Quelques poèmes de Roberto Juarroz


Ces quelques poèmes sont extraits de La Quatorzième Poésie Verticale de Roberto Juarroz, que j’ai découverte grâce au blog Arbre à Lettres, et qui m’a tout de suite séduite par sa grande limpidité et ses thématiques métaphysiques, d’une profondeur souvent vertigineuse.
Ce livre est paru chez José Corti.

Roberto Juarroz (1925-1995) est un poète argentin, une des voix majeures de la poésie contemporaine.

***

101

Seule la lézarde de la privation
nous rapproche de la rencontre.
Et si la rencontre se produit
peu importe qu’elle soit une autre lézarde.

Seulement ici trouverons-nous
le secret de la première.
Pourquoi ressentons-nous ce qui n’est pas
comme une privation ?
Est-ce la seule façon
de le faire exister ?

***

104

Certaines fois la musique occupe la première place,
mais d’autres elle se retire au second plan
et laisse courir en nous
quelque chose de plus cher qu’elle-même.

Or y a-t-il quelque chose de plus cher que la musique,
quelque chose qui coure comme elle
et qui comme elle nous sauve ?
Quelque chose qui puisse nous envelopper
sans que l’on sache si elle le fait
du dehors en dedans
ou du dedans en dehors ?

Tout ce qui sauve
doit pour un moment se retirer
afin qu’une autre chose nous sauve.

La liberté de l’homme est si grande
qu’elle ne peut même pas se borner
à un seul degré de salut.

***

110

Les réponses ont pris fin.
Peut-être n’ont-elles jamais existé
et elles ne furent que miroirs
confrontés avec le vide.

Mais à présent les questions ont pris fin aussi.
Les miroirs se sont brisés,
même ceux qui ne reflétaient rien.
Et il n’y a pas moyen de les refaire.

Pourtant,
Peut-être reste-t-il quelque part une question.
Le silence est aussi une question.

Il reste un miroir qui ne peut pas se briser
parce qu’il ne se confronte avec rien,
parce qu’il est à l’intérieur de tout.

Nous avons trouvé une question.
Le silence sera-t-il une réponse aussi ?
Peut-être, à un moment déterminé,
les questions et les réponses sont exactement pareilles.

***

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13 Commentaires

  1. Crémieu-Alcan

     /  8 juin 2019

    Merci beaucoup, une poésie qui va éclairer ma journée.

    Réponse
  2. La cour des grands Marie-Anne…

    Réponse
  3. magnifique expression!

    Réponse
  4. Merci pour la découverte, Marie-Anne. 104 me parle beaucoup 🙂

    Réponse
  5. arbrealettres

     /  8 juin 2019

    un GRAND plaisir aussi pour moi .. découvert il n’y a pas si longtemps
    et heureux de t’avoir fait découvrir 🙂
    Oui limpide et profond.. de la Poésie comme j’Aime 🙂
    Bon wk Marie-Anne
    Christian

    Réponse
    • Oui, je trouve que sa poésie est tout à fait nouvelle, insolite ! Merci Christian 🙂 Bonne fin de journée.

      Réponse
      • arbrealettres

         /  12 juin 2019

        oui envie de commander TOUS ses recueils 🙂 🙂 🙂
        Bonne soirée Marie Anne
        Ch.

  6. Je vois que nous avons parfois les mêmes sources de découverte 😀 . Arbrealettres , inestimable passeur. J ‘y avais aussi découvert Roberto Juarroz , et je fut conquise … Ce poème 104 sur la musique est d’une justesse magnifique . Merci donc pour ce partage

    Réponse
    • Oui, arbre à lettres fait un travail tout à fait merveilleux ! Je suis bien d’accord. Son blog recèle des trésors. Merci de votre passage et de vos mots 🙂

      Réponse

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