Le cul de Judas, d’Antonio Lobo Antunes

J’ai lu ce roman dans le cadre d’une nouvelle lecture commune avec Goran, du blog des livres et des films, que je vous invite à visiter de ce pas : ici.

Le cul de Judas est le deuxième roman de l’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes (né en 1942, à Lisbonne), et a été publié en 1979. Je l’ai lu dans une traduction de Pierre Léglise-Costa, publiée aux éditions Métailié.

Dans ce livre, un homme parle à une femme dans un bar de Lisbonne. Il cherche sans doute à la séduire, à l’amener chez lui, mais son mode de séduction est pour le moins insolite : il lui raconte les deux années qu’il a passées en tant que médecin militaire en Angola, pendant la guerre coloniale. Sur tout son récit plane l’ombre de Salazar, le dictateur portugais, resté au pouvoir entre le début des années 1930 et 1970, et de ses milices ou polices politiques. Ce narrateur, cet homme dans ce bar, raconte les horreurs et l’absurdité de la guerre mais évoque aussi parfois son enfance, sa famille rigide et austère, et également la femme qui l’attendait à Lisbonne, avec leur petite fille, pendant qu’il était en Afrique. Pourquoi ce titre « le cul de Judas » ? D’après ce que j’ai compris, cette expression portugaise signifie « un trou perdu », un endroit reculé, oublié de tous. La femme du bar, celle à qui il confie tous ses souvenirs, ses amertumes, ses rancoeurs, l’écoute sans rien dire, et nous ne saurons jamais ce qu’elle pense de cet incroyable récit ni même comment elle s’appelle.
Mais je ne vous aurais rien dit de ce roman si je ne vous parlais pas de son extraordinaire écriture, faite de longues phrases, pleines de subordonnées, riches de métaphores surprenantes, rapprochant entre elles des réalités apparemment éloignées, pour des effets d’une merveilleuse poésie.
Et, effectivement, j’ai lu ce livre davantage comme un long poème que comme un roman classique, dans le sens où l’histoire se résume à assez peu de choses, et qu’on peine à démêler des événements bien marquants ou un déroulement logique de faits : on se trouve plutôt devant un déferlement d’images, de séquences, de visions, telles que la mémoire du narrateur nous les transmet, et telle qu’elle se révèle, violente et traumatique.

Extrait page 154 :

Qu’est-ce qui adviendrait de nous n’est-ce pas, si nous étions, effectivement heureux ? Vous imaginez comme cela nous laisserait perplexes, désarmés, cherchant anxieusement des yeux autour de nous un malheur réconfortant, comme les enfants cherchent les sourires de la famille lors de la fête du collège ? Avez-vous remarqué par hasard comme nous avons peur quand quelqu’un simplement, sans arrière-pensée, s’offre à nous, comme nous ne supportons pas une affection sincère, inconditionnelle, qui n’exige rien en retour ?

Poster un commentaire

17 Commentaires

  1. Bravo pour ta critique… 🙂

    Réponse
  2. Je n’ai pas lu ce livre. Mais je me souviens, il y a longtemps, d’avoir écouté des entretiens sur France Culture (peut-être A voix nue ?) avec Antonio Lobo Antunes, je me souviens du plaisir que j’avais eu à entendre sa voix douce avec un bel accent, à écouter ses mots.

    Réponse
  3. Merci pour cet article. 🙂

    Réponse
  4. Merci Marie-Anne, cela donne envie !

    Réponse
  5. J’ai lu avant la vôtre, la critique de Goran (par ordre d’apparition dans mon reader). Les similitudes de vos avis sont intéressants. Par contre les deux extraits proposés m’ont curieusement donné l’impression de lire deux auteurs différents. 🙂
    Bonne journée Marie-Anne

    Réponse
    • Je me suis fait la même réflexion en lisant l’extrait de Goran – c’est vrai que c’est bizarre 🙂 Pourtant, quand on lit le livre, on a l’impression d’un style homogène …
      Bonne journée Laurence !

      Réponse
  6. Que ce soit ton avis ou celui de Goran cela me paraît un livre très intéressant !

    Réponse
  7. Patrice

     /  27 novembre 2018

    Très belle suggestion de lecture !

    Réponse

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :