Martin Eden de Jack London

J’ai lu le célèbre roman de Jack London « Martin Eden » dans le cadre de mon Printemps des Artistes puisque ce livre nous raconte le parcours littéraire d’un jeune homme pauvre mais très obstiné, intelligent et volontaire, de ses débuts difficiles à son ascension remarquable.

Note Pratique sur le Livre :

Editeur : 10-18
Traduit de l’américain par Claude Cendrée
Nombre de Pages : 479

Présentation de l’auteur :

Jack London (1876-1916) né John Griffith Chaney, est un écrivain, romancier et novelliste américain dont les thèmes de prédilection sont l’aventure et la nature sauvage. Grand voyageur, il pratiqua également le journalisme. Par les succès retentissants de plusieurs de ses romans, comme l’Appel de la forêt (1903) ou Croc-Blanc (1906) il devint vite un écrivain riche, célèbre et couvert de gloire. Certaines de ses œuvres sont très engagées et marquées par ses convictions socialistes. Il est mort à seulement 40 ans d’une crise d’urémie.

Présentation du roman :

Martin Eden est un jeune homme de vingt ans, pauvre et peu éduqué, un ancien marin qui a beaucoup voyagé et qui a une grande expérience de la vie malgré son jeune âge. Au cours d’une bagarre, il a l’occasion de sauver un jeune homme du mauvais pas où il s’est engagé et celui-ci, par reconnaissance, l’invite à diner dans sa très bourgeoise famille. C’est à cette occasion que Martin rencontre Ruth Morse, la sœur du jeune homme qu’il a défendu, une très belle jeune fille qui étudie la littérature à l’Université et qui lui parait particulièrement raffinée et brillante, bien au-dessus des filles vulgaires qu’il côtoie d’habitude. Martin tombe follement amoureux de Ruth et décide de la conquérir en s’élevant au-dessus de sa condition d’ouvrier et en devenant écrivain. Il entreprend de se forger une culture en autodidacte, avec l’aide de Ruth qui corrige son mauvais anglais et avec les conseils de son bibliothécaire, qui oriente ses lectures. (…)

Mon humble avis :

Le personnage de Martin Eden est très idéaliste au début du roman, il se fait des illusions sur la bourgeoisie, sur le milieu littéraire, sur les critères de jugement des éditeurs, et sur la nature humaine en général. Plus que tout, il se fait une image merveilleuse, éthérée et pure de la jeune fille qu’il aime sous prétexte qu’elle est d’une classe sociale prétendument « supérieure » et qu’elle a fait beaucoup plus d’études que lui. Il se voit lui-même tel que les bourgeois le voient : comme un ignorant, un genre de brute épaisse au langage argotique et sans savoir-vivre. En même temps, Martin Eden ne doute pas de ses capacités à réfléchir, à apprendre, à se cultiver et à s’élever rapidement au niveau de cette classe bourgeoise qu’il admire tant. Grand adepte de Nietzsche, il déploie des efforts véritablement surhumains pour parvenir à ses objectifs, il consent d’énormes sacrifices pour produire inlassablement des œuvres littéraires et les envoyer à des revues, à des éditeurs, au point de dépenser tout son argent à cet effet et de se priver de tout, même de nourriture et du plus élémentaire confort. Mais plus ses réflexions vont s’affiner au contact de la littérature et de la philosophie, plus il va remettre en cause ses illusions initiales et s’apercevoir de la mesquinerie et de la stupidité de la bourgeoisie. Toutes ces valeurs, ces institutions et ces personnes soi-disant supérieures vont révéler à Martin Eden leur vrai visage. Et finalement, il se retrouve seul et amèrement déçu, conscient de sa propre supériorité, mais ne pouvant rien faire de cette supériorité car personne ne le comprend.
Ce livre est largement inspiré de la propre expérience de Jack London et de ses débuts littéraires misérables, et en effet cela se sent à travers les descriptions très réalistes et les situations saisissantes de vérité, qui contribuent à créer aux yeux du lecteur un monde véridique où l’on entre directement et sans effort.
Un roman très poignant, que j’ai vraiment beaucoup aimé, et que je conseille tout particulièrement aux écrivains et poètes en herbe – non pas pour les désespérer mais pour les éclairer et les faire réfléchir.

