Mariage contre Nature de Yukiko Motoya

J’ai acheté ce court roman japonais un peu par hasard. Il était sur un présentoir de littérature japonaise dans ma librairie habituelle et sa couverture (première et quatrième) m’a attirée.
Comme il a reçu en 2016 le prix Akutagawa (équivalent du Prix Goncourt au Japon), j’ai été intriquée d’autant plus.

Je recopie ici La Quatrième de Couverture :

Depuis qu’elle a quitté son boulot pour se marier, San s’ennuie un peu à la maison. Surtout que son mari, à peine rentré le soir, joue les plantes vertes devant la télévision. Parfois San se demande si elle ne partagerait pas la vie d’un nouveau specimen d’être humain. D’ailleurs, en regardant bien, il y a quelque chose qui cloche. Les traits du visage de son mari sont en train de se brouiller. Un processus étrange et déroutant est en route …
Une écriture délicate, un regard pénétrant, ironique, une exploration drôle et poétique des doutes et des interrogations de la vie de couple : autant de qualités qui ont valu en 2016 à ce roman singulier le prix Akutagawa, le Goncourt japonais. (…)

Mon avis :

C’est une vision très caustique de l’homme japonais ou plus exactement du mari nippon : indifférent à sa vie de couple, froid, et voulant par-dessus tout ne penser à rien par tous les moyens possibles. En effet, qu’il se vide la tête devant des émissions de variétés, devant des jeux vidéos stupides, ou devant les fourneaux de la cuisine pour préparer des fritures, il se jette obsessionnellement sur ces activités, sans plus rien faire d’autre, comme atteint de compulsions irrépressibles. Cela inquiète sa femme, mais elle en vient aussi à s’interroger sur le sens de tout cela et sur sa propre attitude : pourquoi montre-t-elle tant de complaisance ? Et si, finalement, elle y trouvait aussi son compte ? Et si, progressivement, elle devenait comme son mari ? En quoi vont-ils finalement se transformer, sous l’influence l’un de l’autre ?
Un roman teinté de surréalisme et d’étrangeté, que j’ai trouvé à la fois très divertissant, surprenant, et fort intelligemment observé. On a parfois l’impression de se trouver devant un petit livre léger, vite lu et vite oublié, mais quand on fait bien attention à chaque détail, à chaque question posée, on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de profondeur.
Je conseille tout à fait ce livre ! Même aux jeunes couples enamourés, car cette histoire les fera rire …

Extrait page 50 :

Hakone a continué à parler en mangeant.
A propos, tu connais l’histoire de la boule de serpents ? Je ne sais plus où j’ai lu ça. Ou c’est peut-être quelqu’un qui m’en a parlé, il y a longtemps. Ce sont deux serpents qui mangent chacun la queue de l’autre. Ils se grignotent l’un l’autre, à la même vitesse, et pour finir, ça fait comme une boule avec seulement les deux têtes, avant qu’ils disparaissent en entier, engloutis jusqu’au dernier morceau. Tu vois ce que je veux dire ? Quelque part, pour moi, c’est ça, l’image du mariage. (…)

Mariage contre nature a été édité pour la première fois au Japon en 2016.
Je l’ai lu en Picquier Poche, dans une traduction de Myriam Dartois-Ako, publiée en 2020.

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18 Commentaires

  1. Le résumé de la quatrième de couverture laisse supposer une touche un peu fantastique. Ça me donne très envie de lire. Et j’aime les romans courts en général.

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    • Oui, l’aspect fantastique est assez développé, avec des métamorphoses plus ou moins symboliques et poétiques … c’est très subtilement évoqué. Et l’ironie est aussi très présente. J’ai beaucoup aimé !

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  2. L’image de la boule de serpents est extraordinairement dévastatrice. C’est sûr que ce n’est pas de la littérature légère. Je note immédiatement Yukiko Motoya sur ma liste de lectures. Merci Marie-Anne ! Danielle

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    • Cette image m’a paru très forte, c’est vrai ! Mais à côté de cela, le livre est aussi très ironique et un peu fantastique, comme si la vie de couple était une sorte de monde parallèle bizarre où tout peut arriver 🙂 Merci Danielle Bonne soirée 🙂

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  3. Merci du partage.
    Bonne journée, Marie-Anne.

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  4. Parfois le hasard fait bien les choses…

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  5. Très envie de me jeter sur ce livre, couverture attirante, sujet intéressant et oh combien actuel, citation de dingue et prix prestigieux… Je suis de nouveau attiré par la culture japonaise et j’aime bien. Belle journée. Alain.

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  6. Un très joli retour sur ce livre qui a obtenu un prix prestigieux Japon. J’ai plaisir à découvrir des romans d’autres cultures sur ton blog. La couverture est onirique ! Belle soirée Marie-Anne 🙂

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    • La couverture est très belle et m’a tout de suite tapé dans l’oeil 🙂 Ce roman est vraiment très joli et poétique. Belle soirée Frédéric !

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  7. J’ai lu de la même auteure « Comment apprendre à s’aimer » et j’ai beaucoup aimé. Je ne vais pas hésiter à lire celui-ci 🙂

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  8. Patrice

     /  18 juin 2020

    Je le note dans le cadre de ma découverte de la littérature japonaise en tout cas, même si le côté surréaliste me fait un peu peur. Au moins, je sortirai de ma zone de confort !

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    • Le côté fantastique ou surréaliste reste tout à fait compréhensible et pas trop déroutant, à mon avis ça ne devrait pas être un souci … Disons que l’histoire garde toujours un fond de réalité.

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