Ecrire de Marguerite Duras

ecrire Quand j’ai acheté Ecrire de Marguerite Duras, je me souvenais d’avoir lu Moderato cantabile il y a une dizaine d’années et j’en avais gardé une sensation de vide et, en même temps, une impression d’envoûtement qui tenait uniquement à son style. En bref, je me souvenais d’un phrasé vide. C’est la même sensation que j’ai éprouvée en lisant Ecrire : des phrases pleines de volutes et de respirations, un mouvement, un rythme qui m’emporte, mais rien qui pourrait servir de nourriture à l’esprit. Ou plutôt : presque rien, car de temps en temps on voit tout de même jaillir une étincelle.

Parmi ces étincelles, en voici deux qui m’ont touchée :

C’est curieux un écrivain. C’est une contradiction et aussi un non-sens. Ecrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. C’est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. Ca ne parle pas beaucoup parce que c’est impossible de parler à quelqu’un d’un livre qu’on a écrit et surtout d’un livre qu’on est en train d’écrire. C’est impossible. C’est à l’opposé du cinéma, à l’opposé du théâtre, et autres spectacles. C’est à l’opposé de toutes les lectures. C’est le plus difficile de tout. C’est le pire. Parce qu’un livre c’est l’inconnu, c’est la nuit, c’est clos, c’est ça. C’est le livre qui avance, qui grandit, qui avance dans les directions qu’on croyait avoir explorées, qui avance vers sa propre destinée et celle de son auteur, alors anéanti par sa publication : sa séparation d’avec lui, le livre rêvé, comme l’enfant dernier-né, toujours le plus aimé.

Je crois que c’est ça que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. On le voit à travers l’écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. Une fonction de révision que l’écrivain a très souvent envers lui-même. L’écrivain, alors il devient son propre flic. J’entends par là la recherche de la bonne forme, c’est-à-dire de la forme la plus courante, la plus claire et la plus inoffensive. Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres charmants, sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s’incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée.

J’ajoute, pour le lecteur éventuellement intéressé, qu’on chercherait vainement dans Ecrire des explications sur « comment écrire » ou même « pourquoi écrire » – On n’est pas ici face à un auteur qui aime expliquer quoi que ce soit.

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