Beaux rivages, de Nina Bouraoui


Comme la quatrième de couverture de ce livre résume bien ce que j’ai ressenti à sa lecture, je vous la recopie :

C’est une histoire simple, universelle.
Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme : Beaux rivages est la radiographie de cette séparation.
Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d’amour.
Les larmes rassemblent davantage que les baisers.
J’ai écrit Beaux rivages pour tous les quittés du monde. Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur. Pour ceux qui pensent qu’ils ne sauront plus vivre sans l’autre et qu’ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l’amour triomphera toujours. En cela, c’est un roman de résistance.

N. B.

Mon avis :

Nina Bouraoui réussit à aborder le thème de la souffrance amoureuse sans pathos et sans larmoyer, avec beaucoup de justesse. Elle reste au plus près de son héroïne, la suit pas à pas, et nous plonge dans la réalité d’une rupture, avec toutes les étapes psychologiques qui suivent ce deuil brutal. Car l’héroïne est quittée alors qu’elle ne s’y attend pas : elle était heureuse, pensait avoir trouvé l’homme de sa vie, jugeait son couple solide. C’est son univers et son équilibre qui s’effondrent. Son compagnon a une liaison avec une autre femme, qui lui a demandé de choisir entre elles deux. L’héroïne développe rapidement une grande haine contre sa rivale, cela tourne à l’obsession, elle découvre que cette femme tient un blog, une sorte de journal intime, et ne peut plus s’empêcher de se connecter, plusieurs fois par jour, maladivement, pour voir ce que l’Autre vit et pense d’elle. Paradoxalement, elle ressent beaucoup moins d’animosité vis à vis de celui qui l’a quittée, elle reste plus ou moins amie avec lui, a même parfois l’espoir que leur couple se reformera.
C’est un livre très touchant, où les personnages ont une réelle épaisseur humaine et une complexité intéressante.
Chacun peut, je crois, se retrouver dans ce livre, dans la mesure où chacun a déjà vécu une rupture.

Ce beau livre avait paru en 2015 chez Jean-Claude Lattès (puis réédité au Livre de poche), je l’ai lu dans le cadre du défi Autour du monde elles écrivent.

Extrait page 62

Il m’arrivait de parler seule dans ma voiture avant d’aller travailler, libérant mon thorax ; j’étouffais. Je faisais semblant de téléphoner à quelqu’un, parvenant à rire aux éclats alors que j’avais envie de pleurer. J’avais l’impression d’être une de ces femmes démentes, j’en croisais de plus en plus souvent dans la rue sans savoir si leur nombre avait augmenté ou si je leur prêtais plus d’attention que d’habitude, éprouvant désormais de la compassion pour ceux qui décrochaient de la réalité. Je savais qu’il était facile de s’enfoncer dans la folie ou la semi-folie, la limite était fine, seul moyen de se libérer, de s’apaiser, voire de se divertir dans un nouveau monde empli de visions, de fantasmes, d’images plus extravagantes les unes que les autres. Je ne les jugeais pas, ne les craignais pas non plus, mais je restais incapable de les aider en retour, j’avais assez à faire avec mon propre cas. Je nous trouvais un air de ressemblance quand je les regardais dans les yeux ; ils étaient perdus, comme moi.

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Le sel de la vie, de Françoise Héritier


J’ai lu ce livre car il m’a été prêté par une amie qui m’a dit que cette lecture lui avait fait du bien, mais qui a tenu à me prévenir que ce livre était écrit sous forme de liste et qu’il fallait aimer (ou pas).

Effectivement, ce n’est pas un livre très rédigé ou très littéraire, ce qui m’a laissée sur ma faim.
L’auteure dresse la liste de toutes les choses qui font le sel de la vie, c’est-à-dire essentiellement les moments agréables (bien que le sel puisse aussi avoir ses côtés déplaisants), et dresse du même coup une sorte d’autoportrait ou de méli-mélo d’autobiographie, quelque chose entre le « je me souviens » de Pérec et « La première gorgée de bière » de Philippe Delerm puisqu’on reste dans l’exploration des « plaisirs minuscules » et autres menus événements de l’existence.
Il y a un aspect répétitif dû au fait qu’un même plaisir peut être décliné sous différentes formes à différents moments du livre, ainsi la simple cueillette dans la nature se retrouve à plusieurs reprise sous forme de « raisins », « fraises » et « champignons » (et on aurait encore pu allonger le livre en rajoutant bien d’autres cueillettes : prunelles, myrtilles, noisettes, que sais-je encore !)
Bref, un livre un peu facile, qui n’a sans doute pas d’autre ambition que de susciter de fugaces évocations et de remuer la surface de nos mémoires.

