Un roman sur la corruption : L’homme rompu de Tahar Ben Jelloun

Mourad est ingénieur : il est chargé d’attribuer des marchés publics, sa signature vaut de l’or. Malgré cela Mourad est pauvre, son salaire ne lui permet pas de joindre les deux bouts. Sa femme et sa belle famille lui reprochent continuellement sa pauvreté. Sa fille asthmatique aurait besoin d’un traitement onéreux qu’il n’est pas en mesure de lui payer. Son assistant Haj Hamid, lui, a un bon train de vie car il accepte des enveloppes et des cadeaux. Il mène l’existence d’un homme corrompu : sort, a des maîtresses, voyage, ne se refuse rien. Mourad, par contre, a toujours été intègre, il n’a jamais accepté la moindre enveloppe depuis vingt ans qu’il travaille … mais il doute soudain du bien fondé de son honnêteté et accepte un beau jour une première enveloppe.
Maintenant qu’il est riche il va sûrement avoir une vie facile et agréable … mais est-ce si sûr ? Sa mauvaise conscience le taraude et il craint d’être inquiété par la justice. Le caractère et l’existence foncièrement honnêtes de Mourad ne semblent pas si simples à modifier. L’enveloppe qu’il a acceptée n’était-elle pas un piège tendu par Haj Hamid pour se débarrasser de lui ?
Et le roman bascule, comme Mourad, dans le soupçon et dans l’étrangeté.

Voilà un très bon livre sur la corruption : c’est une réflexion fine sur la manière dont l’argent influence la vie et le tempérament.
La manière dont sont représentées les relations homme-femme, avec des femmes qui demandent sans cesse à Mourad de correspondre à l’image qu’elles se font de la virilité, est aussi intéressante.

L’homme rompu avait reçu le Prix Méditerranée en 1994.

Extrait page 43 :

 » Je pense tout le temps.Je construis puis je démolis.Je vois des choses et j’ai peur. Comment font les autres ? Comment fait Sidi Larbi, qui n’a jamais eu un problème de ce genre ? Il a beau voler, corrompre, jouer des tours aux gens sans défense, il se porte très bien. Non seulement il ferme les yeux et dort en paix, mais je suis sûr qu’il fait beaucoup de beaux rêves qui rendent son sommeil merveilleux. Mais moi, rien qu’à l’idée de devoir de l’argent à Abbas, mon meilleur ami, ou à l’épicier, mon second banquier, je passe une nuit blanche. Peut-être que si je franchissais la barre, peut-être si je me rangeais du côté des salauds, je ne connaîtrais plus de scrupules et je dormirais comme un loir. Je devrais essayer. Eux font ça naturellement. Moi j’ai besoin de me forcer, de mordre dans mon cœur pour y arriver.« 

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