Un extrait d’Aurélia de Nerval

J’avais essayé de lire ce grand classique de la littérature romantique dans les années 90, mais n’étais pas du tout rentrée dans ce monde onirique et j’avais abandonné.
J’ai donc retenté il y a quelques jours, et j’ai beaucoup plus apprécié cette prose poétique étrange, tantôt merveilleuse tantôt douloureuse.
Nerval nous immerge dans son délire, nous suivons le fil incohérent de ses pensées, de ses interprétations et de ses impulsions comme si nous étions plongés dans un rêve ou un cauchemar.

Voici un extrait page 88 :

C’est ainsi que je m’encourageais à une audacieuse tentative. Je résolus de fixer le rêve et d’en connaître le secret. Pourquoi, me dis-je, ne point enfin forcer ces portes mystiques, armé de toute ma volonté, et dominer mes sensations au lieu de les subir ? N’est-il pas possible de dompter cette chimère attrayante et redoutable, d’imposer une règle à ces esprits des nuits qui se jouent de notre raison ? Le sommeil occupe le tiers de notre vie. Il est la consolation des peines de nos journées ou la peine de leurs plaisirs ; mais je n’ai jamais éprouvé que le sommeil fût un repos. Après un engourdissement de quelques minutes une vie nouvelle commence, affranchie des conditions du temps et de l’espace, et pareille sans doute à celle qui nous attend après la mort. Qui sait s’il n’existe pas un lien entre ces deux existences et s’il n’est pas possible à l’âme de le nouer dès à présent ?
De ce moment je m’appliquais à chercher le sens de mes rêves, et cette inquiétude influa sur mes réflexions de l’état de veille. Je crus comprendre qu’il existait entre le monde externe et le monde interne un lien ; que l’inattention ou le désordre d’esprit en faussaient seuls les rapports apparents, – et qu’ainsi s’expliquait la bizarrerie de certains tableaux, semblables à ces reflets grimaçants d’objets réels qui s’agitent sur l’eau troublée. (…)

***

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21 Commentaires

  1. J’aime bien l’extrait…

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  2. Nerval est pour moi très proche de certains psychotropes : si l’expérience ne rebute pas, l’addiction guette…

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  3. J’ai moi aussi beaucoup de mal à entrer dans ce texte. Alors que la poésie de Nerval m’enchante.

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  4. lanefauxmillerunes

     /  3 septembre 2019

    Autant la poésie de Nerval m’a chavirée , autant m’est resté hermétique . j’ai pourtant retenté l’an dernier sans succès … à croire que l’on est bien au clair qu’avec ses propres rêves …

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  5. Tu confirmes ton inclinaison saine pour cette forme psychotique-artistique. La difficulté qu’elle recèle et qui rebute beaucoup tient d’une clairvoyance émotive demandant une disponibilité particulière qui dépasse l’obscurité coutumière du net dans laquelle se ruent une quantité incroyable de personnes.
    Merci Marie-Anne, je t’embrasse d’autant..

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    • j’apprécie votre manière de décrire en miroir l’obscurantisme des visiteurs de blogs, que l’on pourrait qualifier aussi de « sightseenners »…qui invite effectivement à l’inclinaison(douce pente savonneuse) des formes psychotiques artistiques, ne serait-ce que pour trouver la paix…..

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    • Bonjour Niala, je trouve effectivement que l’art et la folie vont très bien ensemble : exploration du monde intérieur, approche de ses limites, travail de l’imaginaire, etc. Quand on pense à l’art brut au romantisme ou au surréalisme, le rapport entre les deux est évident. J’ai conscience bien sûr que de tels thèmes ne sont pas populaires sur le Net mais moi ça me plait …

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  6. Aurélia, c’est beau. Cependant, ce qu’il faut lire surtout de Nerval, ce sont les Filles du feu et notamment Sylvie, sa plus belle nouvelle.

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  7. Un rêve de rêve sans doute… mais la tentative poético-scientifique d’analyse est intéressante car elle fixe vraiment la différence entre un chercheur et un poète. J’y trouve de la part de Nerval une sorte d’humour car j’espère…qu’il ne parle pas sérieusement…encore que avec les substances…on peut sans doute confondre les rôles.

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    • Disons que Nerval semble découvrir le pouvoir de l’inconscient plusieurs décennies avant Freud et son idée d’explorer le psychisme par le biais du rêve peut faire penser aux expériences des surréalistes, par exemple Desnos … Je trouve ce texte tout à fait précurseur.

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      • . Merci à toutes et tous pour ces éclairages avant la lecture de cet ouvrage que je suis impatient d’ouvrir pour tout ce qui en est dit….

  8. Merci pour cet extrait d’Aurelia que je n’ai pas pu me résoudre à lire… Je découvre ( point vue scientifique! ) une super description du processus naturel d’hypnose ( ou de méditation) , une folie ordinaire s’il en est, ce jeu de l’espace intérieur et extérieur et de ses effets, en fonction de l’état de présence, ou pas . Merci… l’art garde ses mystères, sa singularité, sa liberté , comme l’humain j’espère

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    • Ce point de vue scientifique est intéressant ! Je n’avais pas fait le rapprochement avec l’hypnose. Ce sont en tout cas des Etats de Conscience Modifiés qui peuvent nous apprendre beaucoup sur nous-mêmes. Merci Véronique de votre commentaire 🙂

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