Le sel de la vie de Françoise Héritier était paru chez Odile Jacob en 2012 et je l’ai lu dans le cadre du défi Autour du Monde elles écrivent, pour le continent Européen.

Tout ce que j’aimais, de Siri Hustvedt

J’avais déjà lu un roman de Siri Hustvedt – Un été sans les hommes – et, comme je ne l’avais pas trouvé désagréable, j’avais envie d’essayer un autre livre de cette auteur.
Comme Tout ce que j’aimais est son roman le plus connu et le plus réputé, je pensais ne pas trop me tromper en le choisissant.
Avant de donner mon avis je vous propose un petit extrait de la Quatrième de Couverture qui pose les bases de cette histoire :

Un jour qu’il visite une exposition collective, Léo Hertzberg reste fasciné devant l’autoportrait d’un inconnu, William Wechsler. Intrigué et profondément séduit, il décide de rendre visite à l’artiste. Cette rencontre marque le début d’une fantastique amitié qui lie aussi rapidement leurs compagnes.
Ensemble, ils vont vivre et créer l’art, l’amour, la paternité … Jusqu’à ce que la réalité les arrache à ce rêve collectif.

Mon avis :

Les 165 premières pages m’ont prodigieusement ennuyée car il ne se passe à peu près rien. Un petit cercle d’intellectuels et d’universitaires new-yorkais se pose des questions existentielles sur l’art contemporain, sur l’hystérie au 19è siècle, sur l’anorexie et la boulimie, etc …
Les personnages sont un peu creux, les relations humaines n’ont pas beaucoup d’épaisseur.
Ensuite, une quarantaine de pages sur le deuil m’ont paru assez touchantes, avec des accents de vérité intéressants.
Et, malheureusement, le reste jusqu’à la fin m’a à la fois ennuyée, irritée voire affligée car l’auteure accumule les clichés, les invraisemblances, et croit nous faire très peur avec des histoires cousues de fil blanc où les méchants sont des monstres de perversité et où les gentils sont des anges de patience et de perfection.
J’ai eu l’impression, en lisant ce roman, que Siri Hustvedt avait tiré tout son propos et tous les ressorts de son histoire en lisant le Manuel des Troubles Psychiatriques (DSM IV) car beaucoup de maladies psychiques sont explorées les unes après les autres, depuis les troubles alimentaires jusqu’à la psychopathie en passant par la toxicomanie, mais sans apporter de vision personnelle sur ces sujets, et en se conformant bêtement à la nosographie, ce qui donne des personnages stéréotypés, tout d’un bloc.
J’ai trouvé que ce livre manquait de vision et de vécu.
Une énorme déception et une certitude : je ne lirai plus d’autre livre de cette auteure.

J’ai lu ce roman dans le cadre du défi Autour du monde elles écrivent, pour la littérature anglo-américaine.

Voici un extrait qui m’a plu malgré tout :

Erica buvait des boîtes d’un aliment liquide appelé Ensure. Le soir, elle prenait un somnifère. Au bout de quelques mois, elle devint plus gentille envers moi mais cette nouvelle sollicitude avait quelque chose d’impersonnel, comme si elle s’était occupée d’un SDF et non de son mari. Elle cessa de dormir dans le lit de Matt et revint dans le nôtre. Je l’y rejoignais rarement, préférant dormir dans mon fauteuil. Une nuit, en février, je m’éveillai pour découvrir qu’Erica m’enveloppait d’une couverture. Plutôt que d’ouvrir les yeux, je feignis d’être encore endormi. Quand elle posa ses lèvres sur mon front, je m’imaginai la tirant à moi et lui embrassant le cou et les épaules, mais je ne le fis pas. A cette époque, j’étais comme un homme engoncé dans une lourde armure et, à l’intérieur de cette forteresse corporelle, je vivais avec une obsession : je ne veux pas qu’on me console.

