Un Enfant, de Thomas Bernhard

J’ai lu Un Enfant de Thomas Bernhard car il appartenait à mon ami très regretté le blogueur Goran et que sa mère a eu la gentillesse de me donner certains de ses livres après sa disparition, ce qui m’a beaucoup touchée.
Cette lecture s’inscrit dans Les Feuilles Allemandes de novembre 2022, organisées par Eva, Patrice et Fabienne des blogs « Et si on bouquinait un peu » et de « Livr’escapades« .

Note Pratique sur le livre

Genre : Autobiographie (Souvenirs d’enfance)
Editeur : L’imaginaire Gallimard
Année de Publication en Allemagne : 1982 (en France : 1984)
Traduit de l’allemand par Albert Kohn
Nombre de Pages : 151

Quatrième de Couverture

Né discrètement en Hollande où sa mère va cacher un accouchement hors mariage, Thomas Bernhard est bientôt recueilli par ses grands-parents qui vivent à Vienne. La crise économique des années trente les force à s’établir dans un village aux environs de Salzbourg où l’enfant découvre avec ravissement la vie campagnarde.
Le grand-père, vieil anarchiste, doit aller s’installer à Traunstein, en Bavière. Le jeune Thomas se familiarise avec le monde de la petite ville, commence à s’émanciper, fait l’école buissonnière et ses premières escapades à vélo. Il découvre aussi le national-socialisme et la guerre aérienne.
« Le monde enchanté de l’enfance » n’est pas celui pourtant du petit Thomas. Persécuté par ses maîtres, souffrant du complexe de l’immigré et du pauvre, il a plusieurs fois la tentation du suicide, tentation qui plus tard hantera aussi l’adolescent et le jeune homme.

Mon Avis

Jusqu’à présent j’avais déjà lu et apprécié trois ou quatre romans de Thomas Bernhard et leur ton sarcastique, leur outrance obsessionnelle et leur humour grinçant m’avaient chaque fois frappée. Mais ici, dans ce récit autobiographique, l’auteur adopte un ton plus doux, plus tendre et plus ému (sans aucune trace de pleurnicherie, bien sûr) que j’ai particulièrement aimé.
Ce récit se développe tout d’une traite, sans la division classique en chapitres ou en paragraphes distincts, et ainsi nous sommes portés et entraînés par un flux littéraire continu qui se révèle assez prenant : chaque soir j’avais un peu de mal à quitter mon livre.
L’auteur raconte à bâtons rompus tous ses souvenirs d’enfance et les nombreux événements, surtout malheureux mais parfois aussi joyeux, que lui et sa famille ont traversés. Nous découvrons un enfant souvent maltraité, autant par sa mère que par ses camarades de classe et ses instituteurs successifs, mais doté d’une grande intelligence et, surtout, aimant plus que tout son grand père grâce à qui il apprend à réfléchir, à se construire, à s’émanciper intellectuellement. Et c’est une très belle relation qui nous est décrite entre ce grand père et son petit fils, même si elle est parfois teintée de reproches et d’agacement. Un grand père anarchiste et anti conformiste, écrivain sans doute talentueux mais resté sans succès, et que Thomas Bernhard décrit comme un « penseur » et un homme nullement impressionné par les figures d’autorité, les enseignants ou les dirigeants quels qu’ils soient. Et on se rend compte que Thomas Bernhard a pleinement hérité de ses opinions et points de vue quand on connaît certaines de ses autres œuvres et leur ton irrévérencieux.
Un excellent livre et peut-être même mon préféré de cet écrivain !

