Le libraire de Gérard Bessette

J’ai lu ce roman, un classique de 1960, par curiosité pour la littérature québécoise que je connais très peu.
Cette lecture participe au défi de Madame Lit de décembre 2019, où il fallait lire un livre découvert sur un blogue littéraire. C’est en effet le blogue de Goran, « Des livres et des films » qui m’a donné envie de lire Le Libraire.
Gérard Bessette (1920-2005) est un écrivain, poète et critique littéraire québécois. Il obtient le Prix du grand jury des lettres en 1961 pour Le Libraire, son roman le plus connu.

Le début de l’histoire :

Monsieur Jodoin, un homme bourru, misanthrope et paresseux, célibataire endurci, déjà grisonnant et peu soigné, va s’installer dans la ville de Saint-Joachim où il vient de trouver un emploi de libraire. Il espère avoir là-bas le moins de travail possible et surtout nouer le moins de contacts humains possibles car les gens l’ennuient. Il prend un plaisir particulier à décourager tous les clients qui lui demandent conseil pour l’achat d’un livre, les aiguillant vers des ouvrages ennuyeux ou argotiques, pour qu’on le laisse tranquille. Mais un jour, son patron, Monsieur Chicoine, lui révèle un secret tout à fait crucial : l’existence d’un cagibi, attenant à la librairie, qu’il appelle « le Capharnaüm » et qui recèle des livres interdits par la Censure, réprouvés par l’Eglise, par exemple Zola, Voltaire, Renan, et plusieurs autres classiques du même style. Monsieur Jodoin aura pour mission de vendre ces livres à des « clients sérieux » et dans la plus grande discrétion. L’existence du Capharnaüm doit absolument rester secrète. (…)

Mon Avis :

C’est un roman court, de moins de 150 pages, qui se lit d’autant plus facilement que les rebondissements sont nombreux et que l’humour est présent à chaque page. Cet humour est surtout dû au personnage principal, Monsieur Jodoin, dont le mauvais esprit et le laisser-aller paraissent très décalés en comparaison avec son entourage. Alors que la petite ville est soucieuse des convenances, du qu’en dira-t-on, des dogmes religieux, Monsieur Jodoin met systématiquement les pieds dans le plat, avec roublardise et indépendance d’esprit, mais aussi beaucoup d’indifférence à l’opinion des autres.
J’étais étonnée de savoir que les classiques francophones étaient censurés au Québec dans les années 1960, je ne vois pas trop ce qu’il y a de si choquant chez Zola ou Maeterlinck et ça donne une vision de l’Eglise pas très propice à la culture et, pour tout dire, obscurantiste. Cette idée est présente en filigrane tout au long du roman, sans jamais attaquer les curés de front, mais par l’humour beaucoup de choses sont exprimées, avec finesse et élégance.
Un livre que j’ai lu avec énormément de plaisir et dont le héros restera gravé dans ma mémoire car il représente un type de caractère haut en couleur et particulièrement réjouissant.

Extrait page 29 :

(…) Même quand des bouquineurs traînassent le long des rayons, ouvrent et ferment tranquillement des livres – pourvu qu’ils restent silencieux, je ne m’y oppose pas non plus. Je me contente de ne pas les regarder – ce qui est facile grâce à une grande visière opaque que je me rabats sur le nez. Je me dis qu’ils finiront bien par fixer leur choix ou ficheront le camp sans m’adresser la parole.
Mais ceux que je peux difficilement supporter, ce sont les crampons qui s’imaginent que je suis là pour leur donner des renseignements, des consultations littéraires. Seule la pensée que je serai obligé de déménager si je les rudoie trop m’empêche de les foutre à la porte. « Que pensez-vous de tel auteur ? Avez-vous lu tel livre ? Ce roman contient-il assez d’amour ? Croyez-vous que celui-ci soit plus intéressant que celui-là ?  » A ces dégoûtants questionneurs, malgré l’effort plutôt vigoureux que l’opération exige, je serais tenté de mettre mon pied au cul. (…)

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19 Commentaires

  1. Je suis très content que tu aies aimé…

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  2. De choquant chez Zola ? Oh, je suppose par exemple l’omniprésence de l’alcool, toute la vie – et la mort – de Nana, ou le Maheu sur la Maheude dans Germinal… cela étant, je suppose aussi que toute religion a un aspect obscurantiste…

    Réponse
      • Je voulais écrire la « faute » de l’abbé Mouret, mais mon clavier m’a censuré !

      • Un clavier obscurantiste 🙂 Oui, la faute de l’abbé Mouret n’est pas un livre terriblement érotique si je me souviens bien … ça reste très convenable.

      • La mise à l’index n’était pas justifiée que par le fait d’écrits érotiques. Les attaques contre la religion étaient jugées encore plus impies que la simple description de faits érotiques, puisque c’était l’institution même de l’église qui était remise en cause. Et attaquer un membre du clergé, c’était attaquer l’église.
        Il n’est que de voir, de nos jours encore, le mal qu’à l’église à traiter du cas des prêtres pédophiles, et la solidarité surprenante (pour un regard externe) que l’institution a vis-à-vis de ces faits qui sont qualifiés civilement de criminels.

      • Oui, c’est vrai … et ça parait toujours bizarre pour un esprit laïc – on a du mal à imaginer ce genre de repli sur soi, de rejet de tout ce qui dérange …

    • Oui mais chez tous les grands écrivains on peut trouver des scènes de ce style. Si on interdit Zola je pense qu’on doit interdire 90% de la littérature voire plus … Merci Petit être ! 🙂

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  3. Bien envie de me procurer ce livre car j’aime les capharnaüm interdits par l’Église… Belle journée

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  4. Un riche capharnaüm! Etrange censure…

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  5. Je ne me rappelle pas de ce titre… Tu as bien éveillé ma curiosité !

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  6. Je suis bien heureuse de lire ce billet chez toi… et bien contente que tu l’aies aimé. Titre noté pour le bilan :). Merci!

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  1. Madame lit son bilan de décembre pour le défi – Madame lit

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