Deux poèmes de Richard Rognet sur le deuil


Bien que je vous aie déjà parlé de ce recueil il y a trois ou quatre mois, je souhaitais lui consacrer un deuxième article. Effectivement, ce livre Dans les méandres des saisons est suivi d’un second recueil intitulé Elle était là quand on rentrait, et qui évoque la mort de sa mère, ses sentiments à ce moment particulièrement douloureux.

Voici donc deux poèmes extraits de cette seconde partie.

Ce n’est pas au moment où elle tomba sur toi,
ta mort, qu’elle fut la mort, ni lorsqu’on
t’emporta, comme un paquet, hors de chez nous,
dans une housse grise dont le gris de la nuit,

lui-même fut troublé, non, ce n’est pas à ce
moment-là qu’elle fut la mort, mais bien après
ton départ, lorsqu’elle explosa dans la vie,
vivante dans la cuisine, en chaque ustensile

sorti d’un placard, sur la nappe débarrassée
de ses miettes, après les repas, vivante dans
le jour accroché aux rideaux, dans le jeu des

mésanges que rassemble le pin, vivante dans
le jardin où les rhododendrons se souviennent
des regards attendris que tu portais sur eux.

***

C’est en moi que tu es enterrée, non dans
ce froid caveau devant lequel je passe comme
une ombre que je ne connais pas. En moi,
tu es vivante, même ta mort est vivante,

les merles me le disent, les mésanges aussi,
et les premières pousses des cœurs de
Marie qui prendront le relai des crocus,
des anémones, des primevères. J’ai donné tes

habits, même les plus récents, quelques-uns
sont restés, dont je n’ai pu me séparer, j’ai
donné tes habits comme on offre des fleurs,

mais ils laissent dans ton armoire une place
infinie, parfois si douloureuse qu’il me
semble mourir encore plus loin que toi.

***

RICHARD ROGNET

Poster un commentaire

16 Commentaires

  1. Merci pour ces beaux poèmes…

    Réponse
  2. arbrealettres

     /  9 avril 2020

    Merci Marie-Anne 🙂
    Bonne journée .. le coeur, l’esprit non confiné 🙂

    Réponse
    • Oui, l’esprit en liberté avec la poésie, la musique et l’imagination 🙂
      Bon week-end Christian et Joyeuses Pâques malgré le confinement et les circonstances ! 🙂

      Réponse
  3. J’ai particulièrement aimé le second, qui me parle tant.
    J’ai perdu ma mère il y a six mois, mais je dis toujours qu’elle est encore vivante en nous, qu’elle est vivante chez ceux qui l’ont connue.
    Bonne journée Marie-Anne.

    Réponse
    • J’ai trouvé ces poèmes très vrais et très forts, la perte des parents est un sentiment très douloureux, que j’ai déjà éprouvé également avec le départ de mon père (il y a longtemps)..
      Je crois que la lecture de tels poèmes peut apporter un réconfort dans ces moments de deuil.
      Amicales pensées ! Et joyeuses Pâques Jean-Louis.

      Réponse
  4. Deux poèmes saisissant et qui révèlent une certaine réalité!
    Bonne journée Marie-Anne 🙂🌼

    Réponse
    • Bonjour Stephane, je crois en effet qu’on ressent ce type de sentiments à la mort d’un parent ou d’une personne très proche …
      Etant donné le contexte dramatique qui nous environne actuellement dans le monde, ces poèmes sont malheureusement de circonstances pour beaucoup de gens …
      Bon week-end Stephane et joyeuses Pâques 🙂

      Réponse
  5. La vie, la mort, le manque… si bien dit.

    Réponse
  6. C’est un très émouvant chant du départ que nous fait partager ce poète talentueux. Il possède cette sensibilité qui sans doute nous échappe, faute peut être de ne pas être suffisamment à l’écoute du monde, à l’affût des signaux nombreux qu’il nous envoie. A cela servent les poètes, ce qui fait d’eux des êtres exceptionnels et indispensables.
    Merci Marie-Anne pour ce partage.

    Réponse
    • Oui, les poètes trouvent les mots justes pour des émotions confuses que l’on a du mal à exprimer … Les poètes, dans ce sens, nous aident à mieux nous comprendre nous-mêmes.
      Merci Prince et Joyeuses Pâques !

      Réponse
  7. « C’est en moi que tu es enterrée, non dans
    ce froid caveau devant lequel je passe comme une ombre que je ne connais pas. En moi, tu es vivante, même ta mort est vivante, »
    Je trouve ce passage non seulement bouleversant mais aussi très beau dans ce qu’il exprime de l’amour inconditionnel d’un fils pour sa mère. Merci Marie-Anne pour ces partages de recueils de poésie qui sont toujours riches à découvrir. 🙂

    Réponse
    • Bonsoir Frédéric, tu as raison de dire que le chagrin du deuil est un sentiment plein d’amour. Donc il est positif à sa manière et doit être vécu pleinement … sans chercher à l’esquiver ou à le nier.
      Merci de ce beau commentaire ! Bon week-end et joyeuses Pâques !

      Réponse

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :