Gerry de Gus Van Sant

gerry_gus_van_santGerry est un film expérimental de Gus Van Sant qui date de 2002 et qui a précédé d’un an le tournage du film « Elephant », palme d’or à Cannes. Gerry ne comporte que deux personnages masculins, interprétés par Casey Affleck et Matt Damon, qui sont tous les deux prénommés Gerry et dont on ignore tout du passé et de la vie personnelle, de même qu’on ignore par quels liens ils sont liés, ou s’il s’agit du dédoublement d’un même personnage …
Il n’y a pas vraiment d’histoire dans ce film, plus exactement nous assistons à une déambulation angoissante de ces deux jeunes gens en proie à la soif et à la faim, recherchant désespérément la fin du désert, une route, ou un retour au monde habité des hommes. En effet, partis en randonnée, et ayant croisé un petit groupe d’autres randonneurs qu’ils ont voulu éviter, ils se sont perdus, n’ayant avec eux ni boussole ni eau ni nourriture. Pendant leurs déambulations à travers le désert, nous savons donc qu’ils risquent la mort s’ils ne retrouvent pas leur chemin, et les deux personnages le savent aussi puisqu’il leur arrive de pleurer, même si ces pleurs restent discrets et qu’ils restent malgré tout concentrés sur leur marche.
A l’écran, les deux Gerry sont souvent perdus dans de magnifiques paysages de dunes, de montagnes, de déserts de sable, de roches ou de sel, avec des mouvements rapides de nuages, des levers de soleil, des nuits noires, pendant que la démarche des deux jeunes gens devient de plus en plus saccadée, lente et incertaine, avec de longs plans séquence qui peuvent durer jusqu’à dix minutes, accompagnés de la musique très méditative d’Arvo Pärt.
Certaines scènes sont assez surprenantes, comme lorsque Casey Affleck raconte à Matt Damon qu’il a conquis Thèbes quinze jours auparavant et qu’il en est resté roi pendant 97 ans, ou lorsque Casey Affleck se retrouve sur le sommet d’un énorme bloc de pierre sans qu’on sache comment il a pu grimper là, installant le spectateur dans le doute et une certaine sensation d’irréalité.
Les sentiments que distille ce film sont à la fois la paix et la méditation, par la musique, la beauté des images, le calme des personnages et des paysages, mais aussi une sourde angoisse par la situation dangereuse, la nécessité de trouver de l’eau, l’épuisement progressif des deux hommes, l’idée que la mort est peut-être à la fin de l’histoire.

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19 Commentaires

  1. Il s’agit d’un de mes films préférés de Gus…

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  2. J’aime le cinéma de Gus Van Sant. J’avais également beaucoup apprécié “Elephant” et « Paranoid Park »…

    Réponse
  3. Michel B.

     /  13 février 2017

    J’avais trouvé Elephant insupportable : pas assez de fond pour justifier un tel déluge de violence…

    Réponse
    • Merci pour cet avis, qui me conforte dans l’idée de ne pas aller voir ce film …
      Mais peut-être que Gerry vous plairait car il n’y a pas de violence …

      Réponse
  4. J’avais adoré ce film à sa sortie de même qu’Elephant. Le traitement de l’histoire dans Elephant, le brouillage de la narration et des points de repères à l’image des deux personnages perdus dans ce désert… qui semble parfois presque un désert de neige. J’avais trouvé cela brillant.

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  5. Le désert est un appel au dépouillement. Vous m’avez fait retrouvé le fil de cette balade métaphysique que j’ai moi aussi contemplée il y a maintenant bien des années. Un film recommandable pour qui veut bien se laisser perdre dans un no man’s land américain.

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