Une femme, d’Annie Ernaux


Après La Honte et Ce qu’ils disent ou rien, j’ai donc poursuivi ma découverte de l’oeuvre d’Annie Ernaux, avec Une femme, un livre consacré à sa mère.
Elle commence l’écriture de ce livre à la mort de sa mère, et met dix mois à l’écrire, mais pour autant ce livre ne retrace pas les étapes du travail de deuil, et on a l’impression que l’auteure est toujours aussi affectée et triste dans les dernières pages que dans les premières.
Ce livre est une biographie de la mère d’Annie Ernaux, qui fut une jeune ouvrière puis une commerçante ambitieuse, et qui aimait la religion, les livres, et rêvait que sa fille s’élève dans l’échelle sociale grâce aux études.
Annie Ernaux nous confie que son but, à travers ce livre, est à la fois sociologique et historique, ce qui est également vrai pour ses autres livres. Mais, dans celui-ci, la charge émotionnelle est extrêmement forte et on sent tellement l’amour de l’auteure pour son sujet, que l’objectivité froide et analytique, caractéristique de son style habituel, n’apparaît plus beaucoup ici.
Ce livre s’intitule « Une femme », comme pour mettre à distance le rôle de mère, ou pour généraliser à toutes les femmes de son époque et de sa classe sociale la personnalité de cette mère, maîtresse-femme de fort tempérament, mais ce n’est pas à un prototype que nous avons affaire dans ce livre : c’est à un être individuel, de chair et de sang, avec ses réactions et ses paroles.
J’avais lu il y a quelques années La Place, le livre qu’Annie Ernaux a consacré à son père, et j’ai largement préféré Une femme, beaucoup plus émouvant, et même poignant dans la dernière partie avec la démence qui a frappé sa mère dans sa vieillesse.
Annie Ernaux nous confie dans Une femme qu’il lui est arrivé de détester cette mère et, en part égale, de l’adorer, elle ne nous cache pas leurs disputes, leurs incompréhensions mutuelles, leurs exaspérations l’une envers l’autre, mais malgré tout on sent cet attachement charnel, viscéral, et cela nous touche profondément.
Un livre qui renvoie chacun à sa propre histoire et à ses sentiments.

Extrait page 22

Je vais continuer d’écrire sur ma mère. Elle est la seule femme qui ait vraiment compté pour moi et elle était démente depuis deux ans. Peut-être ferais-je mieux d’attendre que sa maladie et sa mort soient fondues dans le cours passé de ma vie, comme le sont d’autres événements, la mort de mon père et la séparation d’avec mon mari, afin d’avoir la distance qui facilite l’analyse des souvenirs. Mais je ne suis pas capable en ce moment de faire autre chose.

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5 Commentaires

  1. Bel hommage au Féminin et à ces drôles de « couples » ou « d’attelages »… vous avez du entendre parler du travail de Sophie Calle à ce sujet…
    http://expo-photo.blog.lemonde.fr/2012/07/07/sophie-calle-et-sa-mere-toute-une-histoire/
    Fascinant et bouleversant, mon fils aîné m’a offert un de ses livres, récemment, dédié à sa maman Monique,

    Réponse
    • Merci de cette référence à Sophie Calle. Mais à vrai dire je connais mieux Annie Ernaux et j’ai plus envie d’approfondir son oeuvre. Sophie Calle est très controversée. C’est intéressant de voir que les femmes artistes ont souvent des liens très forts avec leur mère, ou avec l’image de la maternité. Mais les hommes écrivains rendent eux aussi souvent hommage à leur mère.

      Réponse
      • Découverte d’Annie Ernaux, j’ai adoré étudié la sociologie et la psycho socio en particulier et je vois que la Dame est férue de sociologie….. Alors que vous écriviez ce commentaire relatifs aux liens des femmes artistes avec leurs mères, voilà ce que j’écrivais ( je ne suis ni artiste ni femme, ni écrivain!!!): « (…) Que en Femme et de cette réalité dans notre relation, vous donnez vie à ce qui en moi agit depuis la prise de conscience de mon identité et ce vraisemblablement, dans la corbeille aimante des bras d’une femme, ma génitrice autrement nommée ma mère, une maman…, dès ma venue au Monde et comme tout un chacun, (enfin, pour le plus grand nombre!)
        ce n’est pas forcément genré ce que je dis là, mais, j’en ai le regard propre à mon genre masculin, à votre égard, et à votre attention, dans le choix de mon expression (…), » Sophie Calle est une artiste complète, pas seulement auteure…, il est vrai qu’elle rend beaucoup compte par écrits, mais par photographie aussi….

  2. Alain J

     /  28 juin 2019

    Bonjour, j’ai un bon souvenir de lecture de la Place et d’Une femme, mais j’ai surtout aimé ses journaux comme Les Années ou Journal du dehors.

    Réponse

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