Deux poèmes d’amour d’Attila Jozsef

J’ai sélectionné ces deux poèmes dans le recueil « Le mendiant de la beauté » paru chez l’éditeur de poésie Le temps des cerises en 2014.

Attila Jozsef est un poète hongrois du premier tiers du 20è siècle, mort tragiquement à seulement 32 ans.

***

Ma chérie

C’est vrai que les pétales se rejoignent, le soir.
Je ne voulais même pas t’embrasser,
Juste te sentir ici, près de moi,
Comme le petit enfant aime sentir sa mère.
Le poirier sauvage se mêle à la branche greffée,
Moi aussi, je suis devenu meilleur, depuis que tu m’as
greffé tes baisers.
Mon adorée,
Et je suis plus beau, aussi, comme la nuit
Est plus belle grâce à ses astres innombrables.

Tu es la chaleur : un vent printanier qui annonce la pluie,
Qui enseigne aux enfants le jeu du chat perché
Et redresse les herbes embourbées.
Il y a longtemps que l’horizon broussailleux de mon torse t’attendait,
Tantôt affamé, tantôt transi de froid,
La horde des passions donnait des coups de cornes
Maintenant, la voilà
Paissant paisiblement dans le pré
Tes mots de lys, de giroflées.

Car tu es venue, oui,
Tu devais venir, mon Adorée.
Il fait encore sombre
On ne voit même pas notre souffle,
Mais déjà sur notre fenêtre s’épanouissent des fleurs de givre.
L’aube se lève au dehors,
Et mes lèvres parlent encore la langue des baisers.

28 janv. 1924

***

En rêve tu es mienne

Notre bonheur s’est tapi, muet,
Nous écoutions cachés dans un silence secret.
Même les flammes du poêle dansaient avec bonheur,
L’ardeur de l’amour desséchait nos lèvres.
Même l’austère pendule ne bourdonnait pas.
Les murs blancs et fiers en furent abasourdis …

En rêve, tu es toujours à moi toute entière.
Parfois, même réveillé, je crois encore à nos baisers.

Première moitié de 1922

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6 Commentaires

  1. Gatien

     /  18 mai 2017

    Certaines phrases ont un rythme parfois déstabilisant, mais j’aime beaucoup les derniers vers du premier poème :
    « L’aube se lève au dehors,
    Et mes lèvres parlent encore la langue des baisers. »

    Réponse
    • Pour le rythme, ça ne m’avait pas frappée, mais c’est peut-être dû au passage du hongrois au français, les deux langues étant visiblement très différentes …

      Réponse
  2. Merci, Marie-Anne, de ces deux poèmes, très différents et très beaux, l’un et l’autre.

    Réponse
  3. arbrealettres

     /  22 mai 2017

    Merci M.A. pour ces deux poèmes que je ne connaissais pas 🙂
    Bel apm
    Ch

    https://arbrealettres.wordpress.com/tag/(Attila-Jozsef)/

    Réponse

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