Un roman russe, d’Emmanuel Carrère

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Ce curieux « roman russe », qui est plus exactement un récit autobiographique, entremêle diverses histoires dont Emmanuel Carrère est le pivot central : d’abord un reportage dans une ville de Russie nommée Kotelnitch, où Emmanuel Carrère ne sait pas du tout ce qu’il est venu filmer et où, au cours de ses errances pour trouver un sujet, il rencontre plusieurs personnages qui l’intéresseront plus ou moins (et idem pour le lecteur, qui se demande où tout cela mènera); mais le récit parle aussi du grand-père d’Emmanuel Carrère, un immigré russe qui connaissait de grandes souffrances psychologiques et qui, collaborateur pendant l’Occupation, a disparu, emmené par des résistants, au moment de l’Epuration. Mais la mère d’Emmanuel Carrère lui a défendu d’écrire quoi que ce soit sur ce grand-père, interdiction que l’auteur transgresse devant le lecteur, devenu en quelque sorte voyeur de secrets de famille qu’il n’était pas censé apprendre. Et, troisième sujet de ce récit, l’histoire d’amour d’Emmanuel Carrère avec la belle Sophie, une jeune femme qui a le tort de travailler pour gagner sa vie et non par plaisir, et qui n’est pas aussi cultivée qu’Emmanuel Carrère et ses amis, mais pour laquelle il ressent une grande passion sensuelle, et pour laquelle il écrira une nouvelle pornographique qui lui causera beaucoup de problèmes, sur le plan privé mais aussi public, puisqu’entre autres il se fera ridiculiser par Philippe Sollers.
On s’ennuie un peu en lisant ce livre, on s’intéresse à ce qui se passe par intermittences, on s’exaspère devant l’égocentrisme et l’arrogance de l’auteur, on sympathise parfois avec la belle Sophie qui est sans doute plus fine et plus perspicace que ne le souhaitait l’auteur-narrateur, et on regrette un peu qu’il ne soit pas davantage question du grand-père, dont le mystère et l’ambiguïté aurait peut-être mérité plus de pages que la ville si morose de Kotelnitch …

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11 Commentaires

  1. Quelle critique plaisante !

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  2. Cela peut sembler incroyable, mais je n’ai jamais lu Emmanuel Carrère. Belle critique !

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  3. J’ai lu plusieurs livres d’Emmanuel Carrère : La Moustache, La Classe de Neige, L’Adversaire… Celui-ci m’a échappé et ta critique ne me donne pas vraiment envie de combler cette lacune. Autant rester sur des ouvrages que j’ai beaucoup appréciés, même si ce livre semble un déception, je me permets de te conseiller éventuellement La Classe de Neige, une écriture fluide, un récit sans tabous.

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  4. Un conseil, tentes-en un autre. J’ai entendu une interview passionnante de l’auteur qui expliquait qu’il avait écrit ce roman dans un moment où il n’allait pas bien, pour se faire détester, ce qui a eu exactement l’effet escompté sur moi. Heureusement, j’en ai relu plusieurs autres depuis avec d’autres résultats.

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    • On sent effectivement qu’il n’allait pas bien en lisant ce roman russe.
      Justement, j’avais lu ce livre parce que je crois qu’Emmanuel Carrère est un bon écrivain, donc je tenterai peut-être un autre de ses livres.
      Merci pour ton conseil et pour ton éclairage sur ce livre 🙂

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