Deux poèmes de Vénus Khoury-Ghata

Ces deux poèmes sont extraits du recueil Gens de l’eau, publié en 2018 au Mercure de France.
Voici la note de l’éditeur sur ce livre :
Gens de l’eau chante la vie d’une communauté tel un mythe. En attendant le retour des hommes partis à la chasse, les femmes effacent leur douleur avec l’eau de la pluie. Tous les gens de la terre sont considérés comme des frères étranges, familiers et parfois menaçants.
Vénus Khoury-Ghata fait défiler avec talent les images concrètes et d’une beauté bouleversante. Dans ce nouveau recueil, elle livre une poésie ample, directe et quasi magique.

***

Page 66

Accroupis sur la nuit d’août
les gens des terres creuses applaudissent à chaque chute d’étoile
l’univers disent-ils n’en a pas pour longtemps
les oiseaux qui assuraient l’équilibre entre le haut et le bas ont vieilli
l’horizon tangue à la moindre chute de feuille

un oiseau descendant d’une lignée prestigieuse suit les méandres
de sa plume sur ta page
comment choisir entre deux mots alors qu’il hésite à atterrir
la page est terre inhospitalière et la plume qui écrit fusil de chasseur.

***

Page 89

Je t’écris parce que tu ne sais pas lire
que tu récites sans te tromper l’alphabet de la peur
que tu reconnais au toucher l’herbe nourricière
au flair la source en amont du filet d’eau

je t’écris pour te dire mon manque de ta main sur le ventre blanc
du bouleau
et de ton désarroi quand pâlissait le maïs

je t’écris sans écrire
les passants piétinent ce que j’écris
mes consonnes ont la peau rêche
mes voyelles sont nues
je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils
touchent ton nom.

***

Lu dans le cadre du défi Autour du monde elles écrivent, pour le continent européen.

Le Chaudron, de Kiyoko Murata

Présentation de l’éditeur :

Tami a dix-sept ans. Elle est en vacances chez sa grand-mère avec son frère et leurs cousins, ceci en l’absence de leurs parents partis au chevet d’un grand-oncle.
Bonne ménagère, c’est tout naturellement que Tami s’installe en cuisine auprès de son aïeule. Chaque jour au jardin, elles composent ensemble un tableau de couleurs et de saveurs, qu’elles jettent ensuite dans le chaudron avant de proposer à la famille une multitude de goûts aussi variés qu’élaborés.
C’est un été particulier pour la vieille dame. Alors que le temps du repas Tami reconstruit minutieusement la sérénité des lieux, les enfants perçoivent les séismes de la tristesse, les questions se font plus précises, la mort justifie le désir de réponses aux silences.
Perdue dans les profondeurs de sa mémoire, la vieille dame redessine pour eux l’arbre généalogique de la famille.
Le Chaudron a été adapté au cinéma par Akira Kurosawa sous le titre : Rhapsodie en août. Kiyoko Murata est née en 1945. Elle a obtenu le fameux prix Akutagawa pour Le Chaudron. Elle vit dans la province de Fukuoka, la plus méridionale des quatre îles principales de l’archipel.

Mon avis :

Ce court roman – qui se lit en une soirée – est agréable mais un peu léger. J’ai assez vite deviné la fin et, sans vouloir vous la dévoiler à mon tour, il m’a semblé que les caractères des uns et des autres auraient pu être plus fouillés, moins lisses peut-être.
Néanmoins, on suit avec un certain intérêt les émotions de ces enfants aux prises avec l’adversité, et cette histoire est joliment écrite, avec un côté « conte contemporain » assez plaisant mais un peu naïf.

Le Chaudron était paru chez Actes Sud en 2008, dans une traduction d’Anne-Yvonne Gouzard, et je l’ai lu dans le cadre du défi « Autour du monde elles écrivent » organisé par Eléonore, pour le continent asiatique.

