La Vieille Fille, de Balzac

J’ai lu La Vieille Fille, un court roman de Balzac, écrit en 1836, dans le cadre du défi de lecture de Madame lit puisqu’il s’agit de lire un classique au mois d’août.
Dans son édition chez Garnier Flammarion ce roman est suivi du Cabinet des Antiques car les deux romans forment une sorte de diptyque – d’après la préface de Philippe Berthier.
Les deux font partie de La Comédie Humaine, et plus précisément des Scènes de la vie de Province.

Mais venons-en à l’histoire proprement dite.

Le roman se déroule à Alençon pendant la Restauration.
Une vieille fille d’une quarantaine d’années, Melle Cormon, qui fait partie de la noblesse et possède une grosse fortune, mène une vie sociale brillante puisqu’elle attire chez elle la meilleure société.
Trois prétendants sérieux se pressent autour d’elle :
Le Chevalier de Valois, un gentilhomme distingué et spirituel, mais assez âgé.
Monsieur du Bousquier, un bourgeois ambitieux qui vise surtout la fortune de Melle Cormon.
Athanase Granson, un jeune homme de vingt-trois ans, pauvre mais plein de talent, éperdument amoureux de la vieille fille.
Pendant une bonne partie du livre, on se demande auquel des trois hommes la vieille fille accordera sa main – et si tous ces projets ne vont pas finir par échouer car Melle Cormon n’est pas très intelligente, elle est gaffeuse et comprend mal la psychologie des uns et des autres.
Mais, bien au-delà d’un roman d’amour, il est plutôt question ici d’ambitions politiques et financières, et les idées royalistes de Balzac apparaissent de manière très claire, avec une critique acide des républicains, présentés comme parvenus et immoraux.
Je ne voudrais pas dévoiler l’intrigue du livre, mais ce roman est aussi l’occasion pour Balzac d’évoquer quelques unes de ses idées sur le mariage, qui représentait une grande perte de liberté pour une femme.

Un livre intéressant, avec des personnages pittoresques, mais qui nous parait aujourd’hui un peu désuet.

***

Le Chef-d’oeuvre inconnu, de Balzac

balzac_chef_doeuvreCette nouvelle de Balzac a pour cadre le Paris du 17ème siècle, et pour protagonistes trois peintres de l’époque, dont deux ont réellement existé : le jeune Nicolas Poussin, encore inconnu, le futur représentant du classicisme français, et Franz Porbus, le peintre officiel d’Henri IV. Balzac leur adjoint un personnage inventé, le peintre Frenhofer, qui est supposé avoir été le seul élève de Mabuse, et qui est capable de donner des leçons de peinture d’une grande sagacité aux deux grands peintres que sont Poussin et Porbus.
Frenhofer apprend à ses deux amis qu’il travaille depuis vingt ans à un chef-d’œuvre, intitulé La belle noiseuse, qui est l’aboutissement de toutes ses réflexions et de toutes ses recherches, mais il refuse obstinément de leur montrer le tableau.
Poussin, dont la curiosité a été piquée, invente, en se servant de sa maîtresse, Gillette, un stratagème pour pénétrer dans l’atelier de Frenhofer. Mais, quand il y parviendra, sa surprise sera grande.

Une bonne partie du livre est consacrée à la leçon essentiellement théorique, que Frenhofer donne à Porbus et à Poussin, et j’ai trouvé que c’était une introduction brillante pour toute personne souhaitant connaître les idées que l’on se faisait sur l’art au 19ème siècle.
Pour cet aspect théorique, Balzac se serait inspiré des propos de Delacroix ou de Théophile Gautier – ou, en tout cas, des grands débats qui avaient lieu sur la peinture dans les années 1830. Par exemple, il développe le thème de l’opposition entre la couleur et la ligne, ce qui est typique du débat qui existait alors entre les tenants du classicisme – qui privilégiaient la ligne – et les tenants du romantisme – qui privilégiaient la couleur.

