Des Poèmes de la Beat Generation

Couverture chez Bruno Doucey

J’avais acheté cette anthologie de poètes femmes de la Beat Generation au moment de sa parution en 2018 et sa faible qualité générale m’avait dissuadée d’en parler sur ce blog.
Cependant, à l’occasion de ce Mois Thématique sur l’Amérique, j’ai ressorti ce livre de mes étagères et me suis aperçue que trois ou quatre de ces poétesses étaient réellement talentueuses et intéressantes et c’est tout le problème de ces sortes d’anthologies féminines où l’on cherche à rassembler le maximum de poétesses, sans se soucier de leur intérêt respectif, alors qu’il serait plus judicieux et plus respectueux envers les femmes, de consacrer des recueils entiers et individuels aux trois ou quatre poétesses qui sont vraiment remarquables.
Bref, il est bien dommage de chercher à publier les femmes « par lots d’une dizaine », comme une sorte de fournée indéterminée où toutes sont supposées équivalentes et chacune réduite à la portion congrue et où aucune n’est mise en valeur ni développée selon sa personnalité…
A chaque fois, ça m’agace mais je vais finir par m’habituer à cette mode persistante !

Note pratique sur le livre

Genre : Poésie
Editeur : Bruno Doucey
Année de publication en français : 2018
Anthologie établie par Annalisa Mari Pegrum et Sébastien Gavignet
Nombre de Pages : 197

Note biographique sur Diane di Prima (née en 1934)

Elle est l’auteure de Mémoire d’une beatnik (1968), son seul ouvrage traduit en français, où elle relate une époque placée sous le signe de la liberté sexuelle et de la drogue. Elle étudie le bouddhisme, le sanscrit, le gnosticisme et l’alchimie. Activiste politique, elle incarne la transition entre le mouvement beat et le mouvement hippie. Elle a publié plus de quarante livres aux Etats-Unis, au cours de sa vie. (Source : Editeur, résumé par mes soins).

Note biographique sur Janine Pommy Vega (1942-2010)

A l’âge de 16 ans elle découvre Sur la route de Kerouac, ce qui constitue son « baptême beat ». Elle part pour New York afin de rencontrer des artistes et écrivains beats. Elle entreprend des voyages en Europe avec son mari, le peintre péruvien Fernando Vega, qui meurt d’une overdose peu de temps après. Elle écrit le recueil poétique Poèmes à Fernando, représentatif de la beat génération. Poète engagée, elle fut une voyageuse inlassable. (même Source que précédemment)

Note biographique sur Anne Waldman (née en 1945)

Cette poète et performeuse fait partie de ce qu’elle appelle « une seconde génération beat ». Au milieu des années 60 elle rencontre le grand poète beat Allen Ginsberg qui la surnomme sa « femme spirituelle ». Pendant quelques années elle dirige le Saint Mark’s Poetry Project qui accueillera la quasi totalité des poètes beats et deviendra un lieu essentiel pour la nouvelle poésie expérimentale. Elle est une des principales précurseurs du slam. Engagée politiquement et influencée par le bouddhisme tibétain, ses poèmes témoignent de ces inspirations. (Source : voir supra)

***

(Page 79)

Chanson pour Baby-O, à naître

Mon ange
quand tu sortiras
tu trouveras
une poète ici
pas tout à fait le choix idéal

Je ne peux pas te promettre
que tu n’auras jamais faim
ou que tu ne seras jamais triste
sur ce globe
détruit
brûlé

mais je peux t’apprendre
mon chéri
à aimer assez
pour te briser le coeur
à jamais

Diane di Prima

**

(Page 143)

Poème contre les interminables récitals
de poésie de masse

Ô tyrannie des poètes rassemblés
assiégeant les oreilles & les muscles des épaules
la lame craque dans ma mâchoire &
j’ai mal au crâne.
Lourde fourbe sournoiserie
Par laquelle ils nous attroupent
& nous entassent –

Ô les bras longs et fins & les oreilles bombardées !

Je mets des heures à me détendre
/ les mains fermes se crispent sur la nappe,
& je bois comme jamais
/ énervée & livide

Ô faites vos preuves avant de me prendre
de haut,
Poètes !
en silence / les anges respirent.

san francisco / printemps 67

Janine Pommy Vega

**

(Page 169)

D’après Mirabai

XVIè siècle, Inde

Anne est devenue folle elle est dans un état, c’est sans espoir
On ne peut plus l’aider, c’est sans retour
Elle frappe son tambour
Elle frappe son tambour dans le temple intérieur
Au son du tambour elle répète
« Bouddha, Bouddha »
C’est la mélodie la plus douce qui soit

Une vasque est cassée, l’eau est renversée
Son âme qu’elle appelle « cygne » s’envole
Le corps d’Anne lui est devenu étranger
C’est un étranger
Anne est devenue folle, extatique
Elle est dans un état, c’est sans espoir
On ne peut plus l’aider, c’est sans retour

Elle parle à tout le monde
Partout par les rues & les places
Elle dit qu’elle restera pour toujours aux pieds de son maître
Elle a finalement rencontré le maître en elle-même
Maintenant elle est Reine de son univers.

Anne Walden

**

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10 Commentaires

  1. Des extraits variés ! Merci pour le partage 😉

    Réponse
    • Bonsoir Matatoune ! En effet, ces femmes poètes explorent des thèmes très variés. Mais ça reste dans l’esprit de l’époque, les thèmes liés à la liberté, à la spiritualité, aux drogues, etc. Très rock n’roll ! Bonne soirée!

      Réponse
  2. C’est beau… parce que profond et sincère tellement d’amour derrière la désespérance. Aujourd’hui c’est pire ! mais il nous manque leur courage pour la liberté. Bisou à toi pour cette culture permanente de la poésie.

    Réponse
    • Bonsoir Pat ! Oui l’esprit des années 60 était très exaltant ! La recherche de la liberté et la révolte. Aujourd’hui on est dans la mentalité opposée ! On n’est plus très rock n’roll 🙂 Merci à toi pour ton commentaire ! Bonne soirée 🙂

      Réponse
  3. natlarouge

     /  18 juin 2022

    oui dans ce type de recueil, beaucoup d’inégalités, mais aussi de belles découvertes

    Réponse
    • Bonjour Natlarouge ! Effectivement c’est tellement varié qu’il y en a pour tous les goûts 🙂 heureusement certaines poètes sont intéressantes ! Merci et bonne journée 🙂

      Réponse
  4. Peut-être les poèmes sont-ils meilleurs en anglais? En tous les cas, cette anthologie est originale… Merci pour la présentation.

    Réponse
    • Bonjour Nathalie ! C’est possible que les poèmes perdent à être traduits, je l’ai souvent remarqué avec d’autres auteurs. Merci de ton commentaire 🙂 bonne journée à toi !

      Réponse
  5. Merci Marie- Anne 🙏
    Chanson pour Baby-O, à naître.. si touchant 💖

    Réponse
    • Merci Eveline ! J’ai aussi trouvé ce poème très touchant. On imagine la jeune poète enceinte qui s’adresse à son futur bébé. Belle journée à toi ! Bises 🙂

      Réponse

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