Quelqu’un de Robert Pinget


J’ai lu ce roman car il m’a été conseillé par mon ami le poète Denis Hamel qui m’a aussi prévenue de bien m’accrocher au début car ce n’est pas une lecture facile, et effectivement ce fut un judicieux conseil.
Ce roman a été écrit dans les années 60 et publié aux éditions de Minuit, il s’inscrit dans la vague du Nouveau Roman.

Dans ce livre, un narrateur s’acharne à essayer de raconter de manière exhaustive une de ses journées parmi les plus banales, sa vie quotidienne de son lever à son coucher et, comme il n’a pas très bonne mémoire il doit s’y reprendre à plusieurs fois pour retrouver les détails, les faits marquants et les personnes qu’il a croisées.
Ce narrateur est un homme sans doute déjà un peu âgé, désabusé, maniaque, avec un fond d’aigreur et de mélancolie, peut-être même de désespoir.
Il dirige depuis dix ans avec un associé une pension de famille où logent une dizaine de locataires, généralement vieux, pauvres et un peu mesquins.
Il cherche depuis le matin un bout de papier indispensable à ses travaux de botanique car il aime herboriser dans la campagne.

Mon avis :

C’est un long discours décousu et chaotique dans lequel nous sommes entraînés. Pendant le premier tiers du livre, je me demandais où tout cela menait, je faisais des hypothèses et je suis partie plusieurs fois sur des fausses pistes, en imaginant qu’il allait se produire des drames ou des incidents.
Par la suite, on commence à vraiment se repérer dans l’histoire, les lieux, les personnages et tout devient beaucoup plus clair et cohérent, mais il faut accepter cette confusion initiale, ce que le lecteur n’est pas forcément disposé à faire a priori.
On s’aperçoit finalement que ce roman aborde des sujets extrêmement divers et riches : le temps, la vieillesse, les relations humaines, le bonheur et la solitude, la monotonie et l’ennui de l’existence, …
Il y a par ailleurs beaucoup de traits humoristiques, des jeux de mots, un sens de l’absurde et du ridicule, des situations un peu pitoyables mais amusantes.
Malgré tout, en refermant la dernière page, c’est un sentiment de tristesse qui l’emporte.
J’ai bien aimé ce livre et le relirai certainement pour mieux comprendre le premier tiers.

Voici un extrait page 148-149

(…) Je n’ai plus besoin de dire que le mois de juillet me fait rendre l’âme. On dit que c’est souvent le cas pour les personnes qui sont nées ce mois, et c’est mon cas. Je me réjouis de voir venir le mois d’août qui ne fait presque pas de différence et ensuite c’est septembre, l’été est fini et on regrette bien l’été. C’est un peu comme la salade, je ne sais plus si j’aime l’été. Je sais que je suis malade en juillet, comme je le suis en ce moment, il faut bien admettre que je suis malade et que des fois je me sens mieux en septembre mais c’est de nouveau la charrue à chien comme on dit qui recommence, ils rentrent tous de vacances et c’est pire qu’en été. Je devrais pouvoir arriver à trouver si je suis moins malade en septembre qu’en été mais ça serait difficile. Il faudrait que je sois en même temps en juillet et en même temps en septembre pour pouvoir comparer.(…)

Poster un commentaire

8 Commentaires

  1. frédéric perrot

     /  7 janvier 2020

    Bonjour et bonne année !

    J’ai publié hier soir sur mon blog une petite chronique consacrée à votre livre, Buées dans l’hiver. C’est court, mais j’espère que le texte et la publication vous plairont !

    Bien cordialement
    Frédéric Perrot

    Réponse
  2. Oui, le nouveau roman n’est pas toujours facile à appréhender. Si j’ai beaucoup aimé lire Nathalie SARRAUTE, j’ai beaucoup plus de mal avec Alain Robbe-Grillet, par exemple.
    Sinon, cette tentative d’épuisement par les détails d’une description (ici d’une journée ordinaire) me fait penser à un autre de mes écrivains préférés, Georges PEREC!
    Belle journée à toi, Marie-Anne.

    Réponse
    • J’avais commencé La Jalousie de Robbe-Grillet mais n’accrochais pas du tout …
      Moi aussi j’aime bien Nathalie Sarraute, plus agréable à lire me semble-t-il.
      J’ai trouvé que Pinget était un très bon auteur, je ne regrette pas de l’avoir lu. J’en garde une impression assez forte, même plusieurs semaines après sa lecture …
      Belle soirée Jean-Louis !

      Réponse
  3. Les thèmes du livre me parlent alors je vais peut-être essayer…

    Réponse
  4. J’aime l’idée du ressassement perpétuel, ce caractère redondant de la prose qui la rend absconse mais aussi très enroulée sur elle même. Pas facile à lire, j’imagine bien.
    Encore un bel article qui donne envie.

    Réponse
  5. Une expérience de lecture pour le moins originale. Je le note. Belle soirée Marie-Anne 🙂

    Réponse

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :