Un poème de Pierre Reverdy

J’ai trouvé ce poème dans le recueil anthologique Plupart du temps (1915-1922).
Pierre Reverdy (1889-1960) est un poète français ami des cubistes et ayant influencé les surréalistes et la poésie moderne.

Je n’ai malheureusement pas pu respecter la mise en page et la présence des blancs si particuliers à ce poète, veuillez m’en excuser.

Ce poème est extrait des ardoises du toit, recueil de 1918.

 

Une éclaircie

 

Il fait plus noir
Les yeux se ferment
La prairie se dressait plus claire
Dans l’air il y avait un mouchoir
Et tu faisais des signes
Ta main sortait sous la manche du soir
Je voulais franchir la barrière
Quelque chose me retenait
Le cri venait de loin
Par derrière la nuit
Et tout ce qui s’avance
Et tout ce que je fuis
Encore
Je me rappelle
La rue que le matin inondait de soleil

Publicités
Poster un commentaire

21 Commentaires

  1. Très beau choix…

    Réponse
  2. Magnifique.

    Réponse
  3. et du coup ça donne très envie d’aller voir les espaces de plus près 🙂

    Réponse
  4. Ah, la mise en page wordpress, c’est vrai que ça limite énormément. Même pas d’alinéa. Quelle tristesse.

    Réponse
  5. Poésie visuelle et pourtant mystérieuse, lyrique et distanciée. Une grâce irrésolue qui laisse les mots résonner à l’intérieur de soi, longtemps.

    Réponse
    • « Grâce irrésolue », j’aime ton choix de mots. Je viens de relire le poème. Il est pour moi tragique et transparent.

      Réponse
      • J’aimerais que tu me dises ce que tu y lis de façon transparente (mais la question est peut–être intrusive, indiscrète).
        C’est peut-être que je le comprends mal (ce qui ne m’empêche pas de l’aimer) mais cette réminiscence demeure pour moi elliptique. Visuelle et elliptique. Et tragique, oui – inaccessibilité du passé?
        Et cette main sortie de la manche de la nuit?
        C’est ce qui n’est pas dit autour de cette scène (les blancs typographiques, en somme) qui prolongent en moi le poème, je crois.
        Je trouve cependant le lyrisme de Reverdy pudique, d’une certaine façon (bref, très 20eme, cela n’avance à rien de le dire…).

        Mais peut-être suis-je complètement à côté?

      • Oh, Clémentine, je ne pense pas du tout savoir mieux lire ce poème que toi ! Je suis tout à fait d’accord avec la façon dont tu l’as présenté, comme je le disais. Nous avons certainement la même lecture.
        Transparent : simplement parce que je reconnais l’expérience, la sensation. Je vois la scène, j’y suis, et j’éprouve en moi le même obstacle, cette barrière, ce « quelque chose » qui retient, cette impossibilité à aller au-delà. Je paraphrase stupidement : c’est un poème du crépuscule, temporel et intime, de l’amenuisement, presque un tableau obscur où est jetée la tache lumineuse du dernier vers, et le tragique est dans l’adieu, bien sûr, dans cet obstacle, mais aussi dans le fait que la possibilité du renouveau (le matin) est passée, et dépendante d’une remémoration (or chez moi la mémoire est fragile). La main sortie de la manche de la nuit (magnifique !) est pour moi un signe de la continuité entre le monde et soi, entre l’intérieur (le personnel : la main) et l’extérieur (la nuit qui vient), une personnification de l’adresse que le monde nous adresse.
        Je suis tout à fait d’accord sur le lyrisme pudique, et tout ce que tu as écrit. Pardonne-moi si tout ce charabia n’apporte pas l’éclairage que tu espérais !

      • Si, non seulement ce charabia n’en est pas un, mais encore il est très proche de ce que je sens aussi à la lecture du poème. Tu vas me trouver stupide, je suis prof de lettres et je passe mon temps à avoir peur de mal lire. 😂
        Je vois aussi ce tableau qui s’estompe, et le temps, et la question de la mémoire comme seule voie, fragile et insuffisante, à ce soleil d’un ancien matin. La barrière : transparente et opaque à la fois. Je la sens, cette barrière entre le monde et moi, et ne puis dire ce qui la constitue.
        Une des images qui me saisit par sa justesse: la tâche plus claire de la prairie dans la nuit. Et il suffit d’un clignement de l’œil pour ne voir plus que du noir. Le monde joue à cache-cache…

      • Oui, c’est tout à fait cela, ce retrait de la lumière dans la prairie, puis dans le souvenir. La barrière est pour moi le point central du poème (non pas dans l’intention du poète, mais dans ma lecture). Elle représente le noeud de notre condition de « séparés », dont Joséphine dirait peut-être que le langage est le lieu ou le symbole. La conscience qui fait de nous des êtres seuls, des exilés. Nous agitons des mouchoirs et nous réfugions dans l’espace atemporel du souvenir. Parfois.

      • La barrière et la lumière disparue dans la prairie me semblent exactement aller de pair. Notre conscience, et donc notre capacité à nous souvenir font notre exil puisqu’il n’y a aucune fusion possible avec le monde. Seulement, paradoxalement (je crois que c’est que tu dis quand tu parles de refuges dans l’espace atemporel du souvenir), l’acte de se souvenir me semble nous aider à franchir la barrière de la conscience. Le souvenir redessine le monde, certes, mais peut-être en capte-t-il une vibration que la pleine conscience du présent ne nous permet pas de voir. (Je dois ne plus être très claire, et peut-être que je te répète bêtement).
        Ce qui est sûr, c’est que ce poème me donne très envie d’écrire (toujours à cause des blancs).

      • 🙂

      • de paire.* (hum)

      • « comme seule voie,…, vers un ancien matin » (et non « à un ancien matin)

  6. arbrealettres

     /  27 janvier 2018

    Mais qu’est-ce qu’a bien voulu dire Pierre Reverdy ?
    … une éclaircie …
    😉
    Merci .. en ce moment c’est bienvenue.. une éclaircie! 🙂

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :