’auto-analyse et d’auto-dérision sérieuse du narrateur ; la solidité et la profondeur d’une réflexion s’insurgeant tranquillement contre diverses entreprises de déshumanisation (notamment dans le champ de l’art).
Un entretien sur la poésie fait suite au récit. L’un et l’autre sont marqués au même coin de l’exigence, et de l’aspiration sobrement ardente à un plus grand raffinement esthétique et moral.

J. H.

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Avis et Critiques :

Comme je suis personnellement impliquée dans ce roman, en tant qu’amie de l’auteur et illustratrice, je préfère laisser la parole à d’autres critiques et chroniqueurs.

Je vous invite à lire l’article de Frédéric Perrot du blog « Bel de Mai » à propos de « Joseph Karma » en suivant ce lien.

Un autre article a été écrit sur le site Sitaudis par Christophe Stolowicki et vous pouvez le consulter ici.

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Un Extrait page 36

Quelques temps plus tard, alors qu’il se promenait près du Luxembourg, en revenant de son travail, Karma fut attiré par une affiche promouvant des conférences données par une nonne bouddhiste et destinées à améliorer son existence, dans le respect de l’éthique proposée par la voie du mahayana, ou bouddhisme du grand véhicule. Il avait lu plusieurs ouvrages sur le sujet et pensa que ce serait une bonne chose d’entendre de vive voix les conseils d’une personne expérimentée. La première conférence l’enthousiasma. Cela se déroulait dans un local polyvalent, près de la gare Montparnasse. On enlevait ses chaussures à l’entrée, ce qui provoquait des exhalaisons assez désagréables, mais que la lourde odeur d’encens qui régnait dans la salle faisait vite oublier. La nonne Guen Loma était une jeune femme anglaise d’une trentaine d’années, vêtue de la toge orange traditionnelle et le crâne rasé, parlant un français impeccable. (…)

Un autre Extrait, pages 43-44

Sa poésie [celle de Joseph Karma], plutôt classique, était en contradiction totale avec les canons de la plupart des éditeurs et revues subventionnés, qui privilégiaient un formalisme basé sur la primauté du signifiant et dénigraient les notions d’émotion et d’expérience vécue, dans la lignée des objectivistes américains et de la poésie conceptuelle […] Sur certains sites de critiques d’avant-garde, l’adjectif « lyrique » était employé comme une insulte, synonyme de petit-bourgeois. Tout cela déplaisait souverainement à Karma et lui paraissait ne pouvoir donner naissance qu’à des œuvres mort-nées et déshumanisées, créées mécaniquement d’après des lois rigides alors que lui voulait encore croire aux vieux concepts d’inspiration, de maturation et de nécessité, si décriés et raillés par les auteurs en vogue.

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Ce livre parle de poésie et retrace le cheminement d’un écrivain, il s’inscrit donc très bien dans le « Printemps des artistes ».

Logo du Défi, créé par Goran

La Pluie d’été de Marguerite Duras

Note pratique sur le livre :

Genre : roman
année de parution : 1990
Nombre de pages : 148
Editeur : Folio (première édition chez P.O.L.)

Note sur l’écrivaine :

Marguerite Duras (1914-1996) de son vrai nom Marguerite Donnadieu est une femme de lettres, cinéaste, scénariste et dramaturge française. Elle est d’abord affiliée au mouvement du Nouveau Roman. En 1950, son livre autobiographique Un barrage contre le Pacifique lui vaut un grand succès et la notoriété. En 1959, elle écrit pour Alain Resnais le scénario d’Hiroshima mon amour, qui lui vaut une nomination aux Oscars. Son plus grand succès publique sera L’Amant en 1984, qui lui vaut le Prix Goncourt. Elle fut et reste considérée comme l’un des principaux écrivains français du 20è siècle. Son style a inspiré de nombreux auteurs de la génération suivante.

Quatrième de Couverture :

Après un long silence dû à la maladie, Marguerite Duras publiait en 1990 La pluie d’été. Ernesto, le héros, vit dans une famille nombreuse et pauvre : parents immigrés, chômeurs, mais son environnement ne l’empêche pas d’être un génie. La complicité entre Ernesto et sa sœur Jeanne les conduit à l’inceste. Ernesto est heureux dans le malheur de l’être. Ce qu’il vit est un bonheur contradictoire, douloureux. Le feu sous la cendre. La vraie chaleur et le seul espoir sont dans la complicité qui unit les membres de la famille.
Ernesto et Jeanne, après la pluie d’été qui marque la fin de l’envoûtement et de l’enfance, se sépareront.

