Deux poèmes de Jules Supervielle

SupervielleJ’ai trouvé ces deux poèmes sur le site Eternels Eclairs, que je vous invite à visiter grâce à ce lien car les poèmes y sont particulièrement bien choisis.
J’aime ces poèmes pour leur perfection formelle et la profondeur de leur vision, alliant simplicité et clairvoyance.

Encore frissonnant

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

C’est vous quand vous êtes partie

C’est vous quand vous êtes partie,
L’air peu à peu qui se referme
Mais toujours prêt à se rouvrir
Dans sa tremblante cicatrice
Et c’est mon âme à contre-jour
Si profondément étourdie
De ce brusque manque d’amour
Qu’elle n’en trouve plus sa forme
Entre la douleur et l’oubli.
Et c’est mon cœur mal protégé
Par un peu de chair et tant d’ombre
Qui se fait au goût de la tombe
Dans ce rien de jour étouffé
Tombant des autres, goutte à goutte,
Miel secret de ce qui n’est plus
Qu’un peu de rêve révolu.

***

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Quelques brefs poèmes d’Alirezâ Rôshan

J’ai découvert ces poèmes dans la revue Décharge numéro 157 et j’ai tout de suite été touchée par leur tristesse et leur gravité.
Alirezâ Rôshan est un jeune poète iranien qui est derviche et emprisonné depuis plusieurs mois dans son pays.
Ces poèmes sont de très beaux vers sur l’amour et l’absence, dont j’ai choisi quelques extraits.

 

le poème c’est l’instant de ta présence
lorsque tu pars
il s’écrit

***

ah si cette plume
pouvait écrire ton adresse
et non mon errance

***

mes bras
évoquent ta place vide
dans mon étreinte

***

ce n’est pas l’allumette
mais le chagrin de ton absence
qui allume ma cigarette

***

je suis parvenu
à tout ce que je ne désirais pas
mais pas à toi
que je désirais

***

là où c’est toujours vide
c’est là
que tu te trouves

***

elle est partie ?
donc elle était là
donc elle est

***

combien faut-il que je sois nuit
pour que toi
tu sois lune ?

***

« où es-tu ? »
Voilà
le premier discours amoureux

***

quand j’ignore où tu es
quelque route que je prenne
je suis dérouté