Trois poèmes de William Cliff

Ces trois poèmes sont extraits du recueil Au nord de Mogador, paru chez Le Dilettante en 2018.
William Cliff est un poète belge né en 1940, dont l’oeuvre a reçu de nombreux prix et distinctions (Prix Goncourt de la poésie en 2015 pour l’ensemble de son oeuvre, entres autres).

***

Petit insecte humain

Petit insecte humain qui rampes sur la terre,
dont l’incertain destin te désole et t’atterre,
quand par un soir d’été tu t’en vas plein de doute
écoutant la rumeur qui vient d’une autoroute,

et qu’elle te semble extraordinaire quand même
et palpitante l’existence que tu mènes
malgré les cruautés qui sévissent parfois
entre quelques cités travaillées par des voix

méchantes qui font que comme des sales bêtes
les hommes s’entretuent pour d’ineptes prétextes,
oui par ce soir magique qui s’intensifie,
tu dis merci de pouvoir vivre cette vie

et dans le matin déjeuner assis dehors
recevant du soleil ses merveilleux trésors.

***

Dans l’ancien temps

Dans les temps très anciens, lorsque j’étais « heureux »,
je prenais un grand bain chaque vendredi soir,
puis je sortais en ville avec un air peureux,
espérant que quelqu’un allait m’apercevoir.

Et j’allais m’entasser dans ces folles cohues,
dans ces caves rompues de décibels cruels,
je jetais mes regards vers des vies inconnues,
vers des gens attendant de merveilleux duels.

Et nous rentrions par les défilés de la ville,
nous remontions mes cinq étages, nous allions
nous rouler corps à corps dans l’étreinte fébrile,
nous aimant jusqu’à ce que nous éjaculions.

Au matin, prétextant n’importe quoi, je jette
cet amour usagé dans la ville déserte.

***

Une auditrice

Elle ne m’écoutait que d’oreille distraite
parce que sa tête ne serait jamais prête
à prendre de moi nulle information valable.
Puisque je suis quelqu’un d’à peu près négligeable,
comment pourrais-je dire rien d’intéressant ?
En conséquence elle me considérait sans
que ma parole atteigne sa noble attention.
Vous connaissez ces gens de tant de prétention
qui ne sauraient apprendre miette de quiconque,
c’est comme souffler en une marine conque
dont le son s’irait perdre au désert de la mer.
« Amen ! me dis-je, allons ! j’ai perdu ma salive,
il arrivera encor que cela m’arrive ! »

***

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25 Commentaires

  1. J’aime beaucoup…

    Réponse
  2. Écrirature

     /  25 novembre 2018

    Dès le premiers vers il y a une fôte d’orthographe mais de tout façon je ne suis guère friand de cela. Bon dimanche !

    Réponse
    • Je ne vois pas la faute d’orthographe, pourtant je recopie toujours scrupuleusement les textes et poèmes … mais il m’arrive d’être étourdie. Où vois-tu cette faute ?
      Bon dimanche !

      Réponse
  3. Écrirature

     /  25 novembre 2018

    « Petit insecte humain qui rampes sur la terre » un « s » de trop voilà sinon moi qui suis abreuvé de Rimbaud, Baudelaire, Lautréamont, cette poésie me paraît d’une trop grande simplicité, voire un peu banale mais je suis très exigeant et donc pas une référence en terme de perception de lecteur moyen, ce qui compose en général l’auditoire des blogs.

    Réponse
    • Pour moi il n’y a pas de « s » de trop car le sujet est le « tu » … et d’ailleurs c’est bien imprimé ainsi dans le livre, je n’ai rien modifié.
      William Cliff est un poète contemporain important, qui a reçu de nombreuses distinctions dont le Goncourt de la poésie, donc je ne crois pas qu’on puisse le considérer comme banal ou réservé aux « lecteurs moyens des blogs » (merci pour eux Lol).
      Quant à la simplicité, il s’agit d’une belle qualité artistique – certainement bien plus admirable que la complication.
      Moi aussi j’adore les grands poètes du 19è siècle mais la poésie a évolué depuis cette époque.

      Réponse
      • Écrirature

         /  25 novembre 2018

        Tout ce qui est imprimé n’est pas parole d’évangile !!! Les coquilles et les erreurs involontaires d’auteurs existent. Je maintiens, pas de « s » ! Le sujet n’est pas « tu » car justement le « tu » est tu ! Le sujet est « petit insecte » = troisième personne du singulier. Quand à l’évolution de la poésie j’appelle cela une régression ou une absence de relève. Normal en matière de littérature l’absence de génies voire de talents se fait également sentir quand on compare au XIXème siècle !

