Un beau poème de Jacques Dupin

Tu ne m’échapperas pas, dit le livre. Tu m’ouvres et me refermes, et tu te crois dehors, mais tu es incapable de sortir car il n’y a pas de dedans. Tu es d’autant moins libre de t’échapper que le piège est ouvert. Est l’ouverture même. Ce piège, ou cet autre, ou le suivant. Ou cette absence de piège, qui fonctionne plus insidieusement encore, à ton chevet, pour t’empêcher de fuir.
Absorbé par ta lecture, traversé par la foudre blanche qui descend d’un nuage de signes comme pour en sanctionner le manque de réalité, tu es condamné à errer entre les lignes, à ne respirer que ta propre odeur, labyrinthique. La tempête à son paroxysme, seule, met à nu le rocher, que ta peur ou ton avidité convoitent, sa brisante simplicité, comme un écueil aperçu trop tard.
N’est vivant ici, capable de sang, que ce qui nous égare et nous lie, cette distance froide, neutre, écartelante, jamais mortelle, même si tu m’accordes parfois d’y voir crouler la lumière, et s’efforcer le vent.

J’ai trouvé ce poème dans le recueil Moraines (1969) publié dans Le corps clairvoyant, un livre de Jacques Dupin chez Poésie-Gallimard.
J’ajoute que je préfère le début de ce poème à sa fin, que je trouve moins lisible, moins « borgésien » aussi.

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2 Commentaires

  1. Merci d’avoir ouvert cette fenêtre sur l’univers de Jacques Dupin dont je savais seulement qu’il avait écrit une biographie de Mirò, avant de lire à la volée, il y a quelques années déjà, certains poèmes de ses premiers recueils regroupés dans « Le corps clairvoyant ». Je crois que je suis passé trop vite…
    Puisque vous m’avez incité et invité au plaisir de franchir cette fenêtre trop vite fermée, laissez-moi vous offrir cette phrase de notre poète :
    « Les mots sont les étoiles scintillantes d’une constellation à l’état naissant ».
    Je suis sûr qu’elle trouvera écho dans votre ciel d’écrivain.

    Réponse
  2. Bonjour Lelius. Merci pour cette belle citation.
    Je ne suis pas sensible à tous les poèmes de Jacques Dupin, car je trouve un certain manque de lisibilité parfois. Ceci dit, il a une langue bien particulière, très riche de sens, et souvent surprenante.
    En tout cas Le corps clairvoyant mérite d’être lu …
    Bonne soirée

    Réponse

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