Un Extrait Page 205-206

Ce fut une heure exquise pour la mère et la fille et leurs yeux étaient humides, tandis qu’elles causaient dans la pénombre, Ruth tout innocence et franchise, sa mère compréhensive, sympathisant doucement, expliquant tout et conseillant avec calme et clarté.
– Il a quatre ans de moins que toi, dit-elle. Il n’a ni situation, ni fortune. Il n’a aucun sens pratique. Puisqu’il t’aime, il devrait, s’il avait du bon sens, faire quelque chose qui lui donnerait un jour le droit de t’épouser, au lieu de perdre son temps à écrire ces histoires et à faire des rêves enfantins. Martin Eden, je le crains, ne sera jamais sérieux. Il n’envisage nullement l’idée d’un métier convenable comme l’ont fait certains de nos amis – M. Butler, par exemple. Martin Eden, je le crains, ne sera jamais riche. Et dans ce monde, l’argent est nécessaire au bonheur. Oh ! je ne parle même pas d’une énorme fortune ! mais d’une fortune suffisante à assurer un confort convenable. Il… il n’a jamais parlé ?…
– Il ne m’a jamais dit un mot ; mais, s’il le faisait, je l’arrêterais, car, tu sais, je ne suis pas amoureuse de lui !
– Tant mieux. Je ne serais pas contente de voir mon enfant, ma fille unique, si nette, si pure, aimer un homme pareil. Il existe, de par le monde, des hommes nets, fidèles, virils. Attends un de ceux-là. Tu le trouveras un jour, tu l’aimeras et il t’aimera et vous serez aussi heureux ensemble que ton père et moi l’avons été. (…)

Poster un commentaire

20 Commentaires

  1. natlarouge

     /  5 mai 2022

    merci de me rappeler de lire des classiques. Ces auteurs mythiques que je connais peu

    Réponse
  2. Bonjour Marie-Anne,

    Comme toi ce roman m’a beaucoup émue… je l’ai découvert l’an dernier.

    Réponse
    • Bonjour Ingrid, ce personnage de Martin Eden est particulièrement attachant, il a une telle sincérité et une telle volonté dans ses entreprises que ça force l’admiration. Un courage incroyable. Contente que tu l’aies également apprécié 🙂

      Réponse
  3. Michel B.

     /  5 mai 2022

    Martin Eden ou les illusions perdues ? 🙂

    Réponse
    • Bonjour Michel. En effet, il y a certaines ressemblances entre les deux romans ! Dans les deux cas c’est le parcours laborieux d’un jeune écrivain qui s’achemine vers le succès puis vers l’amertume et les désillusions. Ascension et déclin. Mais Martin Eden est un héros plutôt prolétaire et plutôt solitaire, contrairement à Rubempré. Bonne journée Michel et merci de votre commentaire très judicieux 🙂

      Réponse
  4. J’espère qu’un jour je prendrai le temps de le lire !

    Réponse
  5. Très beau partage pour cette histoire si touchante!
    Merci Marie-Anne, bisous

    Réponse
    • Oui très touchante ! L’histoire d’une vocation et d’un amour incompris. Merci Eveline de ton commentaire ! Bises! Beau dimanche à toi !

      Réponse
  6. C’est l’un de mes romans préférés ! Bonne journée Marie-Anne

    Réponse
    • Ravie de savoir que vous aimez ce roman 🙂 le personnage principal est vraiment très extraordinaire et sympathique. Bonne soirée Kathleen !

      Réponse
  7. Je n’ai malheureusement pas lu ce grand classique dont tu nous parles si bien Marie-Anne. Je le note dans ma PAL 🙂

    Réponse
    • Merci de ton intérêt Frédéric ! C’est un roman assez extraordinaire, je te le conseille. Bonne journée à toi 🙂

      Réponse
      • Tu as toujours le coup pour nous présenter de grands romans et rien que pour cela je t’en remercie chaleureusement 🙂

      • Ah c’est gentil, merci du compliment, Frédéric 🙂 Avec les classiques, il faut dire qu’on est rarement déçu ! Belle journée à toi 🙂

  8. Comme Frédéric, je ne connais ce Martin Eden que de nom, mais je ne demande qu’à mieux le connaître. Merci de m’avoir donné plus encore la motivation d’aller vers ce classique.
    Bonne journée Marie-Anne.

    Réponse
    • Bonjour Prince, c’est un roman vraiment très fort et touchant ! En partie autobiographique, mais romancé, Jack London décrit les débuts littéraires difficiles d’un jeune homme aux origines modestes. Bonne journée Prince et merci de ton commentaire 🙂

      Réponse
  1. Bilan du « Printemps des Artistes  d’avril à juin 2022 | «La Bouche à Oreilles

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :