Tout ce que j’aimais, de Siri Hustvedt

J’avais déjà lu un roman de Siri Hustvedt – Un été sans les hommes – et, comme je ne l’avais pas trouvé désagréable, j’avais envie d’essayer un autre livre de cette auteur.
Comme Tout ce que j’aimais est son roman le plus connu et le plus réputé, je pensais ne pas trop me tromper en le choisissant.
Avant de donner mon avis je vous propose un petit extrait de la Quatrième de Couverture qui pose les bases de cette histoire :

Un jour qu’il visite une exposition collective, Léo Hertzberg reste fasciné devant l’autoportrait d’un inconnu, William Wechsler. Intrigué et profondément séduit, il décide de rendre visite à l’artiste. Cette rencontre marque le début d’une fantastique amitié qui lie aussi rapidement leurs compagnes.
Ensemble, ils vont vivre et créer l’art, l’amour, la paternité … Jusqu’à ce que la réalité les arrache à ce rêve collectif.

Mon avis :

Les 165 premières pages m’ont prodigieusement ennuyée car il ne se passe à peu près rien. Un petit cercle d’intellectuels et d’universitaires new-yorkais se pose des questions existentielles sur l’art contemporain, sur l’hystérie au 19è siècle, sur l’anorexie et la boulimie, etc …
Les personnages sont un peu creux, les relations humaines n’ont pas beaucoup d’épaisseur.
Ensuite, une quarantaine de pages sur le deuil m’ont paru assez touchantes, avec des accents de vérité intéressants.
Et, malheureusement, le reste jusqu’à la fin m’a à la fois ennuyée, irritée voire affligée car l’auteure accumule les clichés, les invraisemblances, et croit nous faire très peur avec des histoires cousues de fil blanc où les méchants sont des monstres de perversité et où les gentils sont des anges de patience et de perfection.
J’ai eu l’impression, en lisant ce roman, que Siri Hustvedt avait tiré tout son propos et tous les ressorts de son histoire en lisant le Manuel des Troubles Psychiatriques (DSM IV) car beaucoup de maladies psychiques sont explorées les unes après les autres, depuis les troubles alimentaires jusqu’à la psychopathie en passant par la toxicomanie, mais sans apporter de vision personnelle sur ces sujets, et en se conformant bêtement à la nosographie, ce qui donne des personnages stéréotypés, tout d’un bloc.
J’ai trouvé que ce livre manquait de vision et de vécu.
Une énorme déception et une certitude : je ne lirai plus d’autre livre de cette auteure.

J’ai lu ce roman dans le cadre du défi Autour du monde elles écrivent, pour la littérature anglo-américaine.

Voici un extrait qui m’a plu malgré tout :

Erica buvait des boîtes d’un aliment liquide appelé Ensure. Le soir, elle prenait un somnifère. Au bout de quelques mois, elle devint plus gentille envers moi mais cette nouvelle sollicitude avait quelque chose d’impersonnel, comme si elle s’était occupée d’un SDF et non de son mari. Elle cessa de dormir dans le lit de Matt et revint dans le nôtre. Je l’y rejoignais rarement, préférant dormir dans mon fauteuil. Une nuit, en février, je m’éveillai pour découvrir qu’Erica m’enveloppait d’une couverture. Plutôt que d’ouvrir les yeux, je feignis d’être encore endormi. Quand elle posa ses lèvres sur mon front, je m’imaginai la tirant à moi et lui embrassant le cou et les épaules, mais je ne le fis pas. A cette époque, j’étais comme un homme engoncé dans une lourde armure et, à l’intérieur de cette forteresse corporelle, je vivais avec une obsession : je ne veux pas qu’on me console.

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17 Commentaires

  1. J’ai du mal à m’entendre avec les livres de Siri Hutsvedt, mais j’ai beaucoup aimé celui-ci. Comme quoi une lecture est toujours un échange très intime entre l’auteur et le lecteur. Ce pourquoi j’ai souvent du mal à conseiller les livres que j’aime.

