La Chute de Camus

camus_lachuteCe livre est le monologue d’un homme, ancien avocat, installé à Amsterdam, qui se fait appeler Jean-Baptiste Clamence et qui dit exercer l’activité de juge-pénitent, activité qu’il n’expliquera qu’à la toute fin du livre, après avoir minutieusement disséqué sa vie et fait son examen de conscience.

Jean-Baptiste Clamence a mené, en tant qu’avocat, une vie dévouée aux bonnes causes, défendant « la veuve et l’orphelin », mais ses motivations étaient en fait purement narcissiques et il ne cherchait en réalité qu’à se donner à lui-même des motifs d’auto-satisfaction.
Il s’est aperçu de la duplicité de ses intentions et de la fausseté de sa vie une nuit, lors d’une promenade sur les quais de Seine, où il aurait pu secourir une jeune femme qui s’était jetée à l’eau mais où il n’a pas bougé.
Devenu juge pénitent, il s’accuse lui-même d’innombrables fautes pour pouvoir mieux accuser les autres : en quelque sorte il leur tend un miroir.

Mon avis : C’est un grand livre – il n’y a pas de doute là-dessus – brillant d’intelligence, très lucide, et écrit dans un français superbe.
Mais cette manière insistante de pousser le lecteur à faire son auto-critique a fini par m’agacer un peu, parce que j’y ai reconnu un des aspects les plus sinistres du communisme des années 40-50. C’est sûrement très bien de pourchasser en soi-même la moindre trace de bonne conscience bourgeoise (puisqu’il s’agit de cela) mais il faudrait savoir par quoi on la remplace et à cela Camus n’apporte pas, selon moi, de réponse.
Bref, il y a tout un idéal de pureté dans La Chute (avec son corollaire : le thème de la culpabilité) qui me laisse relativement indifférente, ou en tout cas qui ne me touche pas.

J’ajoute que j’avais lu ce livre pour la première fois lorsque j’étais adolescente, qu’il ne m’avait pas plu mais qu’il m’avait beaucoup marquée. Et, en le relisant cette semaine, je me suis aperçue qu’il avait beaucoup influencé le cours de ma vie et les choix que j’avais pu faire dans ma jeunesse …

Voici l’extrait que je préfère dans ce livre :

Vous voyez en moi, très cher, un partisan éclairé de la servitude. Sans elle, à vrai dire, il n’y a point de solution définitive. J’ai très vite compris cela. Autrefois, je n’avais que la liberté à la bouche. Je l’étendais au petit-déjeuner sur mes tartines, je la mastiquais toute la journée, je portais dans le monde une haleine délicieusement rafraîchie à la liberté. J’assenais ce maître mot à quiconque me contredisait, je l’avais mis au service de mes désirs et de ma puissance. Je le murmurais au lit, dans l’oreille endormie de mes compagnes, et il m’aidait à les planter là. Je le glissais … Allons, je m’excite et je perds la mesure. Après tout il m’est arrivé de faire de la liberté un usage plus désintéressé et même, jugez de ma naïveté, de la défendre deux ou trois fois, sans aller sans doute jusqu’à mourir pour elle, mais en prenant quelques risques.
Il faut me pardonner ces imprudences ; Je ne savais pas ce que je faisais. Je ne savais pas que la liberté n’est pas une récompense, ni une décoration qu’on fête dans le champagne. Ni d’ailleurs un cadeau, une boite de chatteries propres à vous donner des plaisirs de babines. Oh ! Non, c’est une corvée, au contraire, et une course de fond, bien solitaire, bien exténuante.

La Chute avait paru chez Gallimard en 1956.

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2 Commentaires

  1. un de mes libres préférés! merci pour le partage!

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