Deux poèmes de Maurice Blanchard

blanchard_barricades Ces deux poèmes sont issus du livre Les barricades mystérieuses publié chez Poésie/Gallimard, et plus spécialement du recueil Terre Brûlée (1956).
Maurice Blanchard est né en 1890. Ouvrier, marin, puis ingénieur, mobilisé pendant la guerre de 14-18, résistant dans les années 42-44, il commence à écrire de la poésie à l’âge de trente-sept ans (1927) et publie de nombreux recueils jusqu’à sa mort en 1960.

Que reste-t-il de la flamme ?

Il faut d’abord choisir le point exact d’où l’on doit partir. Le reste importe peu.
Pas la flèche, mais l’oiseau ! Je suis un oiseau aveugle au centre de la Terre et je ne puis choisir mon chemin. Il n’y a pas de chemin.
C’est en allant rechercher mes désirs enfouis que je me suis perdu. Les arbres s’inclinaient sous la charge invisible du vent qui passe, les arbres se redressaient, vainqueurs une fois encore.
La joie était dans les yeux, la joie était dans l’alléluia du tremble argenté, ce poète de la forêt dont les mains tour à tour sombres et lumineuses rythment la danse du devenir, l’innocence retrouvée.

 

La situation-limite

Il est un fruit qui mûrit lentement, très lentement.
Si lentement que l’arbre meurt avant que le fruit ne mûrisse, avant même qu’il n’ait apaisé la soif du voyageur épuisé. Il s’en faut de peu : un rayon de soleil sur l’eau tremblante du repentir.
Monsieur l’architecte mesure la porte, les fenêtres, la hauteur des murs et la pente du toit. On honore monsieur l’architecte, on le salue quand il passe dans la rue, le mètre à la main et le derrière au bas du dos, comme tout le monde. Chaque soir un sommeil bien mesuré le supprime.
Je veille. Mon travail a besoin de l’infini. Oui ! Il me faut, à chaque instant passer par l’infini pour atteindre d’incertaines et transitoires petites choses. C’est mon métier. Bonsoir !

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11 Commentaires

  1. ohnuage

     /  5 février 2014

    « un rayon de soleil sur l’eau tremblante du repentir. » magnifique !

    Réponse
  2. Oui, cette phrase m’a frappée moi aussi quand je l’ai lue. Evocatrice et quelque peu énigmatique …

    Réponse
  3. arbrealettres

     /  5 février 2014

    J’aime bien 😉 Je ne me souvenais pas que je l’avais publié lol!
    Moi c’est « choisir le point exact d’où l’on doit partir. Le reste importe peu. » qui me fait tilt!!
    J’en ai quelques uns de lui
    J’aime bien celui-ci aussi:
    Eternité! Eternité!
    Tes créatures sont effrayantes.
    (Maurice Blanchard)

    Belle soirée… Poétique! 😉
    Ch Passeur de Mots
    🙂
    Blog de Poésie: http://arbrealettres.wordpress.com
    Index: http://pagesperso-orange.fr/coolcookie/poesie/index.html
    Blog de Photos: http://arbreaphotos.wordpress.com/

    Réponse
    • Difficile de publier un poème sans qu’il soit déjà sur arbrealettres 🙂

      Belle soirée à toi ! 🙂

      Réponse
      • arbrealettres

         /  5 février 2014

        c’est gentil mais … non! lol! TELLEMENT de Poètes et de Poèmes que je n’ai pas lus ni publiés!! Je passerai le relais à quelqu’un d’autre quand je m’en lasserai lol!
        Semons semons les graines de Poésie 🙂

      • En tout cas, tu as tous les poètes présents dans Poésie/Gallimard, qui pour moi est une référence 🙂
        Après, bien sûr, on ne peut pas connaître toutes les plaquettes publiées depuis deux siècles …
        Tant mieux si tu ne te lasses pas de ton travail de publication 🙂

      • arbrealettres

         /  7 février 2014

        Ca c’est grâce à mon voisin-poète Jean-Baptiste Besnard qui me prête les recueils de sa bibliothèque 🙂 🙂
        Ca commence à faire une « petite-bibliothèque » électronique de la Poésie alors tant mieux si ça donne l’envie d’en lire … et d’en acheter 😉
        Toujours des découvertes alors non pas de lassitude 🙂

      • C’est une chance d’avoir un voisin poète et prêteur 🙂
        L’avantage de ton blog c’est qu’il est très ouvert à la poésie contemporaine, c’est ce que j’apprécie !
        Bonne soirée ! 🙂

      • arbrealettres

         /  7 février 2014

        Rencontré sur le Net et … nous sommes de la même ville! 😉
        Bonne soirée! 😉

  4. N.

     /  15 février 2022

    J’aime parler de gens dont on ne parle pas (plus). Surtout lorsqu’il s’agit de pointures, mais dont la « postérité » (désolé pour le gros mot) ne retiendra quasiment rien de lui. Bon, d’abord, c’est un poète. Dur. De deux, même à son époque (il est né en 1890 et parti ailleurs en 1960), il a ramé un max – sans se faire d’illusions – pour se faire une (minuscule) place dans le bercail surréaliste de son temps – même Breton ou Char ne le soutiennent que du bout des lèvres, presque à contrecoeur, limite à regret. Style « il est bon, mais bon… « .

    Autres temps, autres moeurs, dirait un mauvais chroniqueur, que je deviens donc, par ma seule faute, je relève ceci qui m’enchante encore :

    « La plus belle sculpture
    c’est le pavé de grès
    le lourd pavé qu’on jette
    sur la gueule des flics ».

    Du coup, ça rejoint Ferré clamant, à une époque où l’anarchie avait encore le droit de s’exprimer – mais je ne prends pas parti, j’explique :

    « Comme une fille
    Paris se déshabille
    les pavés s’entassent
    et les flics qui passent
    les prennent sur la gueule ».

    Bien sûr qu’il ne faut pas réduire Blanchard à ce cri libertaire. Sacré Maurice. Il voit le jour dans le trou du cul de la Somme, et y meurt sans jamais y avoir bougé. Ouvrier (j’allais dire : évidemment), ingénieur à la force des bras et du cerveau, pilote d’avion en 14/18, résistant sous le joug nazi – notamment en aidant, physiquement et intellectuellement, le groupe « La main à plumes » martyrisé par les fascistes.

    Pour autant, il ne s’engage réellement nulle part, ne rejoint aucune chapelle, ne signe aucune pétition de quelque sorte que ce soit et garde à distance les acharnés du Grand Soir. Pas assez calculateur, pas opportuniste pour un sou, et surtout pas pour une gloriole éphémère, publié à titre presque exclusivement confidentiel : tout ça cache un immense poète au verbe à la fois sobre et échevelé (oui, ça peut cohabiter) et tient du prodige.

    On devrait non pas le relire, mais commencer à le lire, tout simplement. On débute par « Les barrières mystérieuses », et on en reparle. Un grand. Qui ne le savait pas, et paradoxalement c’est une chance pour nous. Alléluïa ! Et aussi « Les périls de la route », mais bonne chance pour les dénicher. Seul un vieux bouquiniste, peut-être…

    Philippe N.

    Sa versification non rimée est main dans la main avec celle, subtile et prégnante, de ma femme Sarah (qui publie sous le même pseudo, mais on signe à part chacune de nos interventions) dans sa façon qu’elle a d’ajuster avec harmonie, et ce côté incisif du trait qui zippe de manière autant rapide que précise, des éléments disparates et qui peuvent paraitre contradictoires, mais qui forment finalement un tout homogène, ramassé, cohérent, signifiant.

    Réponse

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