    Réponse
    • Je suis d’accord, chaque ressenti est très personnel, intime, et un livre résonne différemment selon le vécu des lecteurs. Je ne prétends pas du tout détenir la vérité mais je fais seulement part de mes réflexions et sentiments, aussi subjectifs soient-ils. J’aimerais savoir pourquoi vous avez aimé ce livre, si vous voulez bien en discuter ?

      Réponse
      • Et votre blog sert à exposer réflexions et sentiments, c’est ce qui en fait l’intérêt.
        J’ai lu le livre il y a longtemps. Déjà le sujet du roman se déroule dans le milieu de l’art, ce qui était un bon point pour moi. Ensuite, je n’ai pas réfléchi au pourquoi je me sentais bien dans ce livre. Je ne m’en souviens absolument pas. Je me rappelle juste du plaisir que j’ai eu à le lire. Désolée, Marie-Anne de ne pouvoir en dire davantage.

      • Je comprends Evelyne, moi non plus je ne me souviens pas trop de mes lectures anciennes, ne soyez surtout pas désolée … Bonne journée !

      • Bonne journée, également.

  2. Comme toi, je n’avais pas aimé ce livre…

    Réponse
  3. Je n’en garde pas un souvenir impérissable…
    Déçu aussi

    Réponse
  4. frédéric perrot

     /  7 octobre 2018

    Pour les intellectuels new-yorkais qui se posent des questions existentielles, il y a les films de Woody Allen, qui sont beaucoup plus drôles et toniques que les romans de Siri Hustvedt et de son mari Paul Auster ! Je crois me souvenir que ce livre m’était tombé des mains. Et comme vous, j’avais décidé de ne plus en ouvrir un !! Bien cordialement

    Réponse
    • Bonjour Frédéric, je m’étais fait la même réflexion que vous au sujet de Woody Allen 🙂 Par contre, il me semble que certains romans de Paul Auster ne sont pas si mauvais … du moins, c’est un écrivain qu’il m’arrive encore de lire.
      Bien à vous !

      Réponse
  5. … Bon. J’ai Un été sans les hommes et sa biographie. Je peux me tromper mais elle est plus essayiste que romancière. Pour preuve son dernier livre traduit en français « Les mirages de la Certitude », un essai.
    En tous les cas, j’espère ne pas être déçue par « La femme qui tremble » que je vais lire sous peu.

    Réponse
    • Je n’ai pas lu « La femme qui tremble », j’espère qu’il vous plaira. Peut-être que ses essais sont intéressants, en effet, mais je suis un peu échaudée par cette auteure et j’aurais quelques réticences à rouvrir l’un de ses livres … je préfère me tourner vers d’autres auteur(e)s

      Réponse
      • Je comprends, Marie-Anne.
        Il y a quelques jours, j’ai lu le dernier Seksik, je n’ai pas du tout aimé et nulle envie de découvrir un autre de ses livres.
        De plus, comme vous le laissez sous-entendre d’autres auteur(e)s sont là, attendent (ou pas) et sont certainement plus proches de ce que nous recherchons ou apprécions dans la littérature.

      • Je suis bien d’accord avec vous ! Bonne journée Eléonore !

  6. J’ai beaucoup de mal avec cette autrice et ce livre-ci en particulier m’est tombé des mains. En revanche, j’avais beaucoup aimé Un été sans les hommes. J’avais également lu Vivre, Penser, Regarder (? Pas sûre du titre en français), des essais : ça ne m’avait pas démesurément emballée mais on sent que Hustvedt est bien plus à l’aise avec ce genre qu’avec le roman, que cela correspond plus à son orientation un peu trop cérébrale à mon goût.

    Réponse
    • Très cérébrale, oui ! Ses personnages sont toujours assez schématiques, je trouve. Moi aussi j’ai nettement préféré « Un été sans les hommes », il y avait plus d’émotions …

      Réponse

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