      • Écrirature

         /  25 novembre 2018

        PS : le Goncourt de nos jours n’est plus du tout une référence c’est du marketing !!

      • Pour le roman oui. Pour la poésie, non. Je ne pense pas que des poètes comme Jaccottet Gofettte Clancier ou Anise Koltz soient des produits marketing … des poètes talentueux il y en a beaucoup au 21è siècle, encore faut-il se donner la peine de les chercher chez les grands et les petits éditeurs.

      • Écrirature

         /  25 novembre 2018

        Certes mais je n’aime pas du tout l’écriture de ces auteurs, j’ai des goûts très arrêtés en matière de poésie et je n’y trouve ni folie ni lyrisme ni invention, rien qui mérite de survivre à la postérité mais bien sûr c’est une vision personnelle et tant mieux pour eux s’ils plaisent au grand public.

      • Rimbaud disait « Il faut être résolument moderne » – on ne peut pas vivre dans l’adoration d’un passé idéalisé au détriment d’un présent dénigré parce que mal connu.

      • Écrirature

         /  26 novembre 2018

        Pas envie de connaître ce qui me déplaît après avoir goûté…. 🙂

  4. Écrirature

     /  25 novembre 2018

    Toi petit insecte humain qui rampes sur la terre serait correct mais le « toi » sous-entendu a été omis et ce n’est qu’ensuite que l’auteur tutoie l’insecte et la conjugaison devient alors exacte. Mais « Petit insecte humain qui rampe sur la terre » doit s’écrire ainsi et non rampes.

    Réponse
  5. Il n’y a ici aucune faute d’orthographe et, bien que je ne sois pas très touchée par ces poèmes, je vous remercie de nous les faire lire et de nous faire découvrir des poètes contemporains.

    Réponse
    • Merci Quyên ! Effectivement, il n’y a aucune faute …
      J’essaye sur ce blog de faire connaître la poésie contemporaine dans sa richesse et sa diversité. Alors forcément, certains poètes toucheront plus ou moins tel ou tel lecteur, mais l’essentiel c’est de pouvoir choisir et, peut-être découvrir de belles choses …
      Je vous remercie de votre commentaire, qui me fait très plaisir 🙂

      Réponse
  6. La découverte, oui… et sa richesse. Et ce blog en est un beau reflet. 🙂
    Je découvre donc William Cliff et la simplicité de sa poésie n’a rien de simple quand elle exprime avec autant de finesse des images, des sons, des couleurs qui me viennent à sa lecture.
    Merci Marie-Anne, j’ai beaucoup apprécié.

    Réponse
  7. Écrirature

     /  28 novembre 2018

    Il y a une faute mais votre ego refuse de la voir et ensuite on connaît les affres du copinage et des basses flatteries sur les réseaux sociaux…

    Réponse
    • Puisque vous méprisez à ce point les blogueurs et ce qu’ils écrivent, pourquoi perdez-vous votre temps parmi eux ? Quant à mon ego il n’arrive pas à la cheville du vôtre. Frog est prof de français donc si elle dit qu’il n’y a pas de faute je la crois.

      Réponse
  8. Anthony Ryo

     /  8 août 2019

    J’arrive un peu tard pour soutenir Cliff, mais M. Ecrirature devrait savoir que :
    « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » est très clair et beau parce qu’évident…

    Réponse
  9. Anthony Ryo

     /  21 août 2019

    Bonjour, ce n’est pas vraiment un commentaire mais pour savoir si on peut vous envoyer un recueil édité.
    Cordialement,
    Anthony Ryo

    Réponse
    • Merci de cette aimable proposition mais j’achète moi-même mes lectures selon mes goûts et intérêts. Je ne saurais donc accepter votre recueil, désolée.

      Réponse
      • Anthony Ryo

         /  3 septembre 2019

        Je comprends. Comme c’est un bouquin qui n’est pas visible dans beaucoup de librairies, j’ai voulu tenter ma chance. Voici un extrait (un appât, pensai-je fourbement) :

        LA PIERRE

        La pierre
        sur laquelle une grive
        a brisé des coquilles d’escargot
        jaunes et roses, cerclées de noir,
        gît en partie enfoncée dans la terre
        comme un grand corps dont le visage
        serait tourné vers l’origine. Ainsi
        les signes se déplacent entre les âges
        et nous sommes les récepteurs indécis
        de leur éclatement.

      • Bonjour, votre poème est joliment tourné et ressenti, bravo. Mais à vrai dire je ne souhaite pas divulguer mon adresse postale et m’exposer ainsi. Si j’ai l’occasion de trouver votre livre en librairie, je le consulterai avec attention …

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