Deux Poèmes d’amour de Lucien Becker

Grand coup de cœur pour ce recueil de poèmes que j’ai trouvé tout à fait par hasard en librairie et qui contient de magnifiques textes.
Je consacrerai d’autres articles à ce poète qui me parait tout à fait merveilleux, aussi bien sur le thème de l’amour que sur la nature, la solitude, ou la condition humaine.

Voici la note de l’éditeur au sujet de l’auteur :
Lucien Becker (1911- 1984) publie ses premiers poèmes, qui paraîtront dans des revues, alors qu’il est au lycée. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il devient chef de service au ministère de l’Intérieur et aide de nombreux juifs à fuir le pays, puis se lie au maquis du Vercors. Il publie son dernier recueil, L’Eté sans fin, en 1961.

Rien que l’amour (Poésies complètes de Lucien Becker) est paru chez La Table ronde, dans la collection La Petite Vermillon en 1997, réédité en 2019.

***

page 139

Sur ton corps lisse de caillou
mes mains vont, forêts en liberté,
comme vers des sommets d’où je retombe,
source altérée de soleil.

Ton cœur est si proche de mon cœur
que nos artères se mêlent les unes aux autres
et ne retrouvent plus à nos fronts qu’une seule tempe
pour faire battre l’espace.

Bateau venu de la haute mer,
je vais très loin au fond de tes plages
et je me renverse dans les fougères
qui naissent de ton corps entr’ouvert.

Lorsque nous n’avons plus pour respirer
que l’air écrasé dans nos baisers,
le jour qui nous sépare a beau faire,
il n’arrive pas à être aussi nu que toi.

***

page 108

Je t’aime comme on aime un beau jour d’été,
immobile et très haut entre le matin et le soir.
Je pense à toi d’une façon tellement forte
que ton absence bat en moi comme une porte dans le vent.

Seule, maintenant, une mémoire aveugle me rappelle
les caresses dont ton corps enfermait mon corps
comme dans des forêts infranchissables,
mais elle ne peut me rendre le poids de ta chair.

Je te cherche en moi comme dans une ville déserte
et pourtant à chaque instant je te rencontre
comme la terre à chaque pas rencontre des sources
mais j’ai froid sans la chaleur de tes mains.

Et ta voix, ta voix qui me faisait vivre
comme la flamme fait vivre un brasier
ta voix n’est nulle part, même pas sur ma bouche
à laquelle elle se mêlait jusqu’au silence des baisers.

LUCIEN BECKER

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25 Commentaires

  1. Merci Marie-Anne pour ces deux beaux poèmes d’amour, qui disent si bien l’absence de l’être aimé, et la présence intérieure qui reste, loin de lui…
    Très belle journée à toi.

    Réponse
    • Merci pour ton commentaire très sensible et clairvoyant sur ces poésies ! Les poèmes sur l’absence de l’être aimé sont toujours très émouvants. Belle soirée Jean-Louis 🙂

      Réponse
  2. C’est très beau…

    Réponse
  3. Jacques Bekaert

     /  11 janvier 2020

    Merci, une decouverte. Superbes textes. Jacques Bekaert

    Réponse
  4. Bon jour,
    Belle découverte … une poésie qui me touche …
    Merci de pour le partage.
    Max-Louis

    Réponse
  5. Deux poèmes d’une belle intensité dans les mots, très agréable à lire! Bon week-end Marie-Anne ツ

    Réponse
    • J’ai trouvé aussi un grand plaisir de lecture avec ce recueil ! En même temps, le style est très lisible, on entre facilement dans ces poèmes.
      Belle semaine à toi Stephane et merci de tes mots et avis 🙂

      Réponse
  6. Forcément, la vie vue comme ça est beaucoup plus intense et merveilleuse. J’apprécie particulièrement qu’à notre époque il y ait encore des gens pour dire ces mots…

    Réponse
    • Oui, j’espère qu’on continuera à écrire de beaux poèmes d’amour dans les décennies et les époques futures … car ça ne se démode pas (à mon avis).
      Merci Pat de tes mots encourageants !

      Réponse
  7. Encore une belle découverte que celle de ce Lucien Becker. Merci Marie-Anne, excellent weekend à toi 🙂

    Réponse
  8. Quelle belle poésie, écrite du plus tendre de la plume, douce à faire frissonner de plaisir !
    Coup de cœur partagé, évidemment !

    Réponse
  9. Beau comme l’Amour. ❤
    Merci pour la découverte, Marie-Anne.

    Réponse
  10. En voilà un qui sait dire l’amour!

    Réponse
  11. Je ne connaissais pas l’auteur de cette écriture sensuelle dont les mots carressent avec une infinie délicatesse l’imaginaire de mes songes à venir. C’est magnifique, le premier poème cité ici est un nectar.

    Réponse
  12. arbrealettres

     /  13 janvier 2020

    Chouette le premier je ne «  » »l’avais » » » pas 😉
    Merci Marie-Anne 🙂
    https://arbrealettres.wordpress.com/tag/(Lucien-Becker/

    Réponse
    • Oui, j’avais lu tes quelques publications de Lucien Becker … il faut bien que mes propres choix se singularisent de temps en temps de ceux d’arbre à lettres 😀
      Un très beau livre que celui de ses oeuvres complètes !
      Bonne fin de journée Christian !

      Réponse
      • arbrealettres

         /  13 janvier 2020

        oh pas de mal … il y a TELLEMENT de poètes… tout écrivain finalement … et même .. les autres 😉
        Bonne soirée Marie-Anne 🙂

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