Dimanches d’août, de Patrick Modiano

modiano_dimanches Je vais essayer de raconter un peu l’histoire narrée par ce roman mais ce ne sera pas facile car il y a de nombreux retours en arrière et l’origine de l’histoire – sur laquelle nous nous posons des questions pendant tout le roman – n’est finalement exposée qu’à la toute fin du livre. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié ce savant découpage de la narration, qui réussit à créer un peu le même genre de suspense que dans un roman policier. Il y a du reste pas mal de points communs avec un roman policier : des personnages troubles, des fausses identités, un vol de diamant, un accident de voiture louche, la disparition d’une femme, mais, pour autant, il ne s’agit en rien d’un roman policier mais plutôt d’une promenade dans la vie du narrateur, et surtout dans ses sentiments et dans sa mémoire.

Le début de l’histoire, donc, le voici : le narrateur vit depuis plusieurs années à Nice et, un beau jour, il croise Villecourt qui est devenu marchand ambulant de manteaux en cuir. Nous comprenons que Villecourt a eu un rôle néfaste dans le passé du narrateur, et qu’ils ont en commun d’avoir aimé la même femme, une certaine Sylvia. Nous comprenons qu’une sombre histoire a lié ces trois personnages sur les bords de Marne, sept ans auparavant, que Sylvia a sans doute quitté Villecourt pour le narrateur, et que les deux hommes ont sans doute des raisons de s’en vouloir mutuellement. Bientôt nous croiserons les Neal, un couple de diplomates américains, qui vont lier connaissance avec le narrateur et le sortir de sa pesante solitude. (…)

Mon avis : J’ai vraiment beaucoup aimé l’ambiance de ce livre, très mystérieuse, qui se déroule à Nice en hiver, et qui nous offre de belles descriptions de la Promenade des Anglais où une population huppée et oisive flâne sans but réel. Le narrateur sort surtout la nuit, ce qui est également l’occasion de belles descriptions des cafés illuminés et des groupes de fêtards qui accentuent la solitude du narrateur.
J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont l’histoire est racontée, qui ménage un suspense intense et donne vraiment envie de ne pas lâcher le livre.
Quant aux personnages, j’ai trouvé qu’ils avaient une complexité intéressante et que la présence de nombreux dialogues réalistes contribuait à leur donner une réelle épaisseur.

Un beau livre, qui par ailleurs se lit facilement car il est court et dense.

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13 Commentaires

  1. C’est curieux, c’est un auteur qui m’a toujours tenté et pourtant, je n’ai pas encore franchi le pas d’ouvrir un de ces livres. Mais ça ne saurait tarder !

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  2. Comme Francis, je n’ai pas lu Modiano…

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  3. J’ai lu les premiers livres de Modiano, en parcourant votre critique, je m’aperçois qu’il n’a écrit qu’un seul livre. Cette fameuse ambiance, ces personnages décalés, on ne sait trop d’où ils viennent ni où ils vont, nulle part sûrement…Peut-être qu’il s’est inspiré des livres d’Emmanuel Bove que je préfère mais sans savoir exactement pourquoi.

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    • Je ne dirais pas que Modiano écrit toujours le même livre. Certainement, il a quelques thèmes de prédilection mais, selon les romans, il creuse plus ou moins l’un ou l’autre (la mémoire, l’identité, la solitude, le passage du temps, etc.) Je trouve par exemple que La Place de l’étoile, Un pedigree ou encore La rue des boutiques obscures sont vraiment très différents les uns des autres.

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  4. On peut creuser différentes veines dans une même terre…Place de l’étoile, rue des boutiques obscures ( je n’ai pas lu pedigree) , même sans le nom de l’auteur, on reconnaît Modiano. Comme accompagner des aliments différents avec une même sauce, ça lasse. C’est à cause du manque de style probablement – chez un auteur qui a un style (très rare) cela ne se ressent pas, au contraire, avec une même histoire, il nous en donne à lire plusieurs ; chez Modiano, on est plus dans la recette des romans policiers que dans l’univers d’un véritable style mais dans l’époque consumériste beaucoup n’y voit que du feu, et ça passe bien.

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    • J’avais lu une interview intéressante de Houellebecq au sujet du « style ».
      Il disait que beaucoup de critiques lui reprochaient de ne pas avoir de style, alors qu’il pensait en avoir un, et il ajoutait que les critiques n’étaient capables de reconnaître comme « styles » que les styles outranciers ou disons extrêmes.
      De mon côté, j’aime bien que le style soit suffisamment limpide pour ne pas trop se faire remarquer.

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  5. Oui, je vois, le style enragé, comme pour le chien qui a la rage quand il faut le noyer. Un style n’est ni outrancier, ni extrême, c’est le confondre avec les idées. Houellebecq a le style qui va dans le sens du courant, limpide comme les fleuves de la COP21…Ces fleuves, moins on les remarque et plus ils semblent limpides, c’est le but, ni merde, ni bouteilles en plastique, ni les algues tueuses, ça coule comme une source pure, toute est beau, nos poubelles s’envolent comme des oiseaux blancs vers le ciel sans nuage; un style qu’on lècherait s’il ne réveillait pas nos aphtes.

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  6. Je vais m’abstenir de commentaires dorénavant, car c’est peu dire que je ne suis pas apprécié dans le milieu, et je ne voudrais pas faire fuir vos visiteurs. De plus, les quelques mots échangés suffisent à nous positionner à l’opposé l’un de l’autre, chacun l’aura compris. Donc un adieu accompagné de mes respectueuses salutations, je ne peux pas faire moins après m’être introduit chez vous!

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