Trois poèmes de Fabrice Marzuolo


J’ai trouvé ces trois poèmes dans le recueil Vivre c’est oublier qu’on est mort, publié en 2017 aux éditions du Contentieux.
Fabrice Marzuolo est un poète et écrivain français né en 1955, il dirige la revue poétique L’autobus.

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Ceci n’est pas un poème

Ne sachant comment vivre
je cherchais quoi écrire
mais remplir une feuille blanche
avec des jours qui ressemblent
à de tristes dimanches
revient à fondre du noir sur du noir
je balayais du regard ici et là
espérant une inspiration un souffle
mais ce n’était pas comme un moteur
qui tousse et qu’on pousse
et qui ne redémarre jamais
car j’entendais bien mon cœur
battre et s’en foutre
c’est une horloge en somme
vulgaire peut-être qui décompte
les secondes qu’elles soient pleines ou pas
je me souviens de m’être dit alors
qu’il n’est pas certain que des poèmes
suffisent à remplir une vie
au fond n’est-ce pas comme tout ici-bas
quelques bouts de sparadrap
qu’on fiche sur la blessure d’être au monde
et à la fin voir ce qu’il en sort bon pour la casse

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Je m’en moque
d’être rien du tout
et même rien de rien
ce qui me contrarie
c’est que du vent
m’empêche de dormir
et surtout
que le Rien qui créa
le rien à son image
n’ait poussé
le vide jusqu’au bout.

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Les je nous pas clairs

Une impasse étrange
où l’on avance
comme dans un puits sans fond
nos regards se croisent
il me reconnaît
je le reconnais
il est celui que j’étais
je suis celui qu’il sera
ça lui donne un coup au moral
mais rien de plus normal
je ne suis pas fier non plus
de celui que j’étais

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Quelques haïkus de bord de mer


Etant partie quelques jours au bord de la mer – plus précisément en Bretagne – je vous propose quelques haïkus ramenés de mon séjour sur ces côtes accueillantes.
En espérant qu’ils sauront prolonger l’été jusqu’au cœur des pires grisailles.

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La vague
déploie
son aile blanche.

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Ciel vertical
mer horizontale
mouette oblique.

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Dans le ciel
les gros rouleaux sombres
des nuages écumants.

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Bonnets chauves
des baigneurs – tignasses pourpres
des algues.

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Multiples échos
traversant l’immensité
– cris des mouettes

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Le vent feuillette
mon livre – le sable
comme marque-page.

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Une mouette
le cou dans les épaules
risque un pied dans l’eau.

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Qu’est-ce que l’écume ?
La salive de la mer
quand elle mord le vent.

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Blog-anniversaire et Philippe Garrel

Le 15 juin 2012 naissait La Bouche à Oreilles, cela fait donc cinq ans (et des poussières) et je suis contente d’avoir passé ce cap.
Depuis cinq ans j’ai pensé plusieurs fois à arrêter, mais finalement je reprenais toujours l’écriture d’articles (427 au total, ce qui fait environ un tous les quatre jours).
J’ai reçu ma cent millième visite il y a à peine quelques jours, et je suis contente que ce blog ait trouvé ses lecteurs, fidèles ou de passage.

Je profite de cet article pour dire quelques mots du dernier film de Philippe Garrel, L’amant d’un jour, sorti en salles le mois dernier, et que j’ai trouvé intéressant : plusieurs semaines après l’avoir vu, on est encore hanté par ses très belles images en noir et blanc, à l’esthétique sensuelle, dont la lumière sait mettre en valeur les chevelures, les grains de peau, l’intensité des regards, la souplesse des corps.
Il m’a semblé que ce film était à la fois très réaliste par ses dialogues et ses situations, et à la fois très psychologique, car les motivations et les attitudes des deux jeunes personnages féminins sont vraiment très complexes et ambigus, et on continue à s’interroger bien après la fin du film, en soupçonnant ces deux jeunes filles (surtout le personnage joué par Esther Garrel) de manipulation et de noirs calculs …
En comparaison, le personnage masculin (Eric Caravaca) a une psychologie beaucoup plus simple et on se dit que Philippe Garrel a une vision très tortueuse de la psyché féminine …
La brièveté de ce film (1h15) ne m’a pas gênée, au contraire, et je n’ai trouvé ni temps mort ni longueur.

Après la tempête, un film de Kore-Eda Hirokazu


Il n’est pas facile de résumer la situation de départ de ce film car l’histoire part dans plusieurs directions, mais disons qu’il s’agit du portrait d’un homme, Ryota, et de ses relations complexes avec les divers membres de sa famille. Il est question également de sa vie professionnelle et de ses difficultés financières : Ryota a en effet un passé de romancier, il a même obtenu un Prix littéraire lorsqu’il était plus jeune, mais il travaille maintenant pour une agence de détectives et vit de petites combines plus ou moins légales qui lui permettent d’assouvir sa passion pour le jeu, à cause de laquelle il perd beaucoup d’argent et se retrouve bientôt incapable de payer la pension alimentaire de son ex-femme et de son fils. Il voudrait d’ailleurs renouer avec son ex-femme et sa plus grande peur serait qu’elle refasse sa vie avec un autre homme.

Mon avis : Ce film est une chronique familiale très humaine, les relations entre les personnages sont fouillées et complexes et donc agréables à suivre. Le rythme du film est un peu lent mais pour autant on ne s’ennuie pas car l’attention est sans cesse soutenue par une grande abondance de dialogues où l’humour et la profondeur se disputent la première place. Le personnage du romancier, Ryota, malgré ses nombreux défauts et sa débrouillardise quelque peu malhonnête, nous devient vite sympathique et on prend intérêt et plaisir à le voir se débattre contre l’adversité et défendre ses passions. Il m’a semblé à de rares moments que les dialogues auraient pu être un peu moins omniprésents et que le silence aurait pu aussi être éloquent, mais cela contribue à une atmosphère chaleureuse et vivante, et à donner aussi de l’épaisseur aux personnages. J’ajoute que les acteurs tiennent tous très bien leur personnage et jouent avec naturel et conviction.
Un film agréable à voir, où les questions existentielles des uns et des autres sont traitées avec intelligence et sensibilité.

L’écriture la vie, de Valérie Canat de Chizy

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L’écriture la vie est un recueil de poèmes de Valérie Canat de Chizy, qui vient de paraître aujourd’hui même (20 mars 2017) chez les éditions Le petit rameur, avec une préface de Sanda Voïca et une illustration de Sophie Brassart, suivies d’une postface de Mireille Disdero.

L’écriture la vie évoque la difficulté d’être, le désespoir, paradoxal alors que tout resplendit, le cœur étant partagé entre le monde extérieur qui se révèle « barré, figé’ et l’univers du poème qui, lui aussi, a des barreaux qui blessent. Pourtant, la vie est joyeuse mais elle laisse un manque, que seule l’écriture peut combler.
Ambivalence du monde, ambivalence du cœur autant capable  de chanter que de crier.

J’ai choisi trois poèmes dans ce recueil :

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lorsque j’interroge
on me tend un miroir
me disant
que tout va bien
assis quatre autour
d’une table au soleil
autour d’une conversation
saisie par bribes
dont le contenu m’exile.

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le froid dehors
les lumières de la ville
je tourne mon regard
vers l’intérieur
dans la chaleur du foyer
où le chat dort.

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être à l’écoute de l’oiseau
assis sur l’échelle du cœur
mais c’est si dur parfois
juste regarder le pommier
et ses nuances d’or
le lierre rouge et ses méandres
le long du mur de la maison
aux volets bleus
mais mon cœur crie.

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Valérie Canat de Chizy