Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret

affiche du film

J’aime bien Emmanuel Mouret et j’ai eu très envie de découvrir son dernier opus : Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, sorti en salles en septembre 2020.
Je connaissais déjà le style de ses films, basés sur l’exploration du sentiment amoureux et, surtout, sur l’infidélité et les problèmes moraux que ça peut entraîner, jalousies, culpabilités, rivalités, trompeurs trompés, pieux mensonges et omissions embarrassées.
On retrouve tout cela dans ce film d’Emmanuel Mouret, mais en quantité excessive et quasiment jusqu’à saturation.

Evoquons d’abord la trame principale de cette histoire extrêmement compliquée, pour ne pas dire un peu difficile à suivre :

Maxime (Niels Schneider) est un jeune homme qui veut devenir romancier mais qui se cherche. Il va passer quelques jours dans le Sud de la France, chez son cousin François (Vincent Macaigne) et la femme de celui-ci, Daphné (Camélia Jordana), que Maxime ne connait pas encore et qui est enceinte de trois mois. Comme par hasard, le cousin est absent pour des motifs professionnels et Maxime se retrouve donc quelques jours en tête à tête avec Daphné. Pour briser la glace et faire connaissance, ils n’imaginent rien de mieux que de se raconter leurs histoires d’amour passées, chacun à son tour va donc développer de multiples histoires de couples et d’infidélités qui s’entrecroisent et se recoupent. Leurs récits à l’un et à l’autre constituent le propos du film.

Mon humble avis :

Pendant les heures qui ont suivi mon visionnage de ce film, je cherchais une explication à son titre, qui me paraissait pour le moins obscur. Quelles sont donc ces choses qu’on dit et qu’on ne fait pas (ou vice versa) ? Au début de ma réflexion, il me semblait au contraire que les personnages étaient très transparents, racontant leurs amours, leurs trahisons et leurs infidélités avec une franchise étonnante, même à une personne qu’ils ne connaissaient pas du tout. Et puis il m’a ensuite semblé que les personnages parlaient beaucoup d’amour, de sentiments, d’épineux problèmes de conscience alors que, dans les faits, il n’était jamais question entre eux que de désirs physiques à assouvir au plus vite. Ce sont en fait des purs jouisseurs qui se donnent des airs romantiques et une façade sentimentale pour justifier à leurs yeux et aux yeux des autres leurs coups de canifs réitérés dans leurs relations de couple.
Autour du thème central et unique de l’adultère, Emmanuel Mouret développe toute une suite de variations et de figures possibles, où le trompeur devient le trompé, où les femmes délaissées se changent en séductrices puis en maîtresses, ou le bon copain qui tient la chandelle devient l’heureux amant puis l’humilié, etc.
J’ai parfois ressenti une certaine lassitude devant l’accumulation des figures amoureuses, comme devant des géométries un peu trop symétriques et un chouïa invraisemblables.
L’utilisation de la musique romantique (Chopin, Schubert, Satie, Debussy, et Samuel Barber en guise de cerise sur le gâteau) à un volume sonore puissant, destinée à surligner lourdement les moments d’émotions et de pathos et les yeux larmoyants de Camélia Jordana, m’ont paru assez destructeurs d’émotions et pour tout dire ratés.
Sinon, j’ai bien aimé les décors très raffinés (coins de nature, architectures, exposition de minéraux, appartements parisiens luxueux, etc.) et les images sont souvent très belles, la lumière, les ombres, les corps de femmes joliment mis en valeur.
Un film que j’ai trouvé plutôt agréable au moment où je le voyais mais qui, en y repensant plus tard, ne laisse pas un souvenir très convaincant.
J’avais trouvé Mademoiselle de Joncquières, du même réalisateur, beaucoup plus réussi, et plein d’un humour et d’une pertinence qui, ici, font défaut.

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24 Commentaires

  1. Merci beaucoup pour ton article…

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  2. Oui, du même avis, merci beaucoup pour article, j’hésitais à aller le voir, et ce que vous en dites me dissuade de pousser la porte du cinéma (quand il rouvrira bien sûr) très bonne journée louise salmone

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  3. Avec juste le titre et les initiales du réalisateurs on s’attendrait à autre chose…L’amour, c’est difficile d’en faire le tour quand on a qu’un kilomètre !

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    • C’est certain 🙂 Mais ce film a tout de même des qualités intéressantes, une sensualité, une subtilité dans les sentiments… malgré tout, ça parait un peu brouillon. Merci Pat !

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  4. Excellente critique ! On sait très bien pourquoi aller le voir ou pourquoi l’éviter. Merci Marie-Anne !

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  5. Je trouvais le film plutôt réussi ! Emmanuel Mouret se montre dans ce film le digne héritier d’Eric Rohmer, un réalisateur que je vénère. En ce temps de gestes barrières, j’ai aimé ce jeu de séduction très libre entre hommes et femmes… Presque une autre époque. Et j’ai trouvé Camilia Jordana et Émilie Duquenne très bien. A voir et se faire son propre avis…

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    • J’aime beaucoup Rohmer également. Je trouve qu’ici le scénario est un peu trop compliqué. Mais bon, c’est un film assez agréable à voir et je ne veux dissuader personne de se faire sa propre opinion 🙂
      Merci Alain, bonne soirée !

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      • Scénario compliqué c’est vrai, je serais bien incapable de le résumé après plusieurs semaines. Bonne soirée Marie-Anne !

  6. Je suis d’accord avec toi, l’utilisation sans inspiration de grands thèmes de la musique classique est contreproductive et j’ai trouvé Mademoiselle de Joncquières bien plus réussi.

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    • C’est peut-être lié au volume sonore très fort de ces musiques, mais oui ça choque et le pathos est un peu excessif. Je crois surtout que les cinéastes devraient éviter Samuel Barber !

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  7. Du coup peu encline à aller le voir ! Je pense, et j’espère, qu’à la réouverture des cinémas, il y aura une bonne programmation pour pouvoir se faire plaisir ! A suivre donc 😉

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  8. Un très beau Mouret pour ma part, qui fait virevolter ses valses amoureuses, ses tours de passe-passes infidèles jusqu’au vertige. Peut-être pas le meilleur de ses films, mais cela vaut bien un Caprice de cinéphile. 😉

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  9. Merci Marie-Anne pour ce beau retour sur un film qui t’as laissé un sentiment mitigé. Je note plutôt « Mademoiselle de Joncquières » pour découvrir ce réalisateur. 🙂

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  10. Jean-Pierre Tondini

     /  8 décembre 2020

    Merci pour votre analyse. Ma frustration de ciné en ces jours inutiles est sans précédent. Bravo pour la tenue de votre site. 🙂 JPT

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    • Bonjour Jean-Pierre, bienvenue sur mon blog ! J’espère moi aussi que les cinémas et autres lieux culturels rouvriront comme prévu la semaine prochaine. Car la vie est bien morose sans ces sorties ! Merci pour votre visite et votre commentaire 🙂

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  11. Je ne connais pas du tout, peut-être éventuellement s’il passe un jour à la télé !

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