Some Kinda Love : La nuit américaine

Il m’arrive très rarement de parler de musique sur ce blog, car c’est un sujet dont je suis loin d’être spécialiste, mais aujourd’hui je vais m’y essayer, ayant découvert ce groupe, Somme Kinda Love, il y a peu, et voulant donner un petit coup de pouce à son premier album, La nuit américaine, qui me semble très réussi.
Groupe de pop, composé d’un compositeur-parolier, Christophe Biffe, qui fait à lui seul tous les instruments, et d’une chanteuse, Rachel Desbois, dont la voix sur certaines chansons rappelle un peu celle de Beth Gibbons, la chanteuse de Portishead.
On sent de nombreuses influences dans la musique de ce groupe, celles, françaises, de Gainsbourg, Daniel Darc, Bashung, mais aussi des influences plus anglo-américaines comme celle du trip-hop des années 90, de Bob Dylan, de Neil Young, Lou Reed, etc.
Mais signaler toutes ces influences et références ne suffit pas à définir cette musique, qui possède son style propre et intègre tous ces styles de manière personnelle, reconnaissable à ses belles mélodies sophistiquées, à ses arrangements soignés, à des paroles tantôt anglaises tantôt françaises qui jouent de manière intéressante sur les mots et les sonorités, et à une atmosphère qui tire parti de l’énergie légère de la pop anglo-américaine autant que de la profondeur plus mélancolique du rock français.
C’est une musique accessible, qui peut plaire au plus grand nombre, bien que de qualité, mais qui séduira sans doute davantage les plus de 30 ans, qui y retrouveront des sonorités et des harmonies familières.
Vous retrouverez sur YouTube et sur Deezer des extraits de cet album, je vous conseille particulièrement La chanson du Parking :
https://www.youtube.com/watch?v=UyEvsaWOQO4

Ou encore la chanson Dérive, qui ouvre l’album :
https://www.youtube.com/watch?v=VjAAa5RgFUw

Mais tout l’ensemble mérite selon moi d’être écouté …

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Deux poèmes de Jacques Charpentreau

charpentreau_profond_silence J’ai trouvé ces deux poèmes dans le dernier recueil de Jacques Charpentreau – recueil qui date de 2015 et qui a été publié aux éditions La Tourelle Maison de Poésie.

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L’impossible retour

La porte ouvrit sur un jardin,
L’eau du temps coulait des fontaines,
Et j’allais vers des voix lointaines
A l’horizon jamais atteint.

Au ciel d’argent, miroir sans tain,
Le soleil, promesse hautaine,
Hostie rouge sur sa patène,
S’offrait plus neuf chaque matin.

S’est fermé l’éventail des routes,
Les promesses se sont dissoutes,
Et toutes les joies se dénouent.

Les oiseaux ont mangé les miettes.
Je cherche dans la nuit inquiète
Le chemin perdu de chez nous.

***

La falaise

Du bord fleuri de la falaise
On voit la mer plate et sans rides,
Le tumulte du cœur s’apaise,
L’obscur de l’âme s’élucide.

Au bord venteux de la falaise
On respire un souffle rapide,
On s’allège, et plus rien ne pèse
Quand le rêve au vent se débride.

Au bord abrupt de la falaise
La terre sous mes pieds s’élide.
Les voix aimées soudain se taisent.
Devant moi s’est ouvert le vide.

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Dans les ruines, un recueil de Jean-Pierre Thuillat

Dans-les-ruines-precede-de-MarmaillesDans les ruines est un recueil de poèmes paru en 2015 chez l’Arrière-Pays. Il est précédé du recueil Marmailles et suivi de Mutants. J’ai choisi trois poèmes au gré de ma lecture, au fil de ces trois recueils.
Jean-Pierre Thuillat est poète et dirige la revue Friches.

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Nous aimions la lenteur des feuilles
qui ne poussent que quand les hommes
ont le dos tourné et s’affairent
à leurs vraies tâches dérisoires.

Nous allions guetter sur les arbres
dans le printemps qui se dandine
la façon dont grandit le monde
et comment le vert vient au jour.

***

Ce visage qui se dessine
au fond du puits
si pâle encore sur le miroir que le contour
en demeure aussi flou que celui du Suaire

la nuit seule saura en préciser les traits
et lui donner cette aura de lumière
d’autant mieux définie que le noir

se fera plus profond par-dessus ton épaule
en étirant son ombre au bord de la margelle
jusqu’à dissoudre le cri des pierres.

