Les Notes de Chevet de Sei Shônagon

Vous savez que j’aime la littérature japonaise et je vous parlerai aujourd’hui d’un grand classique du Moyen Âge nippon : Les Notes de Chevet de Sei Shônagon (966-1025).

Quatrième de couverture :

Dans une traduction extrêmement élégante d’André Beaujard, nous présentons au lecteur français un des plus beaux livres de la littérature japonaise, les Notes de chevet de Sei Shônagon. Composées dans les premières années du XIᵉ siècle, au moment de la plus haute splendeur de la civilisation de Heian, au moment où Kyôto s’appelait Heiankyô, c’est-à-dire «Capitale de la Paix», par une dame d’honneur, Sei Shônagon, attachée à la princesse Sadako, laquelle mourut en l’an 1000, les Notes de chevet appartiennent au genre sôshi, c’est-à-dire «écrits intimes». Avec Les heures oisives de Urabe Kenkô et les Notes de ma cabane de moine de Kamo no Chômei, les Notes de chevet de Sei Shônagon proposent, sous forme de tableaux, de portraits, d’historiettes, de récits, une illustration du Japon sous les Fujiwara.Avec l’auteur du Roman de Genji, Noble Dame Murasaki, Sei Shônagon est une des plus illustres parmi les grands écrivains féminins du Japon. Si l’auteur du Roman de Genji est constamment comparé, dans son pays, à la fleur du prunier, immaculée, blanche, un peu froide, Sei Shônagon est égalée à la fleur rose, plus émouvante, du cerisier. Ceux qui liront, nombreux nous l’espérons pour eux, les Notes de chevet sont assurés de découvrir un des plus beaux livres jamais écrits en langue japonaise, et qu’une introduction et des notes leur permettront de goûter dans le plus intime détail, y compris tous les jeux subtils sur les mots.

Mon humble avis :

Dame Sei Shônagon est une aristocrate japonaise, elle appartient à l’entourage direct de l’Impératrice et côtoie tous les personnages de la Cour, qu’elle aime nous décrire dans de petites scènes très vivantes et dont elle nous rapporte les menues querelles de préséance, les bons mots, les maladresses, les flatteries, les séductions et les brouilles.
Ces notes de chevet témoignent de la grande importance de la poésie à la Cour : quotidiennement et en toute occasion on s’échange des poèmes de circonstances, sous forme de tankas, qui servent à nouer des amitiés ou des liaisons amoureuses, mais aussi à prouver l’étendue de sa culture, la finesse de son esprit, sans négliger la beauté de sa calligraphie. Une des grandes frayeurs des Dames de la Cour est de devoir répondre sur-le-champ à un billet et de se ridiculiser par un mauvais poème.
Le sens esthétique est, d’une manière générale, très développé : Sei Shônagon ne perd pas une occasion de nous décrire les vêtements des courtisans et des nobles personnages qu’elle côtoie : les couleurs de leurs tenues semblent la toucher tout particulièrement.
Naturellement, Dame Sei Shônagon n’a aucune estime pour les gens du peuple, et juge les personnages de la Cour en fonction de leur position plus ou moins proche de l’Empereur, ce qui est conforme à son époque et à son milieu.
Ces Notes de Chevet mêlent des petits récits, des poèmes, et aussi des listes diverses et variées (Choses effrayantes, choses embarrassantes, choses dont on n’a aucun regret, et quantité d’autres qui nous dépeignent très précisément les situations de la vie quotidienne à la Cour de Heian et les émotions de l’autrice).
J’ai trouvé ce livre à la fois amusant, raffiné, poétique.
Sei Shônagon est une dame au fort caractère, très observatrice, et indépendante d’esprit.

Extrait page 169

Choses embarrassantes

On appelle une personne, et une autre se présente, croyant que c’était elle qu’on demandait. La chose est encore plus désagréable lorsqu’on apporte un cadeau.
On a parlé plus qu’il ne convenait d’une personne, on l’a critiquée ; un enfant, qui a entendu et retenu ce que l’on avait dit, va le répéter devant elle.
Quelqu’un vous raconte, en sanglotant, une histoire pitoyable ; on l’écoute avec une sincère compassion. Cependant, il se trouve justement qu’on ne peut verser une larme. On se compose le visage comme si l’on était près de pleurer, on prend un air de circonstance ; mais tout cela ne change absolument rien.
D’autres fois, sans qu’on le veuille, en entendant rapporter quelque chose d’heureux, on sent, soudain, ses pleurs couler et couler !
(…)

Le côté de Guermantes II de Marcel Proust


Depuis deux ou trois ans, je tente de lire d’une manière très progressive La Recherche du temps Perdu, et j’avais parlé ici des trois premiers tomes, lus avec grand plaisir.