Tu ne t’aimes pas, de Nathalie Sarraute


Ce livre était dans ma bibliothèque depuis très longtemps (peut-être quinze ans ?) et c’est une satisfaction d’avoir enfin pu le lire. Ca doit être son titre qui me faisait peur, je devais craindre que me soient révélés des secrets psychologiques, des tares affectives, ou je ne sais quoi.

Il faut d’abord préciser que ce livre parle des gens qui ne s’aiment pas mais aussi et surtout des gens qui s’aiment énormément, et Nathalie Sarraute dresse un portrait assez repoussant de ces espèces de gros Narcisses que nous avons parfois la malchance de côtoyer et auxquels, immanquablement, nous nous attachons parce que l’amour qu’ils éprouvent pour eux-mêmes est contagieux et attire sur eux la vénération de ceux qui ne s’aiment pas.
Le livre est donc basé sur cette opposition simple entre deux types de personnes : ceux qui s’aiment attirent le bonheur, semblent faits pour lui, ils ont une personnalité compacte et monolithique, ils savent décider rapidement ce qui est mal et ce qui est bien, ils savent juger et mettre des limites, imposer leur volonté et leurs goûts, tandis que ceux qui ne s’aiment pas ne reconnaissent pas le bonheur quand ils le vivent, ont une personnalité qu’ils ressentent comme confuse et mal déterminée, ont des doutes dans leurs rapports aux autres, manquent d’assurance, etc.
J’ai bien aimé la forme de ce livre, très originale et très vivante, qui se présente comme une suite de dialogues entre les différentes voix intérieures de celui qui ne s’aime pas et qui tour à tour analyse, raconte, réagit, doute, se confie.
Assez agréable à lire et intéressant, mais peut-être un petit peu trop binaire à mon goût, ce livre malgré tout fait réfléchir à nos relations avec les autres et aux rapports de pouvoir entre les êtres.

J’ai lu « Tu ne t’aimes pas » dans le cadre du défi Autour du monde, elles écrivent, pour ce qui concerne l’Europe mais Nathalie Sarraute rentre également dans la catégorie des auteures intemporelles, donc je verrai.

Sonietchka, de Ludmila Oulitskaïa


Sonietchka est un court roman de Ludmila Oulitskaïa, paru en russe en 1995 et en français chez Gallimard en 1996.
Je l’ai lu en poche, où la quatrième de couverture dévoile toute l’histoire jusqu’à la fin, ce qui est tout de même un peu gênant, même si cette histoire est plutôt une chronique familiale et ne recèle pas un suspense haletant (mais ce n’est pas le but, je crois).

Le début de l’histoire : Sonietchka passe sa jeunesse plongée dans la lecture, imperméable au monde environnant. Elle est laide mais cela ne l’affecte nullement. Elle devient bibliothécaire et c’est sur son lieu de travail qu’elle rencontre un peintre plus âgé qu’elle, qui la reconnaît tout de suite comme sa future épouse, et le demande en mariage sur-le-champ. (…)

Mon avis : Le personnage principal, Sonietchka, que l’on suit tout au long de sa vie, est une femme d’une grande bonté et d’une grande sagesse, même si elle n’a pas de talent particulier et semble tout à fait banale en apparence. Elle est douée pour le bonheur puisque, même dans l’adversité et la solitude, elle voit toujours la vie avec bienveillance et douceur et ne parait sensible qu’aux aspects positifs de l’existence.
Ce personnage de femme imprime à ce roman une tonalité paisible, douce, pleine d’une tendre ironie et j’ai bien aimé le regard que l’auteure porte sur ses personnages, finement brossés et, au final, attachants.
J’ai trouvé un vif plaisir de lecture, une écriture distanciée mais certainement pas froide, des personnages humains, une vision réconfortante du monde.

J’ai lu ce roman dans le cadre du défi « Autour du monde, elles écrivent », pour le continent européen.

