Deux poèmes de Raymond Queneau

antho_20eme J’ai trouvé ces deux poèmes dans l’anthologie de la poésie française du 20è siècle (de Paul Claudel à René Char) chez Poésie/Gallimard.
Raymond Queneau (1903-1976), poète et romancier, est l’auteur, entre autres, des Exercices de style et de Zazie dans le métro.

L’Amphion

Le Paris que vous aimâtes
n’est pas celui que nous aimons
et nous nous dirigeons sans hâte
vers celui que nous oublierons

Topographies ! itinéraires !
dérives à travers la ville !
souvenirs des anciens horaires !
que la mémoire est difficile …

Et sans un plan sous les yeux
on ne nous comprendra plus
car tout ceci n’est que jeu
et l’oubli d’un temps perdu

du recueil Les Ziaux (1943)

***

Un poème c’est bien peu de chose
à peine plus qu’un cyclone aux Antilles
qu’un typhon dans la mer de Chine
un tremblement de terre à Formose

une inondation du Yang Tse Kiang
ça vous noie cent mille Chinois d’un seul coup
vlan
ça ne fait même pas le sujet d’un poème
Bien peu de chose

On s’amuse bien dans notre petit village
on va bâtir une nouvelle école
on va élire un nouveau maire et changer les jours de marché
on était au centre du monde on se trouve maintenant
près du fleuve océan qui ronge l’horizon

Un poème c’est bien peu de chose

du recueil L’instant fatal (1948)

***

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19 Commentaires

  1. Très beau…

    Réponse
  2. J’ai aussi une petite préférence pour le premier ; sur le thème du second, j’aime bien çuilà, sorti du même recueil :

    Bien placés bien choisis
    quelques mots font une poésie
    les mots il suffit qu’on les aime
    pour écrire un poème
    on ne sait pas toujours ce qu’on dit
    lorsque naît la poésie
    faut ensuite rechercher le thème
    pour intituler le poème
    mais d’autres fois on pleure on rit
    en écrivant la poésie
    ça a toujours kékchose d’extrême
    un poème

    mais bon, il y a cent mille milliards de poèmes qu’on peut aimer d’autant de façons 🙂

    Réponse
    • Merci d’avoir partagé ce poème ici 🙂
      J’aime bien « on ne sait pas toujours ce qu’on dit » … et c’est vrai que les exigences de la rime peuvent emporter le poète loin de son sujet 🙂

      Réponse
  3. Il y a quelques pépites chez Queneau, ça m’a donné envie de relire ses poèmes !

    Réponse
  4. Fabrice

     /  17 juin 2016

    Oui, les exigences de la rime…. elles mènent parfois les poètes par le bout de leurs pieds !

    Réponse
  5. Fabrice

     /  17 juin 2016

    En quelque sorte, la rime serait esclave du poète et le poète esclave du vers libre.

    Réponse
    • C’est vrai qu’à notre époque on est quasiment obligé d’écrire en vers libres si on ne veut pas passer pour un poète d’arrière-garde …

      Réponse
  6. Fabrice

     /  18 juin 2016

    Et parfois même, avec des vers libres ou pas dans sa besace, un poète passe pour quelqu’un d’arrière-garde!

    Réponse
  7. Je me souviens d’avoir assisté à une représentation théâtrale des « exercices de style » remarquable il y a une vingtaine d’années. J’ai un grand faible pour Queneau et sa musique particulière, son sens de la naïveté retrouvée et du jeu.

    Réponse
    • Moi aussi j’aime beaucoup son humour et sa profondeur, l’air de ne pas y toucher …
      J’ai également un fort attachement pour les « exercices de style », un des premiers livres qui m’a donné envie de lire et d’écrire !

      Réponse
  8. Gatien

     /  18 juin 2016

    D’une certaine façon, même si, bien sûr, il ne date pas de notre siècle, le 1er poème me fait penser à un problème actuel : l’habitude qu’ont certaines personnes (dont moi ^^) de s’orienter avec un GPS : c’est efficace, on ne se perd pas, mais on perd le sens de l’orientation ; on se laisse guider, sans trop réfléchir, sans trop mémoriser…

    Réponse
    • Ah oui, je n’avais pas pensé à ça … de mon côté, ce poème me fait penser aux transports en commun et aux flâneries à pied dans les petites rues, mais c’est ma vision de piétonne invétérée (je ne conduis pas et n’ai jamais utilisé de GPS …)

      Réponse
  9. arbrealettres

     /  18 juin 2016

    Toujours un plaisir de (re)lire Raymond et ses mondes inattendus pleins de « poasies » et d’humour voire de burlesque 🙂
    Moi, j’aime bien celui-ci.. poésie moderne! 😉
    « La boîte en fer blanc
    – où huileusement baignait le thon _
    se rouille au gré du vent. »
    (Raymond Queneau)
    et sinon quelques autres pour ceux qui sont gourmands 😉
    https://arbrealettres.wordpress.com/tag/(Raymond-Queneau)/
    Bon wk Marie-Anne 🙂

    Réponse

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