A côté de cet aspect historique intéressant, il existe aussi un aspect plus philosophique : Frenhofer est un artiste hanté par l’idée fixe du Beau, mais il est trop théoricien, trop intellectuel, il cherche trop à s’approcher d’une perfection inaccessible, et, pour ces raisons, son œuvre est vouée à l’échec. On peut dire que Frenhofer s’est tellement accroché à son idéal qu’il est devenu fou, ce qui est une vision très romantique de l’artiste.

J’ai lu ce livre dans une édition de poche, où cette nouvelle est suivie de La leçon de violon de E.T.A. Hoffmann – une nouvelle dont Balzac s’est beaucoup inspiré pour Le Chef-d’œuvre inconnu, et j’ai trouvé qu’effectivement le rapprochement entre les deux histoires révélait beaucoup de points communs.

Cette lecture s’est faite, de nouveau, dans le cadre de ma participation au Challenge Balzac organisé par Marie, la créatrice du blog mesaddictions.

César Birotteau, de Balzac

balzac_birotteauCésar Birotteau est un riche parfumeur de Paris, il a fait fortune grâce à deux crèmes cosmétiques : la pâte des sultanes et l’Eau carminative, et il s’apprête à inventer un nouveau produit, l’Huile céphalique, une lotion pour les cheveux. Il demande à son commis, Anselme Popinot, de lancer cette affaire et de s’occuper de la fabrication et de la publicité. Popinot, qui est amoureux de la fille de César Birotteau, Césarine, voit là un moyen de s’enrichir assez pour l’épouser, et fait prospérer cette fabrique.

Mais César Birotteau a investi une somme très importante pour l’achat de terrains dans le quartier de la Madeleine et il a confié cette somme à un notaire, Roguin. Mais Birotteau ignore que c’est son ancien commis, du Tillet, qui tire les ficelles de cette affaire. En effet, du temps où il était son commis, du Tillet lui avait volé de l’argent et avait tenté de séduire sa femme et César Birotteau l’avait mis à la porte. Depuis cette histoire, du Tillet a juré de se venger et il a pris un homme de paille, Claparon, pour être parti prenant dans cet investissement des terrains à la Madeleine. C’est aussi du Tillet qui manipule Roguin, le notaire. Dans l’ignorance de ce qui se trame contre lui, Birotteau, qui va être bientôt décoré de la légion d’honneur, organise un bal somptueux qui lui coûte plusieurs milliers de francs. Il fait aussi redécorer son appartement pour une somme très importante.

Mais Roguin s’enfuit bientôt avec l’argent que Birotteau lui avait confié et celui-ci n’a plus les moyens de payer ses trop nombreux créanciers. C’est la faillite : les Birotteau sont dépouillés de tous leurs biens et contraints de trouver des emplois salariés. César Birotteau, qui est un homme parfaitement honnête et qui est mortifié par sa situation de failli, n’a plus qu’un seul but : rembourser tous ses créanciers et se faire réhabiliter aux yeux de la société – car au XIXème siècle il était considéré comme déshonorant de faire faillite.

Mon avis : C’est un roman très prenant, et pourtant ce n’était pas évident car Balzac donne énormément de détails sur les diverses transactions financières puis, au moment de la faillite, sur les procédures judiciaires de l’époque. Tous ces détails sont difficiles à suivre mais on comprend quand même le sens général de toutes ces opérations.
J’ai trouvé qu’il était intéressant de voir la naissance du système capitaliste dans ce roman, particulièrement à un moment : celui où Claparon explique à Birotteau le nouveau type de société qui est en train de se mettre en place et qui va écraser le parfumeur.J’ai trouvé aussi que beaucoup de pages de ce livre annonçaient les romans de Zola : un grand réalisme, une volonté d’expliquer la psychologie des personnages par des critères scientifiques (le tempérament, la constitution), un côté didactique aussi par moments.

J’ajoute que j’ai lu César Birotteau dans le cadre de ma participation au Challenge Balzac organisé par Marie – la créatrice du blog mesaddictions