Voici un extrait page 47 :

Mais l’amertume de vieillir n’empoisonnait nullement la vie de Sonietchka, comme c’est le cas pour les femmes fières de leur beauté. L’immuable différence d’âge avec son mari ancrait en elle l’impression de jouir d’une jeunesse inaltérable, impression que confirmait l’inextinguible jalousie de Robert Victorovitch. Et chaque matin était peint aux couleurs de ce bonheur de femme immérité et si violent qu’elle n’arrivait pas à s’y accoutumer. Au fond de son âme, elle s’attendait secrètement à tout instant à perdre ce bonheur, comme une aubaine qui lui serait échue par erreur, à la suite d’une négligence.

Fuki-no-tô, d’Aki Shimazaki

En me promenant dans ma librairie de quartier, je suis tombée tout à fait par hasard sur ce mince roman, dont la couverture a attiré mon regard (je suis sensible à la couleur verte !). Comme je suis toujours curieuse des auteurs japonais, et sans rien savoir des thèmes de ce roman, je l’ai acheté « pour voir ».
Précisons tout de suite que l’auteure, Aki Shimazaki, si elle est bien d’origine japonaise, s’est installée à Montréal en 1991 et, québécoise, écrit directement en français. Fuki-no-tô n’est donc pas une traduction, même si l’histoire se déroule au Japon, avec des personnages japonais.

Voici un extrait de la Quatrième de Couverture :
« Le point de vue des éditeurs »

Atsuko est heureuse dans la petite ferme biologique dont elle a longtemps rêvé. Ses affaires vont bien, il lui faudra bientôt embaucher de l’aide. Quand son mari a accepté de quitter la ville pour partager avec sa famille cette vie à la campagne qui ne lui ressemble pas, elle a su reconnaître les sacrifices qu’il lui en coûtait. Mais une amie qui resurgit du passé la confronte elle aussi à des choix : Atsuko va devoir débroussailler son existence et ses désirs, aussi emmêlés qu’un bosquet de bambous non entretenu.

Mon avis : Le style se caractérise par des phrases courtes, assez simples, qui se concentrent sur l’essentiel. J’ai trouvé que la psychologie des personnages n’était pas très creusée, réduite à quelques grandes lignes, sans doute parce que le lecteur doit imaginer ce qui n’est pas dit. Il y a de nombreux symboles, comme ces fuki-no-tô : des plantes dont les tiges poussent sous la terre et qui représentent l’homosexualité inavouée et refoulée des deux héroïnes principales. Il y a plusieurs parallèles intéressants que l’auteure établit, par exemple entre la vie à la campagne et l’homosexualité (le mari de l’héroïne aime la vie citadine mais se contraint à vivre à la ferme pour faire plaisir à sa femme, de la même manière que Fukiko a contrarié sa nature profonde en restant mariée plus de vingt ans alors qu’elle aime les femmes).
Le message du roman (si tant est qu’on puisse résumer ce livre à un message) serait sans doute qu’on peut toujours refouler sa nature profonde, contrarier ses désirs enfouis, ils finissent toujours par ressurgir. (Une autre version du fameux proverbe « Chassez le naturel, il revient au galop »).
J’ai trouvé ce roman agréable à lire, mais peut-être que son message manque un peu d’originalité et que le style est un peu trop simple à mon goût.
Par contre, l’histoire d’amour entre les deux femmes est assez délicate et sensiblement racontée.

J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge « Autour du monde elles écrivent », pour le continent Asiatique.

Fuki-no-tô était paru chez Leméac/Actes Sud en avril 2018.

Marou, de Bessie Head

J’ai lu ce roman dans le cadre du défi de lecture Autour du monde elles écrivent.
Bessie Head est en effet une figure majeure de la littérature africaine du 20è siècle, métisse d’Afrique du Sud, née en 1937 et morte en 1986, à seulement 48 ans et alors qu’elle commençait à être largement reconnue.