***

Dans la vitre aucune ombre
hormis celle de ce corps de femme
aux contours dessinés d’une simple caresse

mais que tu viens rechercher chaque soir
au plus profond de ton désarroi d’homme
alors même que le ciel si limpide

ne suffit plus à dicter un poème
et que la lumière pleut sur toi
avec la cruauté d’une mer déchaînée.

Jean-Pierre Thuillat

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Quelques poèmes de Cédric Landri

J’ai découvert ces poèmes dans le joli petit recueil L’envolée des libellules, paru chez La Porte en 2015.
J’apprécie leur fraîcheur et leur clarté, qui font penser à La Fontaine, de même que leurs thèmes bucoliques et champêtres.
Cédric Landri est un jeune poète contemporain qui écrit également des haïkus et des fables et qui est un lecteur régulier de ce blog (j’en profite pour lui adresser un petit salut amical).

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Rechercher
dans le simple et sage
visage de la vache
un éclair de génie
et ne même pas y déceler
le balbutiement d’une vague
lumière.

Rends-toi à l’évidence
sa caboche carillonne
comme un vide
presque interstellaire.

Elle approuve
elle hoche la tête.

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Tracer sur le sol
terre qui s’effiloche
des mots poussières
qui s’éclipseront
à la première brise
au premier pas
pourquoi ?

¨Parce que je crois que partout
le texte a sa place
même dans les coins
où seuls vivent
les cailloux les herbes
les libellules.

Te voilà bibliothécaire de nature.

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Les roseaux là-bas
avec leurs têtes brunes
ressemblent à des messieurs
papotant sur la place d’un village.

De quoi parlent-ils donc ?

De la pluie et du beau temps
comme les hommes
mais ils commentent aussi
le saut d’une grenouille
l’errance d’un poisson
l’envolée d’une libellule.

Et le passage de deux bavards.

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Quelques poèmes contemporains parus au Castor Astral

Ce-qui-est-ecrit-Castor_AstralJ’ai trouvé ces poèmes dans l’anthologie Ce qui est écrit change à chaque instant, parue en 2015 chez l’éditeur Le Castor Astral, et qui réunit « quarante ans d’édition / 101 poètes », qui ont tous en commun d’avoir publié au moins un livre chez cet éditeur.
On y trouvera des poètes aussi différents que Daniel Biga, Guy Goffette, Jacques Roubaud, ou Tomas Tranströmer …

J’aurai l’occasion de reparler de cette anthologie puisque je compte y puiser encore quelques autres poèmes.
C’est une anthologie qu’on lit et relit avec plaisir, et en y trouvant toujours matière à étonnement.

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Puzzle

Combien de vies dans une vie ?
C’est comme demander combien de pièces
dans un puzzle, dit-il. L’un en compte douze,
l’autre douze fois plus, il en faudra mille ici,
là quarante. Et chemin faisant,
on comprend que chacun aura
très exactement le temps
de compléter le sien, et que le nombre
de pièces n’aura rien signifié,
et que le temps lui-même,
cent ans, dix secondes, n’aura jamais été
qu’un instant,
une fabuleuse fraction
d’éternité.

Francis Dannemark

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Je suis probablement un homme mauvais.

Grinçant de haine quand ma salive malade coule de mes lèvres, là, sur ma poitrine.

Demandez-moi d’être heureux et me voici lamentable et quelconque, vie ne se vaut qu’en lambeaux épars sur un mur lépreux.

Enfant, j’aimais l’intimité des bas noirs, il m’en reste une attirance envers ce qui brûle, ce qui exalte, ce qui fuit, hélas.

A pleine bouche je mords de rage, puis solitaire, toujours vers l’ombre, m’enfuis.

J’ai peur. Je pleure. Ah, trop sensible suis.

Franck Venaille

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L’amour a commencé bien avant nous. D’étage en étage, il glisse le long des nues
scintille sur la goutte qui lentement se forme au bout de la branche, puis roule au creux de nos mains.
L’amour vient d’en-haut. Il est tout ce qui tombe, tout ce qui plie ou descend.
Le cœur va vers le haut. Il monte comme la flamme. Il aspire vers le haut pour le rejoindre à mi-chemin.

