Clair de Femme de Romain Gary

Deux êtres en perdition, Michel et Lydia, se rencontrent un soir et tentent, au cours de la nuit qui suit, de se raccrocher l’un à l’autre. La femme de Michel est en train de mourir et lui a fait promettre de rencontrer une autre femme pour poursuivre avec elle l’amour de leur couple. Le mari de Lydia est resté gravement handicapé à la suite d’un accident de voiture dans lequel est morte leur petite fille.

Roman sur le désespoir, il y a un savant mélange, comme souvent chez Romain Gary, de dérision et de lyrisme – mélange qui, ici, ne parvient pas vraiment à émouvoir le lecteur.

L’habileté de l’auteur à manier le paradoxe, que l’on retrouve dans chacun de ses autres romans et ici quasiment à chaque page, finit par devenir systématique et ne sonne pas toujours juste.
Certains passages, pourtant, sont émouvants, en particulier ceux qui concernent le mari de Lydia, atteint de jargonaphasie, et qui tente, à travers son étrange charabia, de retenir sa femme en lui disant qu’il l’aime.

On peut supposer que dans les années 1970, période où a été écrit Clair de Femme, Romain Gary avait plutôt investi son énergie créatrice du côté d’Émile Ajar, et que l’œuvre poursuivie sous son vrai nom a été moins centrale pour lui …
Clair de Femme est en tout cas loin d’être le meilleur roman de Romain Gary, on y trouve quelque chose d’artificiel et de théorique, que les accents de vrais désespoir ne parviennent pas vraiment à faire oublier.

Extrait page 28 :

 » Pars, va-t-en loin, comme tu l’as promis. Là. Mets ta tête ici, chez toi. Ne t’engonce pas dans le malheur, ne pense pas à moi tout le temps, je ne veux pas devenir une rongeuse … Je suis obligée de te quitter. Je te serai une autre femme. Va vers elle, trouve-la, donne-lui ce que je te laisse, il faut que cela demeure. Sans féminité, tu ne pourras pas vivre ces heures, ces années, cet arrachement, cette bestialité que l’on appelle si flatteusement, si pompeusement : « le destin ». J’espère de tout mon amour que tu vas la rencontrer et qu’elle viendra au secours de ce qui, dans notre couple, ne peut pas, ne doit pas mourir. Ce ne sera pas m’oublier, ce ne sera pas « trahir ma mémoire », comme on dit pieusement chez ceux qui réservent leur piété à la mort et au désespoir. »

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