Voici le résumé du début de l’histoire, tel qu’il est inscrit sur le site des éditions Zoé :

Même si elle porte le nom de la femme blanche qui l’a élevée, Margaret Cadmore est une Masarwa. Au Botswana, les membres de cette tribu sont des moins qu’humains. Dans le village où elle entre en poste comme institutrice, Margaret se trouve ainsi en butte aux haines et aux cabales. Mais elle rencontre aussi l’amitié et la protection de Dikeledi, une jeune femme noble ; elle vit pour Moleka un amour muet et elle éveille chez Marou, le futur chef du village, des sentiments tels qu’il fera fi de la tradition et de ses interdits.
Construit autour de quatre personnages, ce roman shakespearien, où les questions de pouvoir et de racisme le disputent aux sentiments amoureux violents, ouvre une porte sur un monde nouveau dans lequel les souffrances de l’exclusion pourraient prendre fin.

Mon avis

Beaucoup de choses sont remarquables dans ce roman, à commencer par son écriture, très pure et poétique, et à ce titre les descriptions de paysages des toutes premières pages sont particulièrement belles et préfigurent la suite.
La manière dont elle explore les caractères des personnages et leurs motivations plus ou moins secrètes est également très belle, et participe de la même complexité sous-jacente.
J’ai trouvé que ce roman instaurait un climat très particulier, peut-être parce que la sorcellerie, les rêves prémonitoires et les malédictions y ont la part belle, mais aussi parce que les non-dits et les pensées profondément enfouies traversent tout le livre.
Alors que le racisme entre tribus est le thème de ce roman, et que Margaret Cadmore transgresse les lois tacites de cette société, il n’y a pourtant pas de violence très nette, bien que certaines scènes fassent sentir la dureté ou l’intransigeance de tel ou tel personnage.
Roman d’amour à la tonalité surprenante, sans aucune effusion ni tendresse, l’amour semble ici le prétexte à calculs et sombres manigances.
La fin est également étonnante, douce-amère, et là encore, non dépourvue de cruauté.

Marou est paru aux éditions Zoé en juin 2016 et est traduit de l’anglais par Christian et Nida Surber.

Extrait page 162

Il aimait ses propres rêves et ses visions. Ils créaient une atmosphère où non seulement lui mais toute l’humanité pouvaient évoluer. Ils s’étendaient par-dessus les barrières et les tabous et embrassaient amoureusement l’impossible. L’esclavage y était inconnu et personne n’y était un objet de pitié. Mais alors même qu’il songeait à ce monde à venir, il n’était pas dupe. Les méchants, les égoïstes, les cruels – ceux-là aussi il les voyait, et leur capacité à provoquer de la douleur. Là où il le pouvait, il les clouait au sol, mais toujours vigilant, sans aucune intention d’en devenir la victime. Et il avait l’intention de suivre son propre cœur sans d’aucune manière devenir la victime de cette société stupide, insensible, cruelle, dans laquelle il avait été mis au monde. De là ses mensonges et ses subterfuges.

 

Autour du monde, elles écrivent

Je n’ai encore jamais participé à un défi de lecture mais je suis tombée par hasard sur Autour du Monde, elles écrivent – un défi organisé par Eléonore du blog « A mes heurs retrouvés » dont je vous propose de lire le règlement ici – et qui m’a tout de suite séduite.
Je me suis inscrite en tant que Femme d’ici, donc je lirai dans les mois qui viennent un roman d’une auteure africaine (été) qui sera probablement Marou de Bessie Head, auteure sud-africaine que je n’ai encore jamais lue.
Pour l’automne je lirai probablement l’écrivaine chilienne Carla Guelfenbein, avec le roman Nager nues paru chez Babel.
Pour l’hiver je pense lire Siri Hustvedt, mais ne suis pas encore tout à fait fixée.
Comme le printemps est consacré à l’Asie et que j’ai déjà beaucoup chroniqué d’auteures japonaises, je tâcherai de mettre à l’honneur un autre pays de ce continent. Si vous avez des suggestions je suis preneuse (écrivaines chinoises, iraniennes, indiennes, etc.)
Pour l’écrivaine intemporelle, je n’ai pas non plus encore d’idée très définie, mais je pencherais pour une poète, peut-être Emily Dickinson.

Aussi, je ne respecterai pas forcément les saisons, et j’espère avoir répondu à ce défi de lecture bien avant l’échéance autorisée.

De belles lectures en perspective, dont je vous reparlerai au fil des mois …