L’amour est simple. Il dort dans les replis de nos travaux. Entre nos gestes, entre nos pensées hésitantes, il emplit tous les vides que nous laissons.
Il somnole sur les étagères. Dans le désordre immobile d’une après-midi silencieuse. Plus léger, plus libre et plus insaisissable que les brefs éveils qui parfois nous traversent et font gémir nos chairs.

Philippe Mac Leod

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Parution d’un recueil de Denis Hamel chez Polder (n°168)

polder_denis_hamel

J’ai déjà eu le plaisir de publier sur ce blog des poèmes de Denis Hamel, aussi je tiens à vous annoncer qu’il vient de publier un premier recueil, intitulé Saturne, et dont voici la couverture et les premières strophes.

Saturne est paru chez Polder (cf. le site de la revue Décharge pour vous procurer un exemplaire) en novembre 2015.

***

 

mon nouveau domicile nullement
ne dépare n’était mon rachis tortueux
ma chère couleuvre ou la force
brutale de quelques mauvais garçons
les longs cheveux

nouveau mur les points gris piqués
sur la peau cette douleur solidifiée
comme l’écoulement des jours
substance sans étendue dis-tu
ah rosée aube fraîche aurore dans

la symétrie de ses traits point comme
une larme de mort nectar qui sait
forêt ocre lacrymale
ancolie dans l’âme le
n’en pas démordre

rêve dans la clairière hivernale
à petit feu dans l’âme
la dame de jade imagina
les fleurs fanées
gloire du matin

endommagé peut-être il les vivra
sa belle élégie sa belle envie
quel horizon limité quel regret ingrat
et ne nous soumets pas à la tentation
dans la coexistence de plusieurs mondes

(…)

Denis Hamel

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Des poèmes parus dans Traction-Brabant n°65

Je vous propose aujourd’hui deux poèmes parus dans le numéro 65 de la revue poétique Traction-Brabant, un numéro sorti en novembre 2015 et que j’ai lu, comme toujours, avec intérêt.

 

Je me suis endormie dans la douceur des chats, la télé contre leur pelage.
J’ai écrit comme on rêve, la lumière m’a rassurée.
J’ai gravi bien des escaliers, j’ai pleuré sur bien des tombes.
Je me suis sentie espionnée, comme par l’œil d’un poisson mort.
La belle pluie bleue m’a lavée de tous ces mystères, m’a défaite comme une fleur.
Maintenant qu’il fait nuit, dans la compagnie d’un chat blanc et roux, j’égrène des fruits de mémoire, je tâche d’attendre le jour.
Il viendra, avec ses voitures et ses paroles, déchirant le foulard d’un songe, crevant la rue de Klaxons et de détritus.
Le chat s’est endormi, la nuit est comme un ventre de Mère, oui je vais l’attendre
encore, dans l’odeur des tilleuls, de la menthe, dans la dentelle des papillons.

 

Michelle CAUSSAT
le 14 septembre 2015, à 3h du matin

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MOUVEMENT DE VOILE

Si les poissons-clowns font rire les baleines
Si les bouées tintent sous le flot des proues
Si les pieds-de-biches jouent à tire-d’aile
A danser au rythme des requins-marteaux

Que les poissons-lunes éclairent l’abîme
Que l’étoile de mer colmate le rafiot
Que tes doigts d’oursin comme des algues vives
Caressent les vagues qui lorgnent ma peau

Christophe REAL

Paris martyrisé

Je ne mettrai pas d’image sur cet article car rien ne peut illustrer l’état de choc dans lequel les parisiens se trouvent plongés. Mélange d’effroi, d’incompréhension, de stupeur. Pourtant, depuis le mois de janvier, nous étions prévenus et nous nous attendions à tout moment à ce qu’un attentat grave se produise. Mais nous n’imaginions peut-être pas une action d’une telle envergure, une véritable guérilla. Surtout, nous craignons qu’il s’agisse des prémisses d’actions encore plus graves.

Toutes mes pensées vont aux victimes, à leurs familles, et à leurs proches.

Continuons à nous nourrir de littérature, de poésie et de toutes les belles choses que les terroristes veulent éliminer.
Et gardons l’esprit vif et alerte !