Les carnets du Sous-sol, de Dostoievski

J’ai lu ce livre dans le cadre du Mois de L’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran, ou plus exactement, j’ai lu ce livre sans raison particulière, parce que j’en avais envie, et je me suis aperçue après les premières pages que cette lecture rentrait parfaitement dans le cadre du Défi de lecture.

Ce livre est divisé en deux parties : dans la première, le héros nous expose ses idées sur la société et surtout sa philosophie de la vie, sa vision de l’être humain : selon lui, l’homme n’est pas tellement guidé par sa raison ou par la recherche de son intérêt, contrairement à ce que proclament les penseurs de son temps, mais il veut avant tout agir selon son caprice, sa fantaisie, et faire prévaloir sa liberté face à toute autre volonté. Selon le héros de ce livre, une volonté supérieure capable de faire le bien de tous, ne tarderait pas à être mise en échec par tous ceux qui veulent préserver leur indépendance d’esprit et leur nature d’hommes.
Dans cette première partie du livre, le héros, qui écrit son journal, interpelle ses lecteurs sous l’apostrophe de « messieurs », comme s’il devait se justifier contre d’éventuelles attaques de contradicteurs, mais il reconnaît en même temps qu’il est seul, qu’il s’est reclus depuis de longues années dans un sous-sol, et que personne ne lira jamais les lignes qu’il est en train d’écrire : en fait, il se joue la comédie, il fantasme une péroraison devant un auditoire, et fait à la fois les demandes et les réponses.
Dans la seconde partie, notre héros nous explique dans quelles circonstances il a acquis sa profonde misanthropie et comment il a fait le vide autour de lui : extrêmement chatouilleux sur les questions d’honneur et se sentant sans cesse outragé, mais d’une constitution fragile qui le dissuadait de se battre, il se retrouve dans des situations grotesques et incongrues où il se brouille avec ses amis et relations.
Par aigreur et méchanceté, il passe ses nerfs sur une prostituée qui s’attache à lui, mais lui n’éprouve que l’envie de se débarrasser d’elle.

Mon avis :
J’ai trouvé la première partie superbe, convaincante, intelligente, et d’une modernité totale, toutes les idées du héros sont brillamment exposées, et nous touchent d’autant plus que le héros semble un peu fou, ou en tout cas de très mauvaise humeur, et qu’il semble parler avec sincérité et émotion.
Le début de la deuxième partie est également plaisant, car le héros nous apparaît comme un faible rongé par l’esprit de revanche, rancunier à l’extrême, mais ne pouvant jamais asseoir son désir de supériorité.
Lors de sa rencontre avec la prostituée, un personnage assez terne et pas très perspicace, il prend sa revanche sur le sort d’une manière mesquine et cruelle, en se jouant de la crédulité de la jeune femme, il la mène en bateau, et il m’a semblé que le héros perdait beaucoup de son intérêt et devenait simplement un homme médiocre et malveillant.

Un livre très fort, complexe, qui fait réfléchir !

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13 Commentaires

  1. Je l’avais commencé il y a bien des années, et égaré, retrouvé et placé dans ma bibliothèque, me disant que j’allais le reprendre, tant m’avait plu le début. Vous faites un noeud à mon mouchoir. Merci. Je vais tacher de le sortir dès que je retourne dans ma maison où sont mes livres.

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  2. C’est l’un de mes livres préférés de Dostoievski… Ton billet est vraiment excellent, merci pour ton article et ta participation à ce mois de mars…

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  3. Un livre fondamental chez Dostoïevski qui ouvre sa grande période et annonce par les thèmes et cette idée du dialogue souterrain ses futurs chefs-d’oeuvre. Je préfère les grands romans qui vont suivre (ils sont indépassables) mais pour qui préfère le petit format ce livre est indispensable pour comprendre Dostoïevski.

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    • J’ai lu Les Frères Karamazov, Les Possédés et Crime et Châtiment – que j’ai admirés et adorés – il y a assez longtemps, mais ces Carnets du Sous-sol me semblent tout aussi intéressants, et la première partie me parait vraiment géniale …

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  4. A lire, donc.

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  5. florian81

     /  5 octobre 2018

    Hélas cet homme médiocre et malveillant était clairement défini dans la première partie. Il ne fallait pas attendre qu’il passe à l’acte pour se rendre compte qu’il s’agissait d’un sacré connard !

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    • C’est que dans la première partie il s’auto-accuse beaucoup, il semble regretter sa méchanceté, ce qui me l’avait rendu plutôt sympathique … Mais je suis peut-être trop naïve.

      Réponse
  1. Mois de l’Europe de l’Est – le bilan ! – Et si on bouquinait un peu ?
  2. Bilan 2018 du mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran – Des livres, des films et autres…

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