Le Côté de Guermantes I se terminait par une attaque cardiaque de la grand-mère du narrateur dans un jardin public et nous retrouvons, au début du tome suivant, la grand-mère malade, alitée à la suite de cette attaque, tandis que toute sa famille s’active à son chevet pour adoucir ses derniers instants. Peu de temps après la mort de cette grand-mère tant aimée, le narrateur retrouve Albertine et ils échangent un mémorable baiser. Le narrateur entame une vie mondaine dans le salon de la duchesse de Guermantes : il était amoureux d’elle au livre précédent mais il ne l’est plus désormais. Il rencontre plusieurs aristocrates comme le Prince d’Agrigente ou la Princesse de Guermantes lors de cette soirée. Après la soirée, le narrateur se rend chez Monsieur de Charlus chez qui il est attendu, mais le baron se montre extrêmement versatile et capricieux, tantôt insultant, tantôt aimable. A la fin du livre, nous retrouvons le duc et la duchesse de Guermantes : alors qu’ils se rendent à une soirée mondaine, ils reçoivent la visite de Swann qui leur apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable et qu’il est condamné à très court terme.

Ce deuxième tome du Côté de Guermantes m’a semblé, tout comme le premier, axé plus particulièrement sur la vie mondaine du narrateur et sur les diverses conversations qu’il a pu entendre dans ces salons aristocratiques, avec les mots d’esprit plus ou moins méchants de la duchesse de Guermantes, avec les mentalités de cette noblesse raffinée qui affecte de ne pas attacher d’importance aux grands noms et aux particules mais qui, tout de même, ne se marie pas avec n’importe qui, et qui montre dans ses réactions et ses relations une certaine mesquinerie mêlée à de la grandeur d’âme. Les moindres nuances des caractères et des mentalités de tel ou tel personnage ou de telle ou telle famille sont observées et décrites dans les plus infimes détails. Lors de cette soirée, le narrateur a l’occasion de s’apercevoir que le monde des noms et le monde de la réalité sont deux choses bien distinctes et si certains noms l’ont fait rêver (Guermantes, Agrigente), les personnes qui portent ces noms n’ont aucun rapport avec ses rêves.
J’ai aussi bien aimé la soirée surprenante en tête-à-tête avec Monsieur de Charlus, qui s’avère être un personnage à la fois cocasse, excentrique, et un peu inquiétant par ses colères outrancières et son sentiment de supériorité, peut-être « un peu fou » comme le décrit la duchesse de Guermantes. On sent que ce personnage va prendre encore davantage d’ampleur dans le tome suivant : Sodome et Gomorrhe, que je suis curieuse de découvrir dans quelques jours.

Une lecture qui m’a encore une fois beaucoup plu, malgré certaines petites longueurs qui ne m’ont pas trop incommodée.

La Vieille Fille, de Balzac

J’ai lu La Vieille Fille, un court roman de Balzac, écrit en 1836, dans le cadre du défi de lecture de Madame lit puisqu’il s’agit de lire un classique au mois d’août.
Dans son édition chez Garnier Flammarion ce roman est suivi du Cabinet des Antiques car les deux romans forment une sorte de diptyque – d’après la préface de Philippe Berthier.
Les deux font partie de La Comédie Humaine, et plus précisément des Scènes de la vie de Province.

Mais venons-en à l’histoire proprement dite.

Le roman se déroule à Alençon pendant la Restauration.
Une vieille fille d’une quarantaine d’années, Melle Cormon, qui fait partie de la noblesse et possède une grosse fortune, mène une vie sociale brillante puisqu’elle attire chez elle la meilleure société.
Trois prétendants sérieux se pressent autour d’elle :
Le Chevalier de Valois, un gentilhomme distingué et spirituel, mais assez âgé.
Monsieur du Bousquier, un bourgeois ambitieux qui vise surtout la fortune de Melle Cormon.
Athanase Granson, un jeune homme de vingt-trois ans, pauvre mais plein de talent, éperdument amoureux de la vieille fille.
Pendant une bonne partie du livre, on se demande auquel des trois hommes la vieille fille accordera sa main – et si tous ces projets ne vont pas finir par échouer car Melle Cormon n’est pas très intelligente, elle est gaffeuse et comprend mal la psychologie des uns et des autres.
Mais, bien au-delà d’un roman d’amour, il est plutôt question ici d’ambitions politiques et financières, et les idées royalistes de Balzac apparaissent de manière très claire, avec une critique acide des républicains, présentés comme parvenus et immoraux.
Je ne voudrais pas dévoiler l’intrigue du livre, mais ce roman est aussi l’occasion pour Balzac d’évoquer quelques unes de ses idées sur le mariage, qui représentait une grande perte de liberté pour une femme.

Un livre intéressant, avec des personnages pittoresques, mais qui nous parait aujourd’hui un peu désuet.

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