Des Poèmes sur l’amour, de Jean-Pierre Siméon

Couverture chez Gallimard

J’avais lu déjà de Jean-Pierre Siméon « la poésie sauvera le monde », un essai littéraire quelque peu ambitieux, comme l’indiquait cruellement son titre orgueilleux et fort présomptueux.
J’ai donc essayé cette fois-ci sa « théorie de l’amour » qui est un recueil poétique, finalement peu théorique – ce qui vaut sûrement mieux car la poésie didactique et/ou dogmatique n’est pas du tout attrayante…
Ce recueil se laisse lire agréablement mais sa vision de l’amour est édulcorée, me semble-t-il, en ne se concentrant que sur les instants heureux et lumineux de l’amour, ce qui n’est sans doute pas la totalité de ce sentiment, qui possède des tas de facettes contrastées, comme tout le monde aura pu le remarquer.
Si Aragon pensait qu’il n’y a pas d’amour heureux, Jean-Pierre Siméon semble vouloir développer une « théorie » complètement opposée, où l’extase est la règle.
Un ami, auquel j’ai prêté ce recueil pour avoir son avis, a estimé « Oui, c’est pas mal, mais ça fait un peu ravi de la crèche » et j’ai trouvé ce jugement pertinent, dans son franc-parler bien senti.

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Voici deux poèmes, parmi mes préférés

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Page 73

L’amour est une forme de la question

L’amour est une forme de la question
Celle avec laquelle nous naissons
Comme nous naissons avec des mains et des yeux
Et qui commence par pourquoi

Cette question n’a pas de mots au-delà
N’est l’otage d’aucune langue
Et c’est justement pourquoi on aime
Désespérément

Nous avons cette question dans la peau
Comme l’arbre l’a dans ses branches
Et l’oiseau dans son vol

Même la rose a son pourquoi
Puisqu’elle aime le soleil

Les termes de la question sont obscurs
Seule l’étreinte des amants en donne une idée
S’il y a de l’idée dans la lumière

La question n’a pas de réponse
Répondre c’est mourir

Aimer c’est toujours refuser les réponses
Aimer est donc le seul vivre honorable
Devant la mort

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Page 89

Comme un maçon qui croit au mur

Je suis d’où je vais
Je suis d’où l’on m’attend
Dit l’amant qui cherche loin de lui
Ses mains et ses yeux

Tantôt il marche au bord du gouffre
Qu’il est à lui-même
Tantôt il dort au bord des paupières
De son amour

Oh qu’on marche encore
Qu’on marche sur mes songes
Dit l’amant
Si l’empreinte du pas est celle
De la clarté qui naquit d’un sourire

Naïf oui comme un vent qui commence
Ou comme le maçon qui croit au mur
J’appelle amour ce qui subsiste de la vie
Dans ma fatigue

J’appelle amour la lampe levée dans la tempête

Ne pas la casser quand je tombe
Est ma tâche

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Une théorie de l’amour est paru dans la collection blanche de Gallimard en octobre 2021.

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20 Commentaires

  1. Cela manque d’envergure (les mots de ces poèmes), non ?

    Réponse
  2. natlarouge

     /  16 août 2022

    pas pour moi, je ne ressens pas d’émotion dans les mots, même s’il parle d’amour et bien sûr, l’amour est fait de rose et d’épines !

    Réponse
  3. Eh bien, j’avoue au contraire être plutôt séduit !. Il y a beaucoup de subtilité et d’humour dans ces mots qui pensent l’amour. Et pour moi (qui suis sûrement l’ âne d’une autre vie), l’amour est comme une carotte crue avant d’être cuite. hi hi.

    Réponse
    • Je ne sais pas si Jean-Pierre Siméon envisage d’écrire un poème sur les carottes mais il faudrait lui suggérer….
      Merci Pat, bonne journée 🙂

      Réponse
  4. Ah, l’amour !
    Bonne soirée, Marie-Anne.

    Réponse
  5. Je suis d’où je vais
    Je suis d’où l’on m’attend
    Magnifique ! Merci 🙏

    Réponse
  6. Les deux poèmes sont touchants. Jean-Pierre Simeon aime nous parler d’amour heureux. C’est un enchanteur.
    Merci Marie-Anne 🙏

    Réponse
  7. Ces deux poèmes sont de ceux qui me touchent. Je retiens de jean-Pierre Siméon l’idée de la poésie qui sauve le monde, pourquoi pas ? De l’amour volonté première qui donne une vision. N’est-ce pas là le meilleur de ceux qui veulent croire à un destin plus grand qu’eux même, partagé, puisque l’amour c’est forcément à partager, d’où le début des problèmes… Mais ne pas partager amène encore plus de soucis… Je note ce titre !

    Réponse
    • Bonjour Alain ! Ces deux poèmes sont mes préférés du recueil. Ils sont en effet assez beaux. Merci de ton intérêt pour ce livre! Belle journée à toi 🙂

      Réponse
  8. L’amour est une aventure, le tout avec ses aspérités, c’est un frêle esquif tantôt au sommet de la vague et puis derrière le creux. Le pari étant de gravir à nouveau et d’essayer de ne pas sombrer. Il y a un côté « perdu d’avance »🙂

    Réponse
    • Merci Frédéric pour ton commentaire poétique… C’est très vrai ce que tu dis, le côté perdu d’avance, mais ça n’empêche pas d’y croire tout de même. Belle journée à toi 🙂

      Réponse
  9. « Naïf oui comme un vent qui commence » Au moins, le « ravi de la crèche » assume pleinement. 😉
    Un peu théorique mais quelques jolies formules.
    Bonne journée Marie-Anne.

    Réponse
    • J’ai l’impression qu’il assume cette naïveté, en effet. Peut-être même qu’il la recherche de façon tout à fait délibérée… mais, pour autant, est-ce une réussite… on ne sait pas trop.
      Bonne journée Prince 🙂

      Réponse

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