Mon humble avis :

Je suis un peu mitigée sur ce livre. Si certains passages m’ont semblé très beaux, littérairement très réussis, à d’autres moments j’ai été légèrement agacée par le côté artificiel et alambiqué de ce style d’écriture, et notamment pour ce qui concerne les dialogues, qui sonnent souvent assez creux.
En effet, ce roman comporte de très nombreuses scènes dialoguées (nombreuses et longues), ce qui nous rappelle que ce livre est l’extension et le prolongement d’un scenario de film (Les Enfants, que Duras a tourné en 1985, avec André Dussollier et Pierre Arditi dans les rôles principaux).
C’est cependant un livre agréable, qui se lit facilement, d’autant plus facilement qu’il n’est pas très long (je l’aurais sans doute beaucoup moins apprécié avec 120 pages de plus, le style aurait fini par me lasser).
Le thème principal de ce livre est « le savoir et la connaissance » – avec les deux grandes interrogations parallèles : « faut-il apprendre des choses que l’on ne sait pas ? Ou plutôt des choses que l’on sait ? » – des questions qui peuvent sembler saugrenues au premier abord, voire carrément absurdes, et que l’on choisira (ou pas) d’envisager.
Je ne suis pas sûre qu’il me restera grand-chose de cette lecture dans un mois ou deux, mais bon, ça peut aller.

Un Extrait (qui m’a plu) page 48 :

Aux yeux des brothers and sisters, grands et petits, que ce soit clairement ou pas, la mère fomentait en elle une œuvre de chaque jour, d’une importance inexprimable, c’était pourquoi elle avait besoin de s’entourer de silence et de paix. Qu’elle aille vers quelque chose, la mère, cela tout le monde le savait. C’était ça, l’œuvre, cet avenir en marche, à la fois visible, imprévisible, et de nature inconnue. Rien n’en limitait l’étendue parce que pour eux ce n’était pas nommé ce qu’elle faisait la mère, c’était trop personnel. Pas de mot pour ça, c’était trop tôt. Rien n’en contenait le sens entier et contradictoire, même pas le mot qui l’aurait dit. Pour Ernesto c’était peut-être déjà une œuvre, la vie de la mère. Et c’était peut-être cette œuvre qui, retenue en elle, faisait ce chaos.

Un autre Extrait (qui m’a déplu) page 128 :

Jeanne : On ne le sait pas que Dieu n’existe pas.
Les voix de Jeanne et d’Ernesto sont douces, elles se ressemblent.
Ernesto : Non. On le dit seulement, mais on ne le sait pas. A quel point il n’existe pas, même toi, tu ne le sais pas.
Jeanne : Tu dis : il n’existe pas comme tu dirais qu’il existerait.
Silence.
Ernesto : Qu’est-ce que tu as dit ? Tu as dit comme s’il existerait.
Jeanne : Oui.
Silence.
Ernesto : Non.
Jeanne : Tu as dit : Dieu n’existe pas comme une fois tu avais dit : Dieu il existe.
Silence.
Jeanne : Si c’est possible qu’il n’existerait pas, alors il est possible qu’il existe.
Ernesto : Non.
Jeanne : Comment il existerait alors s’il n’existe pas ?
Ernesto : Comme partout dans le monde, comme pour toi comme pour moi. C’est pas une question de : plus que ça ou de moins que ça ; ou de : comme si il existerait ou de : comme si il existerait pas, c’est une question, personne ne sait de quoi.
(…)

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Deux de mes derniers poèmes rimés

J’ai écrit ces poèmes au printemps et été 2021.
Merci de ne pas les diffuser sans mon autorisation.

transilien, intérieur du train

Eloge de la SNCF

Rouler en transilien dans la campagne rase,
Voir filer les hameaux tagués et les terrains
Vagues, ce n’est pas très folichon, à la base.
Un genre de torpeur fadasse vous étreint.

De gare en gare, nous roulions dans cet écrin
D’ennui morose, quand j’entendis cette phrase,
Dite sur un ton simple, aimable et sans emphase :
« Prenez garde à la marche en descendant du train ! »

Que la SNCF parle en alexandrin
Au pauvre banlieusard que son train-train écrase,
Cela aurait de quoi me mener à l’extase
(Est-ce excessif ? Un brin ? Sans frein ? Ou a tout crin ?)

Maintenant, chaque fois que j’ai l’esprit chagrin,
Je pense à cette phrase audacieuse et courtoise
Qui me sied ! Pour un peu, je me croirais en phase
Avec ce monde ultra-néo-contemporain.

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Eloge de la Bêtise

Je suis bête mais c’est à moitié fait exprès
Et je n’ai de l’esprit que par inadvertance
Mais j’en ai d’autant plus que j’entre dans la danse
De plus crétins que moi (à ce qu’il me parait).

Les intellos pédants qui tiennent toujours prêt
Un fumeux paradoxe empreint d’intelligence,
Je leur sors aussitôt une plate évidence,
Digne de Lapalisse – ils en sont pour leurs frais !

Par l’électrique essor de leurs brillants neurones
Ils croient pouvoir prétendre aux merveilleuses zones
De tranquille bonheur où ma stupidité

Me mène sans effort ni qualité majeure.
Ils sont trop malins pour voir cette vérité :
La raison du plus bête est toujours la meilleure !

Marie-Anne Bruch

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