Trois poèmes de Bertrand Degott

J’ai trouvé ces trois poèmes dans le recueil Plus que des ronces, paru en 2013 aux éditions L’arrière-pays – un recueil que je vous recommande vivement car il mélange légèreté et profondeur avec délicatesse et subtilité. Du grand art !

***

Tout se défait sans arrêt sans cesse on renoue
nous pouvons porter peu de chose écriviez-vous
voilà presque trente ans à la première épine
nous crions à l’aide et nous tremblons
, j’imagine
qu’une telle pensée nous fait tenir debout

chacun dans son coin sombre affermi par l’orgueil
ou la nécessité d’ouvrir ou garder l’œil
ouvert, je ne sais pas si ce qui nous redresse
n’est pas aussi l’expérience d’une faiblesse
plus grande et dont l’omniprésence nous accueille

d’ailleurs je n’imagine rien, voyez, à peine
écrit ça ressemble aux vérités qu’on assène
– tout se défait on crie à l’aide on tremble et puis
on se laisse attraper par des odeurs de pluie
dans les haies sur la ronce et sur chaque âme en peine.

***

Si la poésie n’est que du temps que l’on vole
à nos obligations si l’entretien soudain
des muses prend le pas sur le commerce humain
devisant de façon j’imagine frivole
n’en viens-je pas à diviniser la parole ?

dehors il pleut à verse et il fait froid, je viens
de remuer les bûches dans la cheminée
c’est là tout mon savoir concernant la journée
j’écris sans escompter plus desdits entretiens
que l’heure ou les minutes déjà dérobées

il y a quelque chose dans l’air comme un désordre
partout épars que j’aurais à équilibrer
une ample déchirure à reprendre, une corde
qui attend Dieu sait quel instrument pour vibrer
– tout ce temps volé dont le rêve est qu’il s’accorde.

***

Quel mot trouver pour ce qui tout d’un coup anime
les arbres des jardins pour le bouillonnement
affriolant des prunus en dentelles fines
pour tant de chair qui s’offre aux magnolias – comment
saisir ce qu’attend de nous ce rose unanime ?

comment saisir ces fleurs qui n’attendent sans doute
rien de moi vieille branche au moignon dénudé
arbre mourant ? quelle rose extraire de mes doutes ?
j’aimerais le vieux rose humble et voisin du pourpre
qui bientôt recouvrira l’arbre de Judée.

***

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3 Commentaires

  1. Edmond

     /  26 juillet 2015

    Nul question ne doit périr a nôtre vie comme la fleur d ‘hier qui reste avec un atout celui d ‘être aimer et plus fort encore demain.

    Réponse
  2. arbrealettres

     /  4 août 2015

    Quel mot … Comment saisir .. toute la difficulté d’écrire (de décrire) ce qui est du domaine du ressenti… 🙂

    Réponse
  3. Oui, ces poèmes sont d’une grande sensibilité.
    Merci Christian pour ce commentaire

    Réponse

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