**

Un Extrait Page 25-26

Dans l’ombre du pont de chemin de fer plongé dans la nuit, auquel j’enflammais avec la plus grande jouissance mes pensées anarchistes, j’étais en route pour aller chez mon grand-père. Les grands-pères sont les maîtres, les véritables philosophes de tout être humain, ils ouvrent toujours en grand le rideau que les autres ferment continuellement. Nous voyons, quand nous sommes en leur compagnie, ce qui est réellement non seulement la salle, nous voyons la scène et nous voyons tout, derrière la scène. Depuis des millénaires les grands-pères créent le diable là où sans eux il n’y aurait que le Bon Dieu. Par eux nous avons l’expérience du spectacle entier dans son intégralité, non seulement du misérable reste, le reste mensonger, considéré comme une farce. Les grands-pères placent la tête de leur petit-fils là où il y a au moins quelque chose d’intéressant à voir, bien que ce ne soit pas toujours quelque chose d’élémentaire, et, par cette attention continuelle à l’essentiel qui leur est propre, ils nous affranchissent de la médiocrité désespérante dans laquelle, sans les grands-pères, indubitablement nous mourrions bientôt d’asphyxie. (…)

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13 Commentaires

  1. Cet éloge du grand-père m’inspire beaucoup. Elle pourrait bien m’aider d’ailleurs à illustrer le sujet du nouveau film de James Gray.
    Grand merci Marie-Anne.

    Réponse
    • Bonjour Prince Écran Noir 🙂 Cet éloge des grands-pères m’a beaucoup plu, surtout que cet auteur a souvent la dent dure contre la plupart des gens ! J’ai trouvé ce livre touchant et très sincère. Merci de ton commentaire et bonne journée 🙂

      Réponse
  2. Un livre qui nous ramène alors à notre propre expérience avec nos grands-parents… N’ayant pas connu mes grands-pères, je les imagine avec tendresse dans ces attributs de sagesse et d’amour. Merci.

    Réponse
    • Bonjour Pat ! De mon côté, je n’ai connu qu’un seul de mes grands-pères, et il ne devait pas ressembler du tout à celui de Thomas Bernhard (n’étant pas anarchiste) mais je l’aimais beaucoup également… Merci beaucoup de ton commentaire, bise amicale.

      Réponse
  3. Bonjour Marie-Anne, quelle chance tu as eue de recevoir des livres ayant appartenu à Goran! Merci car je suis convaincue que j’aimerais beaucoup ce livre qui m’apparaît très touchant. J’ai tellement aimé mes grands-parents que de beaux souvenirs surgiraient en moi en le lisant.

    Réponse
    • Bonjour Nathalie. Oui, la maman de Goran a été très gentille de m’offrir des livres ayant appartenu à son fils. C’était un moment extrêmement émouvant.
      Et ses livres sont de la belle littérature, il aimait les belles choses.
      Merci beaucoup de ton commentaire ! Très bonne journée à toi !

      Réponse
  4. Un livre qui me plaira certainement..
    Merci Marie-Anne 🙏

    Réponse
  5. Difficile d’imaginer de la douceur et de la tendresse chez Thomas Bernhard ! Ta lecture donne très envie de découvrir cette face inconnue du personnage. Et une pensée pour Goran que je regrette de n’avoir pas rencontré même via son blog.
    Amitiés, Danielle

    Réponse
    • Bonjour Danielle. Moi aussi ça m’a surprise ces élans affectueux chez Thomas Bernhard. D’habitude il est beaucoup plus caustique et acerbe. Mais ici il raconte ses souvenirs d’enfance alors ça ne peut pas être tout à fait pareil.
      Merci de tes gentils mots sur Goran !
      Bonne journée à toi ! Amitiés

      Réponse
  6. Ana-Cristina

     /  18 novembre 2022

    Ah oui oui quel auteur magnétique !
    Bien sûr, j’inscris Un Enfant sur ma liste des livres à lire absolument – et pas sur celle des livres à lire un jour !
    Ton témoignage sur ce livre, don de Goran, est un bel hommage à ton ami disparu.
    Merci beaucoup Marie-Anne.
    Je te souhaite une belle journée.

    Réponse
    • Bonjour Ana Cristina 🙂 Merci pour ton gentil message ! Si tu lis ce livre de Thomas Bernhard je serai très contente de connaître ton avis. Très bon week-end à toi ! Bien amicalement 🙂

      Réponse
  1. Les feuilles allemandes 2022 – le bilan – Et si on bouquinait un peu ?

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