L’Aventure, l’ennui, le sérieux de Vladimir Jankélévitch

Ce livre m’a été conseillé par mon ami, le poète Denis Hamel, qui est un grand lecteur de philosophie et qui me fait parfois profiter de ses connaissances dans ce domaine, ce dont je ne saurais trop le remercier !

Quatrième de Couverture (chez Flammarion) :


« L’Aventure, l’Ennui et le Sérieux sont trois manières dissemblables de considérer le temps. Ce qui est vécu, et passionnément espéré dans l’aventure, c’est le surgissement de l’avenir. L’ennui, par contre, est plutôt vécu au présent : dans cette maladie l’avenir déprécie rétroactivement l’heure présente, alors qu’il devrait l’éclairer de sa lumière. Quant au sérieux, il est une certaine façon raisonnable et générale non pas de vivre le temps, mais de l’envisager dans son ensemble, de prendre en considération la plus longue durée possible.
C’est assez dire que si l’aventure se place surtout au point de vue de l’instant, l’ennui et le sérieux considèrent le devenir surtout comme intervalle : c’est le commencement qui est aventureux, mais c’est la continuation qui est, selon les cas, sérieuse ou ennuyeuse. »
Publié en 1963, l’Aventure, l’Ennui, le Sérieux est un jalon majeur de la pensée de Vladimir Jankélévitch. Cet ouvrage constitue une première synthèse de sa pensée, où l’on peut distinguer deux critères essentiels qui fondent l’unité de son œuvre : la dignité philosophique donnée à des objets jugés mineurs, et la volonté radicale de mettre en lumière la dimension temporelle de l’action.

Mon Humble Avis :


Très ignorante dans le domaine philosophique, je ne tenterai pas d’écrire sur cet ouvrage une critique de spécialiste.
Mais, comme j’ai ressenti un réel coup de cœur pour ce livre, je vais tenter d’expliquer pourquoi, dans les grandes lignes.
En premier lieu, j’apprécie énormément l’écriture de Jankélévitch, qui me semble être un auteur élégant. Contrairement à certains autres grands philosophes, il n’utilise pas un jargon obscur et complexe mais il essaye la plupart du temps de garder un style clair, précis, agréable à lire et presque littéraire, comme s’il s’adressait à un lecteur lambda, non spécialiste, ce qui me convient.
En second lieu, j’ai toujours été passionnée par le thème du temps, qui est non seulement le fil conducteur mais la matière même de nos vies, et qui a toujours beaucoup préoccupé les écrivains et les poètes et a fourni à la littérature de magnifiques pages. Jankélévitch, qui a d’ailleurs une grande culture littéraire et artistique, cite à l’appui de ses réflexions de nombreux textes de divers écrivains européens, et c’est particulièrement vrai pour le chapitre sur l’ennui, un thème très « fin de siècle », voire « décadent », qui a pu inspirer, entre autres, Mallarmé, Verlaine ou Laforgue.
Par ailleurs, je n’avais jamais eu l’idée de m’interroger longuement sur l’esprit d’aventure ou sur celui de sérieux, et encore moins sur leur relation avec le temps, et Jankélévitch m’a ici ouvert des perspectives que je ne soupçonnais absolument pas et qui pourraient bien s’avérer utiles dans ma vie de tous les jours, dans ma façon d’entreprendre et de mener mes activités, soit en choisissant la nouveauté (l’aventure) soit en creusant avec persévérance et sérieux le même sillon, en faisant en sorte de ne pas m’y ennuyer !
C’est toute une attitude de l’Homme face à son existence que Jankélévitch essaye d’analyser et de nous rendre compréhensible, et j’ai trouvé cela passionnant !

Un Extrait page 204 :


Il ne s’agit pas de « tuer » le temps, comme on dit, ni même de le « tromper », par surprise et en profitant de deux ou trois occasions honteuses. Il s’agit de le « passer ». Oui, c’est la conscience qui doit passer le temps, et non le temps qui doit passer à l’insu de la conscience. On dit parfois : une heure passée, c’est autant de gagné. Gagné sur quoi, s’il vous plaît ? Il faut que la conscience reprenne l’initiative par rapport à son temps pour activement l’endosser et pour en exploiter toutes les richesses. Il faut reprendre la direction du temps et rentrer en sa possession. Le temps de l’ennui est un temps un peu sauvage, un temps incompressible dont nous n’avons pas la libre et plénière disposition, qu’on ne peut ni ralentir, ni accélérer, ni renverser ; c’est-à-dire que s’il coule tout seul et sans qu’on ait besoin de le pousser, il représente aussi une certaine épaisseur objective à traverser ; il est impossible d’engloutir cette épaisseur d’attente, comme il est impossible d’abolir la distance selon l’espace (…) Les candidats à l’ennui sont ceux qui, dans leur impuissance, veulent sauter à pieds joints par-dessus les moments intermédiaires.(…)

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21 Commentaires

  1. Lecture exigeante et dense !

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    • Oui, mais en même temps ça reste assez accessible. Tout du moins, j’ai réussi à le lire en entier alors que je ne connais rien à la philosophie 🙂 Merci Matatoune !

      Réponse
  2. J’ai lu Jankélévitch beaucoup et il y a longtemps…
    Ton billet ce matin me donne l’envie de le relire…
    Merci Marie-Anne!

    Réponse
  3. « un auteur élégant ». Oui. Merci !

    Réponse
    • « élégant » est sans doute insuffisant comme qualificatif… j’aurais pu rajouter « éclairant », « intelligent », « fin »… mais en tout cas son style d’écriture m’a paru élégant, bien tourné. Merci Aldor de m’aider à préciser mon opinion 🙂

      Réponse
  4. Michel B.

     /  22 septembre 2021

    Bonjour Marie-Anne,
    Fait-il référence à certains philosophes qui se sont penchés sur la question du temps, Bergson notamment ?
    Merci pour cet article qui donne envie de lire Jankélévitch !

    Réponse
    • Bonjour Michel, merci de votre commentaire ! Je ne me souviens plus si Jankélévitch cite explicitement le nom de Bergson dans cet essai mais en tout cas je sais qu’il a été très influencé par Bergson et que leurs idées ont une certaine parenté et quelques ressemblances, d’après ce que j’ai pu comprendre…

      Réponse
  5. Merci pour ce partage, je suis peu encline à lire de la philosophie, mais cet ouvrage me tente bien !

    Réponse
    • Pour ma part, je l’ai beaucoup aimé ! Ca m’a fait beaucoup cogiter et m’interroger sur ma propre vision de la vie 🙂 Et puis, les nombreuses références littéraires m’ont bien intéressée aussi. Merci beaucoup de votre commentaire Kathleen !

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  6. La philosophie ne nuit jamais!

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  7. Je salue tes lectures érudites, variées et tes impressions sincères et pleine d’esprit. C’est vraiment un plaisir de te lire et de découvrir des livres qui ne sont pas chroniqués ailleurs. Passe une excellente soirée Marie-Anne 🙂

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    • Merci Frédéric ! Il est vrai que je parle surtout de livres un peu anciens ou de classiques ou de livres plus confidentiels, dont on parle peu. Mais je me tiens au courant des nouveautés littéraires et de l’actualité culturelle grâce à ton blog et à quelques autres 🙂 Excellente soirée à toi aussi 🙂

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  8. Jankélévitch est un philosophe à la pensée si intéressante !
    Mais je ne connaissais pas ce titre dans son œuvre.
    Bonne soirée, Marie-Anne.

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    • Très intéressante, oui ! Tu avais consacré un article à l’un de ses livres sur la musique, je me souviens. La musique et l’ineffable, je crois. Très beau. Et puis il aimait Debussy 😍😀 Bonne soirée Jean-Louis.

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      • J’ai effectivement écrit plusieurs articles sur Wladimir Jankélévitch et la musique, dont « la musique et l’ineffable », mais aussi sur Liszt, Debussy ou Rimsky-Korsakov vus par ce (très) grand homme.

  9. Intéressante chronique qui entre en résonance avec l’excellente émission écoutée hier sur ce thème. Étienne Klein parlant du temps dans l’heure philo sur France Inter. 🙂

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    • Ah je ne connais pas cette émission–il faudra que je me renseigne sur le sujet. Le thème du temps est très riche, on peut l’aborder sous des angles très différents, par la science, la littérature, la philosophie… Merci Alain!

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  10. Bonjour Marie-Anne,
    Je ne connaissais que de nom, je découvre un thématique en effet passionnante. Ton article rend d’ailleurs la pensée de l’auteur tout à fait intelligible. Il faut maintenant prendre le temps de le lire.

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    • Merci Prince Écran Noir ! Ce livre m’a vraiment beaucoup plu et je trouve qu’il aborde des idées complexes avec un langage accessible et agréable à lire.

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