Deux beaux poèmes de Lucien Becker

J’avais déjà consacré un article aux poèmes d’amour de Lucien Becker (1911-1984) en janvier de cette année.
Voici deux autres de ses poèmes, extraits de « Rien que l’amour », publié chez La Table Ronde.

***

page 263

Chaque regard est le point final
que l’homme met à sa solitude
et il est impossible d’aller au-delà sans rencontrer
l’épaisseur de mille vies dont une est à peine vécue.

Le ciel est un peu de buée sur la fenêtre
au milieu de laquelle on s’égare comme en pleine mer.
Adossé à l’ombre comme à un contrefort,
on voit les maisons couler de toutes leurs voilures.

Il suffit qu’on reconnaisse son visage dans les vitres
pour que le monde redevienne la place
où le couchant se lisse comme un grand oiseau
et où les femmes sont les seules choses qu’on peut tenir contre soi.

Mais la plupart des jours sont des jours perdus
qui portent une date comme un soldat son matricule
et ils font du passé où ils reculent
la foule anonyme qui accompagne l’homme à sa mort.

***
page 120

Avant d’entrer dans les bois,
la pluie frappe aux feuilles
qui sont pour elles le seuil
d’une solitude sans poids.

Elle a parcouru tout l’espace
pour venir sans hâte couler
dans d’obscurs sentiers
où rien ne doit marquer son passage.

Il suffit pourtant d’un rayon de soleil
pour qu’éclate sa présence,
pour qu’un instant la forêt pense
aux vitres dont elle l’émerveille.

Un couchant doit surgir
de cet incendie d’eau
où la terre s’éclaire de ce qu’elle a de plus beau
parce qu’elle aime les forêts à en mourir.

LUCIEN BECKER

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6 Commentaires

  1. Coup de cœur pour les poèmes de Lucien Becker 💓
    Merci 🙏🙃🙂

    Réponse
  2. La couverture me plais beaucoup tout comme ces poèmes de Lucien Becker sur l’amour ! Mon poème préféré sur cette thématique est le Sonnet de Félix Arvers, tu le connais ? Je te le mets en commentaire. Merci Marie-Anne pour ce beau partage 🙂

    « Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
    Un amour éternel en un moment conçu :
    Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
    Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

    Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,
    Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
    Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
    N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

    Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
    Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
    Ce murmure d’amour élevé sur ses pas.

    À l’austère devoir, pieusement fidèle,
    Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle
     » Quelle est donc cette femme ?  » et ne comprendra pas.

    Il me fais chavirer le cœur à chaque fois ! 😉

    Réponse
    • Je comprends Frédéric, c’est un très beau sonnet romantique – un grand classique de la poésie amoureuse ! Je le connais car il figure dans beaucoup d’anthologies mais c’est toujours un plaisir de le relire 🙂 Merci d’avoir partagé !

      Réponse
  3. arbrealettres

     /  24 avril 2020

    oui un bonheur ses poèmes 🙂
    Ah merci pour la pluie 😉
    https://arbrealettres.wordpress.com/tag/(Lucien-